Voilà déjà dix jours de cours de passés, et je me sens plutôt d'avis à faire un mois comme prévu initialement, mais on verra, tout peut encore arriver...
J'ai bien sûr pris à nouveau un retard épique au niveau du blog, avec une demi-douzaine d'articles prêts (et heureusement déjà téléchargés en mode "brouillons" sur ce site - Cf. la suite) en attente de photos, un article manquant en plein milieu (celui du 13/5...) et quelques uns qui manquent.
En effet j'ai quand même visité un peu Beijing depuis mon arrivée : Palais d'Eté dimanche 18 (j'ai déjà dû en toucher deux mots), et le week-end dernier j'ai visité le centre de la capitale, avec la cité interdite samedi suivie d'une pièce de théâtre, et deux parcs de belle taille dimanche suivis d'un (demi) canard laqué !
Il faudra que je parle de tout ça un peu plus en détail, mais pour l'instant je me dois de me flageller publiquement pour une bourde monumentale exécutée hier sur mon ordinateur : le site de windows update ne fonctionnant plus sur mon PC, j'ai installé manuellement une mise à jour... Manque de pot elle n'était pas adaptée à ma configuration et cela a occasionné un plantage spectaculaire de la machine avec impossibilité de redémarrer à part en mode sans échec !!
Résultat de ma témérité : comme il n'y a pas de lecteur CDROM ni disquette sur une machine aussi petite, impossible de restaurer le système. En effet le seul moyen est de démarrer sur USB ("évidemment" pensent les autres geeks), mais à cette époque le boot USB ne devait pas être courant, à moins qu'il ne s'agisse encore une fois d'un comportement anti-concurrentiel de Sony, en tous cas seuls les lecteurs CDROM externes de marque Sony fonctionnent (et encore, sûrement pas tous).
Sans cela ç'aurait été l'occasion idéale d'installer un Linux car je sais d'après des pages de fans (ce modèle de PC est très populaire, même Linus Torvalds en a un, pour dire !) que cela fonctionne plutôt bien. Mais je vous laisse imaginer les déboires que m'amènerait la recherche d'un lecteur Sony (à emprunter de préférence) à Beijing avec mes capacités actuelles en mandarin... Je connais bien un chinois assez sympa et désoeuvré (il attend un renouvellement de visa pour ses études aux US), je pourrais éventuellement lui demander si j'osais lui faire perdre quelques heures de son temps (une fois que je serai décidé à les perdre sur le mien, ce qui n'est pas évident).
L'autre solution est de trouver une personne encore plus conciliante acceptant de me prêter un ordinateur portable avec lecteur CD, et d'échanger les disques durs (à supposer que leur format/protocoles soient compatibles) le temps d'installer Linux. Et compléter manuellement l'install avec les drivers manquants...
Bref que du bonheur. Autant pour ma carte WIFI toute neuve ;-)
Enfin une bonne nouvelle quand même : le seul logiciel qui marche en mode sans échec est... le dictionnaire de chinois très pratique que j'utilise pour mes études ^_^
28/05/2008
Mercredi 28 - Utter failure...
par
Ghislain Cottat
à
19:32
25/05/2008
Dimanche 25 - Parc JingShan en chanson
Parc JingShan, juste au nord de la Cité Interdite. D'où une belle vue :
Vue sur le parc Beihai adjacent, coté ouest.
Dans le parc de nombreux groupes se forment : un ou deux types arrivent avec parfois des partitions voire une petite sono, commencent à chanter, et d'autres se joignent à eux. C'est assez magique : ils chantent plutôt bien ! Je reste scotché une bonne heure à écouter un groupe important, mais il y en a au moins une douzaine d'autres dans le parc.
Pas de bol, j'ai une vidéo avec le son mais il me faudrait une connexion autrement meilleure pour la télécharger... ;-) Le seul titre que je reconnais est sur l'air de l'Internationale, mais je suppose qu'ils chantent aussi pas mal de chansons traditionnelles.
D'autres artistes en herbe (ou professionnels s'entraînant) font des pas de danse, jouent de l'instrument ou font virevolter des rubans.
Muraille de la Cité Interdite, vue de l'autre coté des douves.
Plus tard, petite balade au bord d'un morceau de l'ancienne muraille Ming (il me semble). Ensuite je me dans un restaurant connu tout près de la station ChongWenMen pour un repas de canard laqué. Comme prévu par le Lonely, le personnel insiste lourdement pour me faire prendre une version plus chère. C'est vraiment pénible, une première fois passe encore, mais après avoir expliqué clairement que je voulais autre chose, la serveuse s'en va en faisant mine de ne pas avoir compris et une autre arrive pour me resortir le même baratin !! Du coup je ne prend pas grand chose à coté et, si le canard a un excellent goût de trop peu, je m'en vais frustré de cette ambiance désagréable. Restaurant à déconseiller.
par
Ghislain Cottat
à
00:01
Dimanche 25 - Tours pas jumelles, parc Beihai
Dans la Tour des Tambours : un seul est d'époque, devinez lequel.
En face, la Tour de la Cloche.
Au nord du parc de Beihai, jardins et pavillons de détente très coquets. Pour plus de détails sur le parc, ce site a l'air très complet (mais en anglais naturellement). D'ailleurs il a même l'air de couvrir tout Pékin.
Dans un des temples. Au dos, un bouddha ou bodhisattva ventripotent en position assise. Ce n'est pas la première fois que je vois ces deux-là dos à dos. Il faudrait que j'en retrouve la signification...
L'un des quatre gardiens traditionnels des temples bouddhistes. Particulièrement terrifiant avec son, euh, divin banjo ;-)
Vue de la Dagoba Blanche depuis l'autre coté du lac. Le tout petit pavillon qu'on voit adjacent à sa droite est un temple bouddhiste tibétain. La dagoba a été construite en 1651 comme symbole de respect pour la foi bouddhiste et d'unité des divers peuples de l'Empire.
Mur du temple tibétain, et statue à l'intérieur :
par
Ghislain Cottat
à
00:00
24/05/2008
Samedi 24 - TianAnMen, théâtre
Place TianAnMen vue depuis la porte du même nom : porte (门 mén) de la tranquillité (安 ān) céleste (天 tiān).
Le soir au "Chang'An Grand Theatre". Sous-titres malheureusement uniquement en idéogrammes ;-)
par
Ghislain Cottat
à
00:01
Samedi 24 - Cité Interdite
Quelques photos de la Cité Interdite : le principal hall était malheureusement en réfection. Comme souvent on ne peut visiter que l'extérieur des bâtiments, ce qui laisse l'impression étrange de voir un palais fantôme. Il faut dire qu'après avoir vu le film "Cité Interdite" (peut-être l'an dernier, bizarrement je ne le trouve pas sur IMDb), la réalité a du mal à soutenir la comparaison. Le film était graphiquement superbe mais je suppose historiquement très contestable, en particulier sur les scènes d'intérieur avec leur délire de jeu de lumières colorées...
Bien qu'on soit samedi, le flux de visiteurs se dilue assez vite dans l'imposant complexe urbain uniformément peint de rouge.
Impressionnante liste de langues pour l'audio-guide. Il ne manque guère que le sindarin et le klingon (comme souvent se reporter à l'article correspondant en anglais pour plus de détail)...
La lecture se déclenche "automatiquement" grâce à un positionnement GPS. C'est très chic mais cela ne fonctionne pas toujours très bien : il arrive que cela se déclenche trop tôt, auquel cas il faut rester sur place pour écouter car chaque item ne sera récité qu'une seule fois par visite. Parfois cela se déclenche trop tard, alors qu'on a déjà fait le tour de la zone concernée...
L'une des deux principales cours intérieures.
Groar.
Mur-Dragon : il s'agit d'un mur couvert de sept dragons de porcelaine. L'un des dragons a eu une de ses pièces remplacée par un morceau de bois de même forme. L'histoire (ou la légende ?) dit que les ouvriers avaient cassé une pièce et, pour éviter de subir le courroux du contre-maître au vu du coût de refabrication de cette pièce unique, ont décidé de la remplacer. L'illusion aurait tenu jusqu'à ce que les intempéries dévoilent la supercherie en lui conférant un teint différent des autres pièces.
