25/04/2008

Vendredi 25 - Sakura-jima

Le défi du jour : faire le tour du volcan en vélo. Trente-six kilomètres de montagnes russes, voilà qui de quoi mettre à profit mon entraînement récent (de août dernier jusqu'à fin février j'allais bosser en vélo, soit deux fois vingt minutes par jour). Pour une fois je m'arrange pour alléger mon sac et ne prendre que le strict nécessaire : pas de bouquins, pas de Lonely (ils sont censés fournir des plans, n'est-ce pas) et, non, pas même d'ordinateur. Pas de vêtement, il fait très beau, juste la pélerine ultra-légère en cas de catastrophe.
Alors du coup ça a l'air un peu facile comme ça, donc je m'arrange pour compliquer un peu la chose...

Tout d'abord, je ne prend pas le vélo à l'auberge, pour m'épargner quelques kilomètres jusqu'au port ce matin, et surtout pour ce soir. Grave erreur, car à l'auberge je constaterai en revenant qu'ils ont des VTT, alors que sur l'île je ne trouverai que des vélos de ville (un comble !) : un seul plateau, un seul pignon. Ca devient tout de suite plus drôle.
Et puis tant qu'à faire, une fois sur place et en selle, sur les coups de 9h30, je me dis que c'est quand même dommage de venir voir un volcan et de ne pas aller au point de vue indiqué sur la carte (ridiculement imprécise) fournie par le loueur. Résultat à peine parti je commence par un extra de 7km d'une montée infernale. Je suis obligé de descendre de nombreuses fois pour passer les passages les plus rudes à pied, car forcément même debout et en tirant à fond sur les bras, pas moyen de grimper une pente à 15% avec ce vélo...
Des fleurs poussent un peu partout sur les sédiments accumulés entre les roches volcaniques. Un tas de bouquets de différentes nuances de rose décore ainsi le flanc du volcan.

En dehors de ça le point de vue en lui-même n'est pas absolument transcendant, mais j'ai au moins la satisfaction d'être le seul à garer un vélo sur le parking... Il y a aussi un plan détaillé de l'île, que je prend en photo pour référence ultérieure. Je repère des routes absentes de ma carte papier, qui me permettront de mettre à profit cette grimpette pour court-circuiter une partie du tout de l'île. Alors que j'étais parti dans le sens anti-horaire vers le sud, je vais finalement couper pour arriver sur la côte nord et faire le tour dans le sens horaire. Facile, il me suffit de serrer à droite, quoi qu'il arrive. Surtout ne pas faiblir, car les routes de gauche seront toujours plus alléchantes car en pente descendante, tandis qu'à droite j'aurai à nouveau une belle côte à grimper (pas vraiment de lignes de niveaux, mais les lacets que j'y vois sont suffisamment explicites).
C'est donc reparti, d'abord une descente du tonnerre, le vent me tire des larmes, puis un peu de plat avant d'attaquer la montée prévue. Je suis sur de toutes petites routes traversant la partie agricole de l'île, pardon, la péninsule (depuis l'éruption et les coulées de lave du 10/01/1914). Celle-ci est en effet réputée pour ses oranges miniatures (en taille, pas en prix) mais parait-il succulentes, et surtout pour son radis record de 35kgs enregistré au livre Guinness. Je longe donc pas mal de serres, et aussi des arbres non identifiés dont le bout des branches est ensaché pour protéger quelque chose d'autre chose (oui je sais, ça mériterait des éclaircissements).

Finalement la route suit à peu près la ligne de niveau, puis redescend vers la côte. A la bonne heure, j'ai fait le premier quart de tour de la péninsule. Il m'aura fallu deux heures, mais la suite devrait être un peu moins laborieuse. Après le repas je file donc vers l'est. Ca n'arrête pas de monter puis de descendre, je monte et je démonte du vélo presque à chaque côte à cause de ce fichu rapport de couple. En tous cas le paysage vaut le coup : petits ports abrités dans des criques, archipels de "cages" de pisciculture dans les baies, puis coulées de lave solidifiées sur lesquelles passent la route, et dans lesquelles poussent principalement des sapins. Cela donne un chaos rocheux assez surprenant, comme un diorama un peu bâclé à base de corn flakes au chocolat et de restes de sapin de noël.

