Lever à 6h00 avant même la trompetterie du réveil, je me glisse dans mes vêtements et empoigne mes sacs. Xavier ouvre un oeil pour me saluer, et me voilà parti. Je suis largement en avance. Trois quart d'heure plus tard, sac en consigne à Toyama. Allez, faut que ça rentre ! Nouveau train ce coup-ci pour Takayama (le changement à Toyama était de toutes façons nécessaire), 2h30 de trajet. En chemin je questionne les autres (rares) touristes du train pour savoir où ils ont trouvé un hébergement et depuis quand ils ont réservé, mais cela ne m'apprend rien d'utile. J'hésite à descendre d'abord à Hida-Furukawa pour démarcher d'autres hotels, mais comme ce n'est qu'à 20 minutes de train de Takayama, c'est risqué.
Finalement je vais jusqu'à Gero, comme prévu initialement. Là l'office du tourisme n'a aucun mal à me trouver une chambre à un tarif raisonnable à 10 minutes de la gare. L'hôtesse parle un japonais simple et avec une diction pafaite, c'est un vrai régal, l'espace d'un instant j'ai l'impression de communiquer en japonais sans difficulté...
Je n'ai pas besoin de passer ce midi à l'hotel, donc je mange en attendant de reprendre le train dans l'autre sens, encore une heure de trajet. J'ai d'ailleurs pu tester la batterie du PC : une grosse demi-heure, mais aux recharges suivantes j'aurai l'impression que l'autonomie augmente. On verra, j'avais espéré un peu mieux avec ce type de processeur, au vu des 5h30 annoncés sur le matériel neuf, mais de toutes façons c'est déjà honnête.
J'ai bien fait de manger avant de monter dans le train, il est comme par hasard bondé de touristes en partance pour le festival.
Il doit être 12h30 quand je descend finalement à Takayama. Le programme du festival me rassure, je n'ai rien raté depuis ce matin. En fait les chars sont exposés en différents endroits du centre historique (en changeant d'endroit régulièrement) jusqu'à 16h30. Malheureusement il n'y a pas de musique, finalement c'est une sorte de musée en plein air. Ca manque quand même cruellement d'ambiance, donc je me dirige vers le sanctuaire Hie-jinja duquel doit partir une grande procession. Elle vient de finir de sortir de la cérémonie quand j'arrive, et entame une marche de plusieurs heures en ville ! Je suis en queue de procession, ne sachant pas où elle va je la suis en la remontant pour voir un peu tout le monde. Il n'y a pas véritablement de musique, mais à divers endroits de la longue file des participants on trouve de la flûte, du tambour, des gongs, etc.On peut y voir toutes sortes de costumes différents. Un vénérable moine est transporté en char à bras, et invariablement salué bien bas par les japonais sur son passage. A force de remonter la file, et comme ils vont dans un quartier tranquille de la ville, je me retrouve soudainement seul avec eux !
Je repars vers le centre ville, luttant contre un terrible coup de barre, pour voir les autres chars (il y en a 12 au festival de printemps, 11 autres différents en automne). Il y a une quantité phénoménale de français dans les rues, principalement des groupes organisés. Ayant déjà visité le centre historique il y a deux semaines, j'ai vite fait le tour. Finalement grignoter un bout me requinque et j'ai l'idée d'aller revoir la vendeuse de "kuriman" (brioches fourrées aux marrons et, je vous le donne dans le mille... aux haricots rouges), à qui nous avions acheté plusieurs brioches déjà la dernière fois, et qui nous servait toujours en rigolant ("arigatou gozaimashitahahahah"). Ce coup-ci je ne sais pas si elle se souvient de moi car elle a l'air moins hilare, alors comme elle me demande je ne sais plus quoi, je lui dis que ses brioches sont très bonnes, que j'en ai déjà mangé il y a deux semaines. Elle me répond qu'elle se souvient de nous, "qu'on n'arrêtait pas d'acheter des kuriman" (on a dû venir trois fois en deux jours à tout casser). On discute un moment de mon trajet, où sont partis les autres, elle me dit qu'elle est déjà allée aux Etats-Unis et au Mexique (il me semble) quand elle était au lycée. Je lui dis que je reviendrai "probablement" demain, et repars vers les chars.En flânant dans ces magnifiques ruelles toutes en maison de bois très sombre qui font le charme de la ville, je tombe sur une boutique de boules en pâte de riz (ça doit se dire "mochi" je pense) qui en fait des très jolis. J'en essaie un vert au thé, comme j'en ai déjà goûté, mais celui-là est vraiment du niveau supérieur. Il est vert très foncé et le goût habituellement tout juste perceptible est là vraiment prononcé, répondant bien au goût de la pâte de haricot rouge à l'intérieur. J'en goûte un autre très original puisqu'il contient une fraise fraîche, entière ! Succulent. Les deux ont une texture extérieure soyeuse, car de plus pour éviter que cela colle aux doigts, ils sont légèrement saupoudrés de farine fine.