Le concept de mur-dragon n'est pas unique à la cité interdite : dans certains temples, par exemple dans le parc de Beihai tout proche, un tel mur est planté au milieu d'une cour, avec sept dragons de chaque coté.
Je ne sais pas si c'est pour empêcher les gens de se péter le dos en grimpant sur les rochers ou pour éviter de les abîmer, mais en tous cas tenez-vous le pour dit :-)
A la fermeture, à 17h seulement, le personnel essaie tant bien que mal de faire refluer les touristes vers l'entrée. Je ne suis pas seul à profiter de ce moment et de l'éclairage particulier pour faire des photos pas trop encombrées de touristes.
par
Ghislain Cottat
à
00:00
21/05/2008
Mercredi 21 - Petites victoires
Deux petites victoires ce soir : la première est que je peux maintenant accéder à internet depuis mon PC de poche ! Celui-ci n'est en effet doté ni de réseau sans fil (WIFI, je ne sais même pas si ça existait à l'époque), ni même de prise réseau filaire.
Pour compenser ce manque, j'avais donc acheté avant-hier une carte PCMCIA (format enfichable pour les ordinateurs portables, dont pour le coup mon PC est doté) pour accéder au réseau WIFI du Youth Hostel (ce n'est pas une bidouille, on a le droit). Je pensais avoir des problèmes de configuration car cela ne marchait pas, mais c'était le réseau qui était mal configuré car je ne suis pas le seul à avoir eu ce problème. Ce soir c'est remis d'aplomb, et me voilà branché !
Autre victoire : contournement de la censure chinoise. La bataille fut brève vu que le premier site renvoyé par le moteur de recherche m'a fourni la solution. Je savais qu'il fallait utiliser un proxy (serveur relais) qui se chargerait de relayer les sites bloqués vers moi. Du moment que le proxy est inconnu des services de censure, ceux-ci ont l'impression que j'accède au proxy et non au site censuré. Le problème est que je ne connaissais pas de proxy public gratuit.
En fait si, il en existe un tout simple : le service de traduction automatique de pages web de Google ! Ce service permet de traduire une page d'une langue vers une autre : c'est assez primitif (rappelez vous : "le spiritueux est alcoolisé mais la chair est avariée" (*), on n'a guère avancé depuis) mais ça rend de fiers services, par exemple, tout à fait au hasard, quand on veut lire le site d'une compagnie de ferry ou d'une école de langue coréenne.
Or pour cela ce service doit justement aller lire le site qu'on veut traduire, le traduire, puis nous l'envoyer. C'est exactement le fonctionnement d'un proxy, la traduction en plus. Evidemment quand on demande à Google de traduire depuis le coréen vers le français une page qui est déjà en français, le résultat est... la page d'origine :-)
Magique !
(*) Je ne trouve pas de référence sur le web pour cette histoire, que je vous retranscris donc de mémoire (entendu d'un prof de Centrale il y a quelques années) : aux débuts de la traduction automatique, peut-être dans les années 60, l'armée américaine avait mis au point un traducteur automatique de l'anglais vers et depuis... le russe (évidemment). Lors d'une démonstration à un bureaucrate un peu trop malin, celui-ci demanda à essayer une phrase de son choix. Il entra donc "The spirit is strong, but the flesh is weak". La machine traduisit (correctement il me semble) vers le russe, puis à nouveau vers l'anglais. Avec le résultat que vous aurez désormais deviné.
par
Ghislain Cottat
à
23:35
Mercredi 21 - Diqiucun Language School
Quelques nouvelles même si je suis très occupé par les cours. J'ai changé d'hôtel pour me rapprocher de Wudaokou, je suis dans une grande auberge de jeunesse à cinq cent mètres de l'école, donc je peux y aller en tongues. Ce n'est pas un endroit idéal pour travailler car ça manque d'éclairage dans les chambres et les gens fument dans le salon. Le frigo est plein à craquer, et il n'y a pas de couverts. De plus internet est souvent occupé, n'est pas bon marché et l'alimentation du PC a cramé sous mes yeux ce matin... Gros avantage tout de même, en tant que membre de la FUAJ le lit est à 50 yuans (dans les 5 euros) la nuit soit à peu près ce qu'on trouve de moins cher à Beijing.
Je viens de découvrir qu'il y a une dizaine de postes internet en libre accès à l'école. L'adresse du blog (en "blogspot.com") est bien filtrée (merci la censure chinoise), mais pas le site "blogger.com", et l'ajout de photos fonctionne, donc je vais pouvoir mettre à jour le site quand j'aurais un moment de libre.
Je ne prends "que" 3h de cours par jour mais cela demande beaucoup de travail personnel. Le planning est le même tous les jours : premier cours entre 13h et 14h30. Surprise en y allant hier pour la première fois, nous étions un improbable rassemblement de trois français et une algérienne (voilée) ! L'école étant coréenne, la plupart des étudiants sont des Coréens. La prof est sympa et va à un rythme permettant à tout le monde de suivre.
Ensuite de 14h40 à 16h10, autre cours (sur le fameux livre "301", censé être plus facile) mais avec une prof qui va au delà du périmètre du bouquin et qui remplit le tableau d'idéogrammes à une vitesse folle. Il faut dire que tous les élèves de ce cours à part moi et un Russe sont des Coréens. Ces derniers doivent être déjà sensibilisés aux idéogrammes car ils sont clairement plus à l'aise. Mes études de japonais me sauvent véritablement dans ce cours, par contre le Russe est largué au niveau de l'écriture, ce qui est logique. Recopier des idéogrammes quand on n'en a jamais écrit de sa vie est très compliqué car on ne sait pas les décomposer, sans compter qu'écrits au tableau ils n'ont pas exactement le même aspect qu'imprimés, même s'il y a moins de différence qu'entre imprimerie et écriture cursive sur des caractères romains (heureusement).
Bon je vous laisse, j'ai quelques révisions à faire et il faut que je lise la leçon d'aujourd'hui avant le 301. Cela me permettra de filtrer la prise de note et de mieux écouter ses explications, pas toujours hyper claires (elle parle guère plus anglais que les Coréens qui sont avec nous)...
Pour l'instant j'en ai pris pour deux semaines de cours, je verrai ensuite. Bizarrement je suis beaucoup moins chaud maintenant pour y passer un mois :-)
par
Ghislain Cottat
à
05:37
18/05/2008
Dimanche 18 - Palais d'Eté
Après une grasse matinée bien méritée (ou pas, de toutes façons je suis seul juge en la matière), je me dirige vers le quartier de Wudaokou, au nord-ouest de la ville. Le personnel du cossu "Templeside Guesthouse" où je loge m'indique un bus direct, ce qui m'évite de rejoindre la station de métro la plus proche, à un kilomètre et demi environ. Il n'y avait jusqu'à récemment encore que 4 lignes de métro dans Pékin, ce qui est évidemment très insuffisant. Plusieurs lignes supplémentaires sont en construction pour les J.O., certaines étant déjà en service.
En fait on m'a indiqué le mauvais bus, il va directement au Palais d'Eté mais sans passer par la case Wudaokou. Je descend du mauvais bus et monte dans le bon, après avoir décodé l'itinéraire affiché sur l'arrêt. C'est relativement aisé pour qui a l'habitude de lire des idéogrammes. Il semble que plusieurs systèmes coexistent, mais dans la plupart des bus le chauffeur ne s'occupe que de conduire, et un autre agent (en général de genre féminin) s'occupe d'encaisser le malheureux "kuai" (10 centimes d'euro) que coûte en général un trajet, l'échangeant contre un petit coupon de papier barré au crayon (rouge). En fait il y a aussi un système de badge magnétique (ou RFID) pour les utilisateurs réguliers.