A peu près à l'endroit diamétralement opposé de mon point de départ se trouve un Torii (ces "portails" devant les temples, Cf. le grand Torii rouge de Miyajima), enterré sous deux mètres de lave. Seul le haut émerge et a été laissé en l'état (mais entouré d'assez peu photogéniques bornes de béton), pour témoigner de "la furie de la Nature".
J'entame la moitié sud du tour et arrive assez vite à la coulée de lave qui a transformé l'île en péninsule. Une grande route joint maintenant le port vers lequel je me dirige, et la préfecture de Miyazaki située à l'ouest. C'est beaucoup moins cyclable et, la passe étant encadrée de collines abruptes, un vent d'ouest s'engouffre là dedans histoire de me ralentir un peu. Heureusement cela se calme assez vite, et le point de vue sur les territoires au sud de la péninsule vaut le coup d'oeil. En contrepartie d'une circulation plus dense, la route est aussi plus amène, et je peux quasiment finir le tour sans démonter, avec les quelques derniers kilomètres sur une piste cyclable. Entre temps j'ai pu goûter au jus d'orange local, lors d'un arrêt pour un point de vue sur les coulées de lave et le cratère sud du volcan (le seul actuellement en activité). Le jus de "tankan" n'est effectivement pas mauvais, plutôt sucré, mais servi bien trop froid à mon goût.

Enfin retour au point de départ, il est 14h45. Une petite glace et en bateau. A Kagoshima, je rentre tranquillement à pied à l'auberge, checke mes mails (toujours rien), préviens le cuistot que je mange là ce soir, et prend ma serviette. Direction un savonnage bien nécessaire et bain bien mérité. Je voulais faire un "onsen" en plein air ("rotemburo") indiqué par le Lonely, mais il est un peu loin et il faut attendre le bus une demi-heure. Je me rabat finalement sur le plus proche de l'auberge, qui est très bien aussi. A l'entrée, une machine automatique distribue des tickets : entrée adulte ou enfant, et en option location de serviette, gel de "rinçage" - je ne sais toujours pas ce que c'est - shampoing, et d'autres choses qui m'échappent.

L'établissement est organisé de manière tout à fait typique de ce que j'ai pu voir dans les dessins animés (ou à Naruko-onsen il y a 4 ans), avec une entrée hommes et une pour les dames, au milieu une dame (âgée) qui prend les tickets et distribue éventuellement les suppléments. Il est fréquenté par les gens du quartier, donc je me lave et me baigne en discutant avec deux vieux des choses habituelles d'abord, puis des bains japonais, comment je trouve ça, etc. Même dans ce bain public assez simple (on doit être 5 ou 6 simultanément, avec une capacité max à peu près du double), il y a plusieurs bains. Le bain "normal" pour se tremper nécessite déjà quelques minutes d'acclimatation à la température, très haute. Je repère les coups de soleil qui m'auraient échappé rien qu'à la sensation de brûlure sur la peau au contact de l'eau. Normalement pas de coups de soleil aujourd'hui, avec la transpiration j'ai mis au moins deux fois de la crème.
A coté un bain bizarre : il me semble comprendre les idéogrammes mais j'ai un doute : "bain électrique" ?! Je passe ma main, suprise, entre deux "accoudoirs" carrelés, des électrodes font en effet passer un courant électrique ! Il est même assez fort car en y passant la jambe, mon mollet se met à bouger tout seul... Sensation assez inhabituelle qui me rappelle les quelques chataîgnes que j'ai pu prendre sur du 220V.
Je passe au bain d'eau froide avant d'aller au sauna. Le temps d'écouler le sablier, je ressort, à nouveau un coup d'eau froide puis j'essaie le bain "chaud" (le premier c'était donc de la rigolade ?). En fait je ne sens pas trop de différence, peut-être l'habitude maintenant. Enfin bain à jets pour masser le dos.

C'est complètement décapé de partout que je retourne à l'hotel m'écraser une heure sur mon lit avant le repas. J'y suis le seul étranger, les gens parlent à bâtons rompus, avec mon vocabulaire je n'ai rien d'intéressant à dire donc je me contente d'essayer de manger aussi vite qu'eux, ce qui m'occupe déjà à plein temps.

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