Si je n'y prend garde, ce festival risque fort de tourner à l'expérimentation gastronomique. Je continue mon chemin vers les chars pour éviter d'être tenté d'en reprendre.L'un d'eux fait justement une démonstration de "karakuri", ces marionnettes dont nous avions vu une démonstration au musée la dernière fois. La foule compacte est amassée près de la placette devant le palais de l'ancien gouverneur du Shôgun pour voir la magie de ces marionnettes actionnées depuis l'intérieur du char par un système de câbles.
Les chars s'en vont, probablement pour être équipés de lanternes pour le défilé du soir. Je profite des quelques derniers rayons de soleil, qui a finalement gagné la partie après la pluie fine du début d'après-midi (les chars n'en étaient pas moins sortis).
En attendant la nuit, je vais dans une gargotte faisant des soupes de nouilles. Comme j'ai pas mal grignoté, je me dis naïvement que je vais me contenter d'un "ramen" tout simple. C'était sans compter sur l'autre aspect du festival : les stands de forains. Je ne les avais pas vu jusque là car ils étaient un peu à l'écart, mais en sortant de ma gargotte je tombe sur une rue piétonne dont l'allée centrale est entièrement encombrée de stands de jeux mais aussi, bien entendu, de tentations gastronomiques. Pour ne pas avoir l'air malpoli, je me sens donc obligé de faire honneur en dégustant un okonomiyaki (de taille moyenne heureusement), une grosse tranche d'ananas enrobée de chocolat, et je finis par une double gaufre fourrée à la pâte de thé vert (malheureusement ils ont tendance à en faire plein d'avance, du coup c'est tout juste tiède).
Il y a aussi plusieurs stands qui font une sucrerie que j'ai tellement vue dans les dessins animés japonais que je ne peux m'empêcher d'en prendre une aussi. Il s'agit de fruits roulés dans un sirop chaud qui très vite cristallise. Ce sont en général des pommes, mais je prend plutôt une fraise, qui ressemble à un gros rubis sous son coulis rouge. C'est plus raisonnable, et puis je ne m'attend à rien d'exceptionnel, ce qui fait que je ne suis pas déçu par le résultat. Une fois que ça a fini de me coller aux dents, j'ai les papilles saturées de sucre et je sens à peine le fruit.
L'heure de la procession approche, des grappes humains se forment très rapidement sur les trottoirs le long du parcours d'environ 2 km qui sinue dans les rues et ruelles historiques. A certains carrefours, des bâches ont été tendues à terre dans les deux directions condamnées pour permettre à des spectateurs de s'asseoir. Tout le monde est en place, un silence relatif se fait pendant que l'attente commence.