Mon plan est tellement imprécis que je tourne un moment avant de trouver l'école, pourtant juste en face de la gare en sortant coté ouest et en remontant dans les 50m vers le nord sur la toute première rue. Je monte au bureau. On est dimanche, et alors ? L'école a des cours même le week-end, différents de ceux de la semaine, mais c'est quand même assez calme. J'avais été prévenu que le personnel parle très peu anglais, c'est le cas, on me pointe du doigt un cours à 14h40 vu que celui de 7h10 ne concerne que la lecture du "pinyin" (la méthode de transcription en caractères romains) et qu'après un (très) rapide test la fille juge que je m'en sors bien.
J'essaie de me faire expliquer le tableau décrivant l'ensemble des cours pour débutants. Je n'y comprend pas grand chose, j'ai dû mal à croire qu'il y a tout ça tous les jours à la même heure (en fait si, c'est aussi simple que cela), et je ne vois pas ce qui peut m'aider à choisir tel ou tel cours. Sur leur feuillet plusieurs tarifs sont indiqués : certains professeurs ont des tarifs plus élevés, les plus chers étant des occidentaux. La fille semble convaincue que ce qu'il me faut c'est le "301" (du nom du livre). Je repars sans être vraiment convaincu... J'assisterai demain au cours gratuit auquel j'ai droit, et j'aviserai en demandant si possible conseil aux autres étudiants.A quelques minutes de bus d'ici, le Palais d'Eté me tend les bras en cette chaude après-midi. Ça va évidemment être la foule, mais comme je serais en cours la semaine je n'aurais guère le choix à l'avenir. Le parc étant censé fermer pas trop tard, je ne prend pas le ticket complet donnant droit aux à certaines zones réservées, en me disant que vue la proximité je reviendrais surement. En fait le parc reste "ouvert" après la fermeture, c'est-à-dire qu'ils ne mettent pas dehors ceux qui sont toujours dedans. L'entreprise serait d'ailleurs assez laborieuse vue la taille : le parc enserre en effet un lac d'une taille suffisante pour que des amiraux y fassent faire des manœuvres militaires.
De nombreux bâtiments de l'ancien palais ne sont pas en très bon état, mais si les peintures abîmées ne sont pas très esthétiques, lorsque le "traitement Dulux", comme dit le Lonely, est appliqué au moment des rénovations, les artistes ont tendances à en rajouter. On y perd donc semble-t-il en authenticité.
Dans les cours sont souvent exposés des rochers sculptés par l'érosion et le vent, et évoquant des formes poétiques (simples nuages ou animaux fantastiques). A propos de rochers, les fausses collines rocheuses étaient apparemment aussi à la mode : il s'agit de rochers aux formes aiguisées, scellés les uns sur les autres pour former des chemins (et parfois des tunnels) grimpant sur une petite colline tout aussi artificielle, au sommet de laquelle se trouve en général un kiosque en bois.Des corridors en bois entourant les cours cloîtrées de la partie nord-est, on débouche soudainement sur le lac, qui offre une vue sur la verdure de l'autre coté du parc, et sur une île en son centre. Celle-ci est accessible par un grand pont en pierre blanche. En longeant le lac dans sa direction, je croise des apprentis artistes s'entraînant à la calligraphie sur le dallage au sol. Debout, ils utilisent un long et gros pinceau pour tracer à l'eau des idéogrammes d'une trentaine de centimètres de coté. Peut-être des œuvres de Li Bai (李白) [en], le poète le plus célèbre de Chine (VIIIe siècle, dynastie Tang) : les enfants en apprennent des centaines de poèmes pendant leur scolarité, comme on me l'expliquera par la suite (ils en récitent par cœur - sans les comprendre - avant d'avoir trois ans...).
La vue sur la partie nord au delà du lac est très agréable : la majestueuse tour de l'Encens surplombe le tout, et un long corridor couvert court sur deux ou trois cent mètres. Je l'emprunte un peu plus tard, en me rendant vers le nord du parc après avoir visité l'île. Un vent tempétueux a soufflé pendant une bonne demi-heure avant de se calmer aussi sec.
J'arrive enfin devant le bateau en marbre (!) construit par l'impératrice douairière Cixi avec les fonds initialement (et ironiquement) prévus pour renforcer la flotte militaire. A noter qu'il faut prononcer "Tseu-shi" et non à la française, ce "sh" étant à mi-chemin entre un "s" et un "ch" français - trop facile. Le "pinyin", méthode de transcription de la phonétique chinoise en caractères romains, réserve bien d'autres surprises...Au vu de ce que j'apprends sur celle-ci, elle gagnera rapidement pour moi le surnom de "la pétasse"... Je m'explique : elle a régné à peu près pendant cinquante ans, d'abord en tant que régente au nom de son fils Tongzhi puis de son neveu Guangxu. Tous deux tenteront en vain de régner en leur nom, le second se faisant littéralement emprisonner par sa mégère de tante alors qu'il tentait de mettre en œuvre les réformes indispensables au pays en cette fin de XIXe siècle.
Particulièrement conservatrice et autoritaire, l'impératrice douairière Cixi avait également pour coutume de détourner libéralement les fonds (entre autres destinés à l'armée) pour un usage certes plus pacifique (louable dessein...). Le palais d'été a ainsi grandement profité de son règne.
Madame dépensa sans compter, pour ses fêtes d'anniversaire et autres plaisirs personnels, vidant inexorablement le trésor, et l'armée chinoise sous équipée accumulera vite les défaites humiliantes. Pour le plus grand plaisir des armées alliées franco-anglaises qui se saisiront de la Cité Interdite, pilleront les divers palais de Beijing et imposeront un traité infâmant à l'impératrice sans défense.
En clair, et je ne fais que citer la Wikipedia, Cixi et son règne despotique sont tenus pour responsables par nombre d'historiens de la chute de la dynastie Qing : pour plus de détails sur ce fort sympathique personnage, se reporter à l'article en anglais (l'article en français n'est malheureusement qu'une ébauche).
Personnellement je me demande ce que serait devenue la Chine si Cixi avait échoué et l'Empereur Guangxu avait fait prendre à son pays le train de la modernité en marche comme l'a fait avec succès le Japon à la même époque. Quel impact sur les guerres mondiales ? Le communisme se serait-il installé de la même manière ? Passionnante uchronie en perspective :-)
Dix-huit heures approchent et j'hésite à rentrer quand j'aperçois un bâtiment en hauteur dont les murs sont couverts de "carreaux" de céramique moulés en forme de bouddha en position du lotus (ou quelque chose d'approchant). Je grimpe dans sa direction et découvre à l'arrière de la tour de l'Encens un complexe de temples offrant une belle vue sur le nord de Beijing depuis leur position dominante. L'endroit a d'autant plus de charme qu'il ne reste maintenant plus grand monde. Finalement je déambule encore plus d'une heure et reviens en visitant un petit jardin coquet où je ne croise plus qu'une artiste croquant le décor et un couple de chinois se reposant.
par
Ghislain Cottat
à
18:00
Dimanche 18 - Beijing
Un petit bonjour rapide pour dire que je suis bien arrivé à Pékin, la traversée était de tout repos (vagues insensibles vu la taille du navire). La publication des articles me pose quelques problème, j'essaierai depuis un autre poste demain. J'ai à peu près rattrapé mon retard sur le bateau (26 heures à occuper, forcément), il ne reste qu'à choisir quelques photos.
Demain je commence le chinois à Diqiucun, où je suis allé en repérage aujourd'hui, avant d'aller passer quelques heures au Palais d'Eté, et encore, il faudra que j'y retourne. Après l'heure de fermeture on peut rester dans le parc, et c'est une excellente idée car la foule du dimanche disparait très vite et l'endroit prend alors une dimension complètement différente. Il ne reste que quelques aficionados de la dernière heure comme moi, des couples d'amoureux et des artistes qui croquent les jardins. J'y suis resté près d'une heure et demi après la fermeture théorique, sans que cela ne pose aucun problème.
