29/04/2008

Mardi 29 - Derniers préparatifs

Juste une mise à jour sur cette journée vu que je n'avais écrit qu'un petit laïus le matin sur la Golden Week : comme le montrent les articles suivants, j'ai pu réserver sans problème mon ferry.
J'ai ensuite visité un quartier religieux assez sympathique et un temple très moche mais avec une statue de 16 mètres à l'intérieur (récente donc sous droits d'auteurs = pas de photo).

L'après-midi, je suis retourné au grand Maruzen du quartier de Tenjin et parmi ses 2 étages de bouquin, que j'avais parcouru la veille en éclaireur, j'ai fait mes dernières emplettes avant de quitter le pays. Je me suis fait violence pour ne pas ramener de mangas vu que j'en ai déjà suffisamment pour que le prétexte du support d'apprentissage ne vaille plus. Si je m'étais écouté j'aurais pris les deux premiers tomes de Seirei no Moribito (Guardian of the Secret Water Spirit), quelques-uns de Hagane no Renkinjutsushi (Fullmetal Alchemist) et puis un gros volume de Kousetsu Hyaku Monogatari (Kousetsu's Hundred Stories).
Finalement j'ai juste pris le Lonely sur la Corée, même si je n'y serai pas bien longtemps et un phrasebook japonais-anglais-coréen qui me vaudra bien des regards étonnés en Corée.

Très bonne surprise en passant dans le rayon des livres pour enfants : je cherche en effet un véritable roman en japonais, plus difficile qu'un manga, mais plus facile que le livre que Krys et moi avons acheté qui, même s'il est bilingue, est assez ardu... Je tombe justement sur Seirei no Moribito, et réalise que ce n'est qu'une oeuvre parmi une série. Du coup, ayant beaucoup aimé l'histoire, je prend le deuxième roman de la série (Yami no Moribito à savoir Guardian of Darkness). Apparemment