L'anticipation va croissante, et l'éclairage public est soudain éteint dans un grand "Aaaah" de satisfaction du public. Il ne reste plus que les lanternes du festival, ainsi que les feux tricolores et piétons qui poursuivent vainement leur ronde programmée. Puis un tambour se faire entendre au loin, quelques coups puis un long silence, puis d'autres coups.Il se passe bien cinq minutes sans qu'on ne voie rien, mais à la fin de chaque silence les coups sont sensiblement plus forts que la fois précédente. Enfin le premier char apparaît au coin de la rue, précédé de la lumière de ses douzaines de lanternes, montées tout autour sur plusieurs niveaux. Il est effectivement surmonté d'un énorme tambour, et de chaque coté du char et du tambour un batteur tend le bras loin en arrière pour le rabattre puissamment sur la peau tendue. La synchronisation avec l'autre batteur n'est pas toujours parfaite car ils ne peuvent se voir.
Le char est précédé de jeunes, deux par deux sous un costume de toile bariolée, celui de devant portant un gros masque de lion. Ils dansent jusqu'à l'intersection où sont massés les deux groupes de spectateurs assis, et là font une représentation de plusieurs minutes avant de repartir sous les applaudissements.
Les autres chars suivent, et le tout fait déjà bel effet dans la rue sombre avec toutes ces lanternes, mais de plus chaque char étant salué par un crépitement de flash ininterrompus, on a l'impression que les dieux de la foudre sont de la partie et que des feux follets électriques dansent autour des chars ! Comme tout cela va toujours très lentement, je remonte la colonne pour mieux voir. Je m'arrête au niveau du pont rouge qui est un point de vue privilégié. Je m'y tiens un moment et discute avec une japonaise qui essayait en vain de prendre une photo, après lui avoir expliqué que le flash de son petit appareil, pour prendre un char à une dizaine de mètres, cela ne sert à rien.
Comme c'est le début du parcours, qui a débuté vers 18h, vers 19h30 ils sont tous passés à cet endroit. Je me balade dans les ruelles historiques qui sont hors parcours et donc quasiment désertes. De nuit avec un éclairage réduit, c'est très joli aussi. J'envisage de rentrer par l'avant dernier train, mais finalement le programme indiquant des chants à la fin de la procession, je me dirige vers la fin du parcours, où les chars attaquent le dernier virage.
La chose est d'ordinaire déjà intéressante, car les roues n'étant pas orientables, il faut sortir une cinquième roue qui se trouve sous l'avant du char, perpendiculaire aux quatre autres, s'en servir pour lever l'avant du char et le pivoter sur trois roues. Puis le reposer et repartir sur quatre roues. L'exercice est ici un peu compliqué par le fait que la dernière rue est une ruelle, donc il faut bien viser pour y faire entrer ces précieux chars sans les abîmer. De plus l'entrée de la ruelle est encombrée par deux pannonceaux surmontés d'un petit toit en bois, installés pour la fête. Chaque entrée réussie est saluée par la foule.
Les karakuri se donnent une dernière fois en spectacle : le plus célèbre d'entre eux tournoie sur lui-même plusieurs fois pour vider sur la rue un sac de confettis attaché au bout de son bras, sous les ovations du public. Il tournoie une dernière fois avant d'entrer dans la ruelle. Deux hommes en haut du char s'assurent que ça ne frotte pas, repoussant parfois sans ménagement les pannonceaux sur le coté. Les hommes tractant le char peuvent sans problème se fier à la foule : si elle applaudit c'est bon, si elle commence à pousser des cris effrayés c'est que ça s'approche dangereusement du bord...
Je prend une ruelle parallèle pour rejoindre le bout du parcours, et je tombe sur le tout premier char, qui s'est séparé du convoi pour retourner dans sa chambre de stockage. Celles-ci sont en effet dispersées à différents endroits dans le centre historique, et le convoi se disperse donc au bout du parcours pour que chacun rentre chez soi. Les tireurs chantent un peu mais ce n'est pas très convaincant, il faut dire qu'ils doivent être épuisés... Je regarde un peu le démontage des lanternes, puis rentre prendre le dernier train pour Gero.
Ma chambre est spacieuse et propre même si le bâtiment montre par endroit des traces d'usure. Vue sur le fleuve et... la voie ferrée.
14/04/2008
Lundi 14 - Festival de Takayama
par
Ghislain Cottat
à
00:00
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1 commentaire:
Ahaha les haricots rouges :)
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