Et juste histoire d'en faire baver certains, je me suis fait ce soir une Tonkatsu "King-Sized" pas mauvaise du tout (mais inférieure tout de même à celles de Kyôtô), à deux pas de la station de métro Wudaokou (quartier des universités et des boîtes de hi-tech : on trouve les buildings Microsoft, Sun, Google et IBM dans un mouchoir de poche).
par
Ghislain Cottat
à
17:42
17/05/2008
Samedi 17 - A bord du Tian Ren
Pas plus de vagues aujourd'hui qu'hier, donc la traversée suit son cours sans heurts. Je fais la grasse matinée, d'autant qu'il y a une heure de décalage (dans le "bon" sens) avec la Chine. Petit-déjeuner de gâteaux de riz, puis je remplis le coupon de débarquement et cherche une auberge près de l'école de Wudaokou. Il n'y a rien d'indiqué dans ce quartier, ça ne doit pas être touristique, donc je jette mon dévolu sur le "Peking Downtown Backpacker Accommodation" (on ne peut guère faire plus explicite comme nom), où le lit en dortoir est à 5 euros (par chambre de 8) ou 6 (par chambre de 4). Il y aura un bout de métro jusqu'à Wudaokou, donc j'essaierai de me rapprocher par la suite si l'école me convient.
Je m'installe à nouveau dans un fauteuil de la promenade pour tapoter en écoutant de la musique et en regardant passer les vagues. C'est long, et il n'y a pas grand chose d'autre à faire. Une Chinoise d'un certain âge engage la conversation avec moi, et me demande ce que je pense de la Chine. Je ne sais pas si c'est un piège, je contourne en répondant que j'apprécie beaucoup l'histoire et la culture chinoises. En fait elle a vécu aux États-Unis pendant quinze ans (ses fils y sont installés) mais est revenue en Chine maintenant qu'elle est retraitée. Elle habite Tianjin. Elle est très surprise par le voyage que j'ai entrepris, je lui explique pourquoi j'ai pu faire ça, que tout le monde ne peut pas se le permettre, elle trouve effectivement que j'ai "une vie facile". Nous comparons les différents types de cuisine asiatiques, et comme je parle un peu de ma famille elle me demande si moi ou ma sœur et mon neveu vivons avec mes parents. Non, nous avons tous notre propre logement. Je veux revenir sur la question de mon opinion sur la Chine, maintenant que je vois qu'elle est très ouverte d'esprit j'aimerais savoir ce qu'elle en pense. Mais elle me dit que je ne suis pas obligé de répondre à sa question, et nous n'en parlons plus. Elle est aussi étonnée que j'aie étudié le japonais pendant trois ans sans intention de passer plus d'un mois par ci par là dans le pays.
Ma foi, comment expliquer cette fascination pour les langues étrangères chez quelqu'un comme moi qui, en général, n'apprécie même pas spécialement de parler avec les gens dans les pays qu'il traverse... Ce n'est pas que je n'aime pas parler mais en général vu mon niveau de japonais ou le niveau d'anglais de mes interlocuteurs/-trices nous devons nous limiter à des banalités, impossible d'exprimer des idées. Il n'y a qu'avec Jiyeon, la Coréenne avec qui j'ai fait la traversée entre Fukuoka et Pusan, que j'aie pu vraiment échanger des points de vue et opinions construites.J'ai eu beau enfiler un certain nombre de gâteaux de riz au petit-déjeuner, je ressens le besoin de me caler l'estomac avec une soupe de nouille puis je vais m'allonger sur ma couchette pour écouter de la musique. L'ennui et le repas aidant, je m'assoupis et fais disparaître ainsi quelques heures sans intérêt de cette journée. Au réveil je vais prendre l'air du large pour me fouetter un peu le sang. Nous naviguons dans la brume. Un peu plus tard, surprise, nous sommes arrêtés au milieu de nulle part. D'autres navires de grande taille ont l'air d'attendre eux aussi. Puis nous repartons, il reste en fait une heure de mer, d'après l'annonce qui est faite.
Je ne sais pas exactement quand nous arrivons à quai, mais il faut poireauter un bon moment avant de pouvoir enfin débarquer. J'ai recroisé le Japonais de Sapporo, il me demande si j'ai changé de l'argent et réservé un hôtel. Il a l'air passablement à l'ouest. Je lui montre le Lonely et lui propose de noter des adresses, mais il me dit que ça ira. Je ne le reverrai plus. En faisant la queue pour descendre je suis derrière deux canadiens : ils ont enseigné plusieurs années en Corée et sont sur le chemin du retour.
Les formalités d'entrée sur le territoire sont assez rapides, même si j'ai l'impression que ma barbe pose problème au personnel qui contrôle mon passeport : la dame m'inspecte longuement, plusieurs fois, au point qu'elle en est manifestement gênée... Comme en plus la photo date de 6 ans, cela fait une différence certaine avec mon aspect actuel, surtout pour des asiatiques. Je monte dans le bus qui doit faire la navette jusqu'à Beijing. Le problème d'une navette par rapport à un taxi, c'est qu'il faut attendre que tout le monde soit sorti du bateau. Alors j'attends.
Une bonne demi-heure passe, les lumières du terminal sont éteintes, même le personnel s'en va, mais qu'est-ce qu'on attend ? Un chauffeur de taxi pousse son véhicule manifestement en rade. Ça chahute un peu dans le bus. Le moteur est allumé depuis dix minutes sans que le bus fasse mine de démarrer. Quelques raclements de gorge tonitruants se font entendre. Aucun doute, nous sommes bien en Chine :-)
Enfin c'est parti : le trajet est d'autant plus interminable que je n'ai rien de réservé et me demande où il vaut mieux descendre. Les arrêts de la navette sont bizarrement placés par rapport au noyau de la capitale. Ils doivent être adaptés à des gens rentrant chez eux et non à des touristes en vadrouille. Il est près de minuit quand on s'arrête une première fois, d'ailleurs dans un quartier où pas mal de panneaux sont en coréen. Une espagnole voyageant avec un Coréen m'aborde pour savoir si j'ai une guesthouse en vue. Eux en ont réservé une mais, vue l'heure, ils ne sont pas sûrs que ce soit ouvert. Je regarde où elle est placée, cela convient à peu près, donc je les suis. Le Coréen parle espagnol car c'était sa spécialité à l'université. Je ne sais même pas où ils vont, sinon qu'ils ne restent que dimanche à Beijing et partent ensuite pour Moscou via la Mongolie. Il est fort possible qu'ils aillent donc en Espagne par la voie terrestre.
A la descente du bus, une Chinoise passe un coup de fil pour nous et nous confirme que la guesthouse nous attend avant de nous confier gentiment à un taxi. La "Templeside Guesthouse" est une charmante demeure à l'ancienne située dans une des fameuses ruelles qui font le charme de Beijing mais qui sont en voie d'extinction du fait de la ré-urbanisation de la ville, en particulier cette année. Nous débarquons vers 1h30, pas de problème, avec nous trois nous sommes quatre dans une chambre de huit.
L'endroit est très calme vu qu'on est séparé du boulevard par 100m d'étroites ruelles, donc le sommeil ne tarde pas à venir.
par
Ghislain Cottat
à
00:00
16/05/2008
Vendredi 16 - Embarquement à Incheon !
Levé à 8h30 ce matin, donc relativement tôt par rapport à ces derniers jours, je vais sur internet chercher quelques informations sur mon école de mandarin (je parle de la langue bien entendu, il y a longtemps que le concours public pour le statut de mandarin n'a plus cours :-)). J'ai bien l'adresse mais cela ne m'aide guère. J'essaie de copier-coller quelques idéogrammes dans la barre de recherche Google Map, et j'obtiens une indication du quartier où c'est situé. Cela a son intérêt pour choisir une guesthouse pas trop loin, mais guère pour me rendre sur place. Le site web de l'école étant en coréen (!), je n'ai pour m'aider qu'une traduction partielle trouvée sur un forum. Le plan fourni sur le site ne me donne pas le métro le plus proche.
Je demande à David car je pensais qu'il lisait le chinois, mais ce n'est pas le cas. Il me donne quand même quelques conseils et son adresse mail en cas de souci en Chine, car il connait du monde qui pourra m'aider (une femme et deux enfants si j'ai bien compris - il est donc peut-être marié à une Chinoise, ce qui complèterait plutôt pas mal sa famille internationale). Finalement je regarde à tout hasard dans le Lonely et, coup de bol, le nom d'une station de métro porte le nom de Wudaokou : or l'école a deux branches, l'une à Wudaokou, l'autre à Wangjin. Le nom de la rue est même sur le plan, donc vue l'échelle (quelques 20km pour la double-page) cela doit être un grand boulevard.
Je sais donc où me rendre lundi matin. Je ne suis pas sûr par contre de l'horaire : j'ai vu quelque part que cela commençait à 9h, mais sur le planning des cours pour débutants il y a un créneau 7h20-8h50. Mais je trouve aussi un autre créneau lundi à 9h (il y a plusieurs cours simultanément parmi lesquels on fait son marché), qui semble correspondre à une "leçon n°1". Si le bateau ne me rend pas malade, je pourrais rappliquer à 7h, mais cela me semble étrange de commencer aussi tôt. Maintenant que j'y repense j'aurais quand même dû leur envoyer un mail, même si la dernière fois ils ne m'ont pas répondu.
Ceci étant réglé, je prend le petit-déjeuner. Je me fais remarquer en prenant mon café dans un bol et non une coupe. Apparemment c'est typiquement français, David me dit avoir acheté un bol à son nom à Marseille mais ne pas oser l'utiliser de peur de l'abîmer. Il me met en garde lui aussi contre le trajet en bateau : "it's a tough ride !", d'après certains de ses étudiants. Il me conseille de faire le plein de vivres car la nourriture serait mauvaise sur le bateau. Déjà Jiyeon m'avait tenu le même discours. A les entendre je serais sur le point de m'embarquer sur un navire décrépi, surchargé de gens à moitié malade en train de vomir partout... Je vous rassure tout de suite, ce n'est pas le cas : il s'agit bien d'un grand navire commercial, et si certains sont malades cela leur évitera de chanter faux au karaoké.
Il parait que je pourrais trouver un vol en low-cost à peine plus cher, mais je préfère le bateau pour un tas de raisons : j'ai le temps, je suis persuadé que ce n'est pas si terrible que ça, et cela fait partie du thème du voyage après tout : je ne vais pas faire 1000km en avion alors que je m'apprête à faire 10000km en train ! Cela ficherait en l'air mon budget CO2 :-)
Bref son conseil me donne quand même envie de racheter des gâteaux de riz, on ne sait jamais, et puis comme ça je peux me dire que ce n'est pas uniquement par gourmandise. Je connais le chemin par cœur maintenant, donc l'affaire est rondement menée. Je trouve même par chance une bouteille de jus de fruit combinant plusieurs caractéristiques assez rares par ici : sans aller jusqu'à parler de pulpe, il y a du dépôt dedans, donc cela a l'air relativement naturel, et de plus la bouteille fait moins de 2 litres mais plus de 250ml (en l'occurrence 473ml, ça ne s'invente pas).
Ainsi paré, je boucle le sac (en prenant en photo les pages d'un livret que je voulais garder histoire de gagner encore 100g), et prend une dernière fois la direction du métro Anguk. Ce coup-ci c'est le guide de conversation "le mandarin en voyage" qui m'occupe pendant la petite heure nécessaire pour atteindre Dongincheon (heure creuse donc place assise).
Je rejoins ensuite l'International Ferry Wharf #2 à pied, où j'arrive vers 13h, largement en avance pour l'embarquement. Ma réservation impayée a probablement été annulée donc je dois d'abord acheter le billet. J'attends que le guichet ouvre, remplis la carte de sortie du territoire en attendant, puis prend mon billet sans problème : 115000 won plus 10200 won de taxes pour un total d'environ 78 euros. Reste à patienter 3h, ce qui ne pose pas de difficulté vu que je trouve une table, une chaise et une prise électrique. Une charmante hôtesse me propose même d'utiliser le wifi, mais malheureusement mon dinosaure de VAIO n'en est pas équipé (je pourrais ajouter une carte PCMCIA, mais cela suppose d'en vérifier la compatibilité avec Windows Millenium).La salle d'attente initialement déserte se remplit soudainement vers 16h30, et la courte procédure d'embarquement terminée, je me retrouve dans un bus qui nous dépose devant le ferry. A l'intérieur, ça m'a l'air tout à fait classe, et je ne vois pas vraiment où pourraient se caser les "marchands ambulants" mentionnés par le Lonely China. Je suppose qu'on ne doit les trouver que sur les trajets nationaux.
Je m'attendais à un bout de tatami comme sur le ferry venant de Fukuoka, mais j'ai carrément droit à une longue (et épaisse) couchette, éloignée de l'entrée, où je peux à la fois stocker mon gros sac à dos et m'allonger entièrement. De charmants Chinois assez âgés prennent possession des couchettes autour de la mienne. Je laisse les chaussures de randos et chausse mes savates pour explorer le vaisseau : deux restaurants, des boutiques (souvenirs, alimentaire et bien sûr luxe en duty free), sauna, jardin d'enfants, salles de jeux (arcade et machines à sous), karaoké, discothèque, deux bars, deux salles de "détente" avec TV, fauteuils massant.
Je croise un japonais, ou plutôt un japonais m'interpelle en me croisant. Il est content de trouver quelqu'un qui parle anglais (il le parle lui-même très bien, c'en est presque suspect), et a fait à peu près le même trajet que moi depuis Fukuoka mais il est originaire de Sapporo. Par contre il est parti pour un an de voyage, je peux donc lui dire que je ne serai parti "que" cinq mois sans susciter l'habituelle jalousie.
Le long de la "promenade" agrémentée de tableaux de style classique, des fauteuils très confortables font face à la mer, et quelques prises plates en 110V sont disponibles ! Pourtant ce n'est ni la norme coréenne ni la norme chinoise... Le bateau est peut-être japonais (pourtant les Coréens en construisent bien assez eux-mêmes), à moins que le 220V à fiches rondes ne soit récent en Corée, du fait de son passé de colonie japonaise ? De toutes façons mon matériel accepte 100 à 240V en 50 ou 60Hz (logique de toutes façons pour du matériel de voyage), ce n'est qu'une question d'adaptateur.
Après avoir fini mon tour d'horizon, je m'y installe avant que toutes les places ne soit prises. Plus loin, les gens font la queue devant le traveller's restaurant. S'il n'est ouvert qu'entre 18h et 19h, comme il me semble l'avoir compris sur le panneau à l'entrée, je comprend leur empressement... Il y a un autre restaurant au 6ème, où je pourrai liquider les 5000 won qu'il me reste. La boutique à coté prend les yuan et les won, donc je suppose que les restaurants aussi.
Ca y est, nous quittons lentement le quai. Le trajet doit prendre en fait 25h car il y a une heure de décalage horaire. Le vent est annoncé à 5/15 et les vagues à seulement 2/10. Cela s'annonce donc plutôt bien. Bon, une demi-heure plus tard, nous avons fait 200m et sommes toujours dans le port... De toutes façons quand on prend ce genre de transport on s'équipe de patience, et pas à dose homéopathique. Un inconvénient par rapport à l'avion (outre que le trajet est environ 25 fois plus long) est que même dans les endroits non fumeurs, cela sent assez vite la clope froide, vu qu'il y a des endroits fumeurs et suffisamment de gens qui s'adonnent au tabac.
19h42, re-départ. La tour affichant "Welcome to Incheon" s'éloigne enfin. Des Coréennes ou bien des Chinoises prennent des photos en s'esclaffant bien fort. Je suis perdu, ça chuinte de partout, j'entends parler chinois mais compter en coréen. Personne ne s'est encore (franchement) pris les pieds dans mon câble d'alimentation, je croise les doigts. Pour l'instant je sens surtout les vibrations du moteur, mais il faudra probablement quelques heures pour dépasser les îles qui moutonnent au large de la côte ouest Coréenne, et atteindre véritablement la haute mer. On en reparlera demain :-)
Je vais peut-être arrêter de commenter le voyage en temps réel sinon, par définition, j'y suis encore demain. Et j'ai assez de retard comme cela à rattraper !
(plus tard)
Après avoir laissé les 5000 won qu'il me restait au restaurant, je me dirige vers ma chambre quand l'hôtesse de l'accueil m'interpelle. Elle veut voir mon passeport car il y a une erreur de date de naissance sur l'un de ses papiers. Elle me dit que la Jinchon Ferry Company organise aussi une navette en bus pour Beijing. Ça tombe très bien, je prend un ticket. En plus les deux arrêts proposés par le bus sont de manière assez incroyable situés dans les deux quartiers où se trouvent l'école de langue où je compte aller ! J'en profite pour lui montrer l'adresse de la seconde branche de l'école, que je n'ai pas pu positionner précisément sur la carte contrairement à la première. Elle me confirme que c'est bien dans le quartier auquel je pensais, mais ne peut pas me donner plus de précisions.
Je pense donc aller à la première, il ne me reste qu'à trouver une auberge de backpackers pas trop loin. Sur ce au lit, il fait très chaud donc il me faut un moment pour m'endormir. Je n'ai pas l'impression que les gens autour de moi prennent la moindre précaution, mais je mets quand même par principe mon pantalon (qui contient passeport et liquidités) sous l'oreiller.
par
Ghislain Cottat
à
00:00
15/05/2008
Jeudi 15 - Forteresse et palais de Suwon
Au petit-déjeuner, la cuisine étant décidément un lieu de rencontre malgré l'interdiction d'y cuisiner, je discute avec quelqu'un qui semble de prime abord venir d'Inde. David est en fait un jamaïcain d'une petite quarantaine d'années, sa famille est d'origine indienne, il a vécu au Canada (et en plusieurs endroits d'Europe il me semble), et enseigne aujourd'hui à Beijing. Son école a apparemment une problématique assez particulière, qui est de réintégrer des enfants d'immigrants revenant dans leur pays d'origine. Cela me fait justement penser au gamin de Chungju, qui a vécu 8 ans au Texas avant de revenir en Corée. Il est très intéressé également par les problèmes sociaux dans les différents pays qu'il a visités, et en particulier ceux liés à l'éducation des jeunes. Il nous explique que la montée de la drogue en Corée sera à son avis un problème majeur pour l'avenir du pays, car les jeunes de parents aisés ne sont plus prêts à faire les efforts qu'on consentis les générations précédentes pour faire sortir leur pays de la pauvreté et de la dictature. A l'autre bout du spectre la Jamaïque, comme de nombreux pays de la région (il cite le Vénézuela, la Colombie, la Bolivie), voit son économie largement dépendante de l'industrie de la drogue, dont les intérêts priment sur l'ordre public face à des institutions impuissantes.
Aujourd'hui mon programme, décidément très axé sur les dynasties Coréennes, m'emmène à Suwon pour en visiter la forteresse et le palais reconstitué. La ligne 1 du métro poursuit via les lignes de chemin de fer classique jusqu'à cette ville de banlieue, en environ 70 minutes d'interminable omnibus. Je révise mes conjugaisons et modaux coréens, même si je quitte le pays demain... ;-)
De toutes façons vu mon niveau de vocabulaire c'est à peine si j'ai placé une phrase malgré les structures de base acquises sans réelle difficulté pendant ces deux semaines. Les principes sont en effet similaires au japonais, même si les particules sont quasiment toutes différentes (on ne retrouve que le "é" pour la direction). La forme progressive et les modaux basés dessus sont même encore plus simples qu'en japonais, tandis que le présent est de difficulté (pardon, simplicité) comparable : le coréen a quelques irrégularités tandis que le japonais a des groupes de verbes pas tous évidents (tabe-ru/tabe-masu mais kae-ru/kae-ri-masu). En tous cas rien à voir avec nos tables de conjugaisons et nos listes interminables d'exceptions et autres irrégularités fort distrayantes.Une fois sur place, je suis les panneaux en allant grossièrement vers l'est. De toutes façons vu la taille du parc je ne peux pas vraiment le rater. Une fois de plus je me retrouve par hasard à utiliser la technique du "meilleur pour la fin", car j'arrive sur la forteresse par sa partie ouest, et l'escalade ensuite pour atteindre les bâtiments les plus intéressants de l'autre coté. En fait le parc ne contient que la moitié est du rempart, l'autre moitié enserrant une partie de la ville ! Après avoir vu quelques tourelles, garnisons, postes de commandement et portails "secrets", j'arrive sur la porte principale, "Paldalmun", qui trône au beau milieu d'un rond-point dans une anachronique cacophonie motorisée. Le tout est de construction relativement récente car cela date de la fin XVIIIe.
Parmi les autres points d'intérêt, une énorme cathédrale (?) très foncée, pas franchement jolie mais indéniablement imposante (à l'extérieur des remparts), ainsi que le poste fortifié servant à relayer des signaux entre les principales villes du pays (genre signaux de feu entre Minas Tirith et le Gondor mais en plus sophistiqué). Cinq fourneaux de brique émettent un signal de fumée de jour, lumineux la nuit. Un seul signal en temps normal, deux lorsque l'ennemi approche des côtes ou des frontières, trois lorsqu'il les a atteintes, quatre lorsqu'elles sont franchies et cinq lorsque des combats ont lieu sur le territoire. Une demi-douzaine de villes à tous les coins du pays étaient ainsi reliées à la capitale !
Près du poste de commandement principal, devant lequel une cour servait à l'entraînement martial, je m'essaie à l'archerie coréenne. Il s'agit de petits d'à peine un mètre, en forme de corne de buffle, mais la cible la plus lointaine est à 155m. Arc légèrement désaxé pour éviter que la corde ne claque sur l'avant-bras gauche (à ce sujet souvenir cuisant de certaine séance d'archerie dans les Pyrénées, fructueuse mais douloureuse), le poing bloque la flèche une fois encochée tout en se refermant sur le pouce qui tient la corde. La cible la plus lointaine étant à la limite de la performance de l'arc, tirer à 45° et compenser un peu le vent de travers. Moins facile que cela n'en a l'air : une dame d'un certain âge, malgré une technique qui semble éprouvée, ne la touche que difficilement.Je continue mon chemin vers le portail laissant entrer la rivière dans l'enceinte des remparts, tout en la maîtrisant en cas de crue, puis rejoins le palais. Il n'est finalement pas très différent de celui d'hier, et nettement moins impressionnant. Il faut dire qu'il a été construit principalement pour les 61 ans de la mère du souverain de l'époque, donc excusez du peu. Des pièces meublées et peuplées de mannequins reconstituent certaines scènes d'époque, une excellente initiative à mon sens. Il faut dire qu'ils ne manquent pas d'accessoires car, comme en témoignent des photos et la description de certaines scènes, un film ou un feuilleton a été tourné ici.
L'audio-guide complète en resituant le contexte historique et en décrivant les fonctions des différents bâtiments. Je recolle facilement les morceaux car justement cette fameuse cérémonie des 61 ans avait donné lieu au déplacement de quelque 1800 membres de la cour, dont une représentation exhaustive agrémente de nos jours la promenade du canal Cheonggye à Seoul, parcourue hier, puis à une chronique détaillée permettant la reconstitution.Retour interminable sur Seoul (je cherche à prendre un train plus rapide représenté sur le plan de la ligne, mais aucune indication sur les quais de gare...). Repos à l'hôtel : comme j'ai réparti mes repas n'importe comment aujourd'hui, je n'ai pas faim et je suis trop fatigué, donc dodo. C'est à ce moment qu'un allemand débarque dans "ma" chambre (j'étais seul depuis deux jours, malgré un voisin fantôme qui a dû louer un lit juste pour laisser ses affaires). Il revient de quatre mois en Nouvelle-Zélande, où il avait un visa "vacance-travail" pour visiter le pays sans vider sa tirelire. Il me dit avoir rencontré peu de Français là-bas, à cause de la langue soi-disant. Ce n'est pas le premier à me dire ça, alors que pour ma part j'ai l'impression d'en croiser pas mal. M'est avis qu'il y a un gros phénomène de subjectivité derrière tout ça.
par
Ghislain Cottat
à
00:00
14/05/2008
Mercredi 14 - Seoul : palais, sanctuaire et... théâtre !
En prenant quelques toasts avec un thé au riz et la traditionnelle marmelade glaireuse vaguement aromatisée à la fraise, j'échange quelques mots avec un québécois et sa copine danoise. Ils me conseillent l'une des balades du Lonely, qui justement m'avait aussi inspiré. Mais d'abord je me rend au palais Changdeokgung, dont la visite obligatoirement guidée (en anglais heureusement) est un peu rapide mais tout de même très agréable. Le palais a servi de remplaçant pendant 250 ans au palais plus imposant encore de Gyeongbokgung, autour duquel j'ai tourné en vain hier, après que celui-ci eût été détruit par les combats contre les armées japonaises lors des tentatives d'invasions de Toyotomi Hideyoshi en 1592 et 1598. Il contient également un "jardin secret" (en fait simplement réservé au couple royal), sympathique même s'il ne restera pas dans les annales, et une "demeure modeste" (d'un point de vue royal j'imagine) que le souverain avait fait construire pour s'imaginer la vie des gens du "commun". Elle contient tout de même deux parties distinctes avec les entrées correspondantes, l'une pour le mari, l'autre pour la femme, car selon le Confucianisme rigoureusement appliqué en Corée à l'époque, hommes et femmes ne doivent pas se mélanger, leurs rôles étant bien définis (en clair : la femme aux fourneaux). Le Confucianisme apportait plein de bonnes idées (piété filiale, règles de vie en famille et en société basées sur le respect des hiérarchies naturelles), surtout pour une philosophie datant de plusieurs siècles avant J-C., mais alors par contre la place de la femme n'y est pas avantageuse.
J'apprends également que le fait de peindre les poutres, boiseries et plafonds de vifs motifs était réservé aux temples et aux palais royaux, d'où l'absence de décoration dans la partie "modeste".
Je me dirige ensuite vers les collines d'Inwangsan pour y faire la balade recommandée, et passe pour cela devant le parc de Gyeongbokgung en travaux. J'aimerais bien quand même me rapprocher de certains bâtiments aperçus de loin, donc comme aujourd'hui le musée du folklore est ouvert (et gratuit), j'y fais un détour et je peux y admirer une énorme pagode dont les couleurs sombres de la partie supérieure contrastent violemment avec la partie inférieure, deux étages en pierre blanche avec de grands escaliers. Ô surprise, le palais est en fait ouvert au public, il n'était fermé qu'hier à titre exceptionnel (probablement parce que le lundi, jour de fermeture, était déjà férié en tant qu'anniversaire de la naissance de Bouddha).
Je me félicite du détour car, l'entrée seule étant en travaux, la plupart du complexe peut se visiter mais ça ne saute pas du tout aux yeux vu que depuis le boulevard principal tout est masqué par les palissades du chantier.
J'entre du coup par l'arrière du parc, et je fais du coup la visite à rebours. Ce n'est pas une mauvaise idée car de ce fait je découvre des parties de plus en plus intéressantes au fur et à mesure que je m'approche de l'entrée (sur le coté gauche). Non pas que l'arrière soit inintéressant, loin de là : un pavillon relié par un pont est planté au milieu d'un étang fleuri de lotus. Derrière, un bâtiment de taille modeste est doté d'une très belle tour. Je reviens ensuite en passant dans le jardin de la Reine, ses pavillons, puis ceux dédiés aux nécessités de l'État : salles de réception, salle du trône (avec louables reconstitution du mobilier qui en font de véritables fenêtres sur le passé), et surtout l'imposant pavillon pour les banquets donnés par le souverain, qui domine un (autre) étang sur lequel ces nobles personnages et leurs convives pouvaient se détendre.
Enfin, je parviens au bout de cette longue mais passionnante visite, dont la fin est ponctuée de chaleureux (mais lassants) "hello" car j'y croise (à contre-sens heureusement) un certain nombre de groupes scolaires.
Un quatre-heure bien mérité me permet de me reposer les guiboles dans le parc de Sakji pas très loin, avant d'attaquer Inwangsan avant que la nuit tombe. Comme le dit le Lonely, "le quartier [d'où part la balade] subit de profonds changements" : une douzaine d'immeubles d'habitation de trente étages tout neufs se cachent la lumière les uns aux autres, serrés au bord des collines, et je tourne un peu en cherchant comment traverser la zone pour trouver le chemin vers le temple, pourtant indiqué en bas par un panneau (il fallait cependant improviser ensuite deux virages pour rejoindre un escalier). Je cherche à me rappeler le nom du temple quand une femme me propose de l'aide, et me demande d'où je viens. De France, ça alors ! Elle y a justement vécu (c'est marrant j'ai l'impression d'avoir entendu cela plusieurs fois ces deux derniers mois) et parle effectivement quelques mots de français (un peu plus que bonjour et merci, ce qui n'est pas commun), mais c'est en anglais qu'elle m'explique mon chemin. Nous échangeons encore quelques mots, puis elle me serre la main (ça fait des semaines que cela ne m'est pas arrivé) et me souhaite bon voyage.Je grimpe vers un premier temple, bouddhiste celui-là, agrippé au flanc de la colline, et entouré de quelques habitations modestes, certaines sinistrées et à l'abandon, reliées par d'étroits chemins bétonnés. Contraste total avec les immeubles plus bas, ici pas un chat et pas un bruit, juste la rumeur de la ville. Je continue le chemin qui grimpe maintenant dans les rochers. On y trouve de petits sanctuaires à ciel ouvert, simples autels devant lesquels sont déposés en offrande boisson et nourriture. Ici il n'est plus question de bouddhisme, c'est un lieu de chamanisme (même si le syncrétisme est courant : on trouve souvent un autel dédié aux esprits du monde des chamans dans les temples bouddhistes), et les esprits ont besoin comme nous d'aliments pour survivre. Je passe devant plusieurs personnes en méditation, mais pas de cérémonie en cours. Plus haut, un ensemble de rochers découpés par l'érosion forme un autel naturel.
J'arrive enfin en haut des collines : il y a des installations militaires, mais une partie de la crête est accessible au public, et un point de vue à 360° est aménagé. Le soleil se dirige vers l'horizon, je redescends vers la station de métro, en longeant pendant un moment la muraille reconstruite tout récemment. De taille très modeste mais en pierres neuves, elle a l'air ridicule. A se demander si elle n'a pas été reconstruite comme partie intégrante des installations militaires modernes.
Dans le métro, je vais jusqu'à l'embranchement avec la ligne 1, "Jongno-3(sam)-ga", et là j'ai le choix : soit je prend la direction Seoul Station, et je descend à City Hall pour aller jusqu'à un théâtre jouant des arts traditionnels. Ou bien je prend la direction Chongnyangni et après un nouveau changement je descend dans un quartier animé où se trouve entre autres un théâtre passant des comédies musicales coréennes (avec sous-titrage anglais). Ils commencent plus tôt, vers 19h30, mais j'ai envie d'un truc qui bouge un peu plus, et j'ai déjà vu les tambours et danses d'éventails à Gyeongju, donc je décide de le tenter.
Effectivement le quartier a l'air rempli de bars et de coins branchés, je crois qu'il y a une ou deux universités pas loin. J'arrive au théâtre à 19h25 et prend ma place : ce soir c'est un opéra rock appelé "Line 1", la ligne de métro que je viens justement d'emprunter. Moi qui voulait du moderne, c'est parfait. Le guichetier m'a donné un feuillet décrivant les personnages, ainsi que quelques éléments de contexte culturel et historique indispensables à la bonne compréhension des situations et dialogues.
Entre autres un conte "coréen", en fait probablement asiatique car je le connais déjà, surement via un dessin animé japonais. C'est l'histoire d'un bûcheron qui soigne un jour un animal blessé, et se voit indiquer en récompense un lieu où les anges, pour se baigner, enlèvent leurs habits ailés. En volant les habits d'un ange, le bûcheron l'empêche de retourner au ciel et s'arrange ainsi pour la recueillir chez elle. Il se marie avec elle et en a deux enfants. Mais celle-ci découvre un jour son habit ailé dans le grenier du bûcheron, et abandonne alors son homme en emmenant leurs deux enfants au ciel.
Autre élément de contexte : il y a une communauté d'immigrés Coréens dans le nord de la Chine, arrivés là pour combattre au coté des Chinois (contre les Japonais je suppose). Le scénario met en scène une fille d'immigrée qui débarque un beau jour à Seoul pleine de beaux espoirs. Elle a en effet rencontré un homme lors d'un pèlerinage en Corée du Nord, sur la mythique montagne Baekje, et son "bûcheron" a volé son cœur (pas que ça manifestement, car elle est enceinte). Elle vient à Seoul pour le retrouver, car il lui a donné une adresse, fausse et située dans le quartier des prostituées, au bout de la ligne 1, à Chongnyangni. L'homme est en fait un gigolo, qui vit au dépends de ses conquêtes.
La moitié des scènes sert à dérouler le scénario, qui voit la nouvelle arrivante d'abord chercher son homme puis réaliser son erreur, grâce à l'intervention de quelques personnages principaux, la plupart des pommés vivant tant bien que mal en marge de la société : la droguée séropositive qui la convainc de continuer à vivre malgré son malheur, le faux dissident boiteux qui chante dans la rue, la vieille marchande de soupe et sa petite vérole, un gros bras qui se prend pour un combattant de l'indépendance, la riche femme d'affaire parasitée et son gigolo. Tous ces braves gens ont des relations plus ou moins conflictuelles que je ne détaillerai pas, et certains se lient d'amitié avec "l'ange".
L'autre moitié des scènes met en jeu toutes sortes de personnages "temporaires" qui servent de support à la critique d'une société et d'une ville qui est passée trop vite de la tyrannie à la démocratie, d'un rang quelconque à un rang de nation industrielle de premier plan, et ce malgré la crise financière asiatique de 1997 (l'histoire se passe en 1998). On voit ainsi défiler les employés de bureau anonymes dans leur imperméable, les gosses de la nouvelle génération inconscients de leur chance pendant que leurs parents luttent pour joindre les deux bouts, les vendeurs à la sauvette, les illuminés de tous poils qui prêchent dans les rames (le prêtre catholique est hilarant), le membre de gang qui impose sa loi, les riches veuves dont les maris étaient aussi bien placés dans l'ancienne tyrannie que dans la récente démocratie, les pervers qui profitent des heures de pointe pour tripoter les femmes en jupon, etc.
On a droit aussi à un flashback montrant un maire de Seoul à moitié sénile vanter les mérites du métro, tellement plus rapide que la voiture dans la métropole embouteillée, et racontant que la ligne 1 a été construite par une société japonaise, les lignes 2, 3 et 4 par des britanniques et les suivantes par "euh, telle et telle compagnies, toutes ayant en tous cas réalisé des profits indécents" (sic). Seoul aurait le seul réseau au monde où, en fonction de la ligne, les rames roulent à gauche ou à droite, reflétant les habitudes des différents maîtres d'œuvre.
Une autre scène poignante montre qu'à l'époque des combats avaient lieu dans les rues entre les marchants ambulants (irréguliers) et les contractuels engagés pour les disperser en vertu des récentes réformes visant à réguler ce type de commerce.
Dans l'ensemble la musique est bonne au début mais juste correcte par la suite, et la pièce a surtout pour moi un intérêt comique et culturel. Bien sûr le final mêle tragique et happy end de manière plutôt réussie dans le but de nous tirer une petite larme :-)
En fait il s'agit visiblement d'une pièce fameuse, à en croire le site web (en coréen, japonais et anglais) qui a déjà été représentée plus de 2000 fois !
par
Ghislain Cottat
à
00:00
13/05/2008
Mardi 13 - Découverte de Seoul
Le temps étant pour le moins incertain, je me dirige plutôt vers les musées. Je cherche un musée d'histoire dans le Lonely, mais aucun n'est indiqué ! Je flâne le long du boulevard menant au plus important palais de la ville, dont l'approche est massivement entourée de palissades de tôles. Je passe devant la statue d'un important général (ou amiral ?) ayant joué un rôle majeur contre l'envahisseur japonais à la fin du XVIe. Il est entouré de buildings vitrés et d'œuvres contemporaines décorant le centre-ville.
Je tombe par hasard sur un bâtiment qui se trouve être le (du moins un) musée d'histoire d'une bonne taille, donc je m'y risque. Il est agencé sur un mode très moderne car de nombreux écrans interactifs viennent apporter plusieurs niveaux de détails aux objets exposés, en fonction de l'intérêt du visiteur, et présentent le contexte historique associé. Toutes les périodes sont couvertes, de la préhistoire jusqu'à l'ère contemporaine, avec cependant un fort accent sur les ères prospères de Goryeo et Joseon.En sortant je traverse un palais secondaire qui se trouve juste derrière, mais des préparatifs sont en cours pour un spectacle théâtral se déroulant ce soir-là, donc la cour est remplie de sièges et des techniciens sont en train d'installer l'éclairage.
J'arrive au musée d'art quand le soleil commence à percer résolument. Je m'attarde donc seulement le temps de prendre en photo les œuvres contemporaines exposées devant le musée (dues à une exposition spéciale sur un artiste au nom à consonance française dont le nom m'échappe - Jihem doit connaître :-)) Je reviens donc vers le boulevard dans le but de profiter du beau temps pour visiter le palais. Je tombe par hasard sur la fin d'une cérémonie de relève de la garde devant un parc (lui aussi rempli d'anciens bâtiments royaux), puis atteint finalement le palais.
Malheureusement seul le musée du palais est ouvert, le reste a l'air inaccessible, peut-être à cause des travaux ? Dommage, car de ce que je peux en voir, il y a des bâtiments impressionnants à l'intérieur de l'enceinte. Je fais tout le tour de l'enceinte en cherchant une autre entrée, en vain. L'endroit pullule d'agents de police de tous poils, une douzaine étant en poste en rang serrés à certaines intersections ! L'un d'eux vient me voir, me demande d'où je viens et commence à me citer des noms de footballeurs français...Cause toujours ! Je lui fais comprendre que je n'y connais rien au foot, en tous cas il est très aimable et me certifie que la prochaine fois c'est l'Italie qui perdra. Bon là au moins je saisis la référence, je le remercie et reprend ma marche.
En revenant vers l'hôtel je visite un important (et récent) temple bouddhiste dans lequel se déroule une cérémonie (bien sûr je reste à l'extérieur), ça n'a pas l'air de rigoler. Je me croyais fatigué, finalement je repars carrément jusqu'au centre-ville, avec son canal aménagé et sa ruelle décorée de grandes plaques de marbre blanches et noires faisant un peu penser à des touches de piano.
Je mange pas loin dans un petit restaurant que je complète avec une nécessaire évaluation du Baskin'Robins local (malheur, ils ne font pas les sundae avec les coulis chocolat, caramel et/ou myrtille ;-)), puis poursuit ma trotte jusqu'à la grande porte sud (Nandaemun, mais elle aussi en travaux donc totalement masquée) et enfin jusqu'à la Tour N'Seoul, d'où je m'offre un point de vue nocturne sur la ville qui vaut le déplacement. Heureusement car je rentre passablement lessivé à l'hôtel après cette longue journée de marche.
par
Ghislain Cottat
à
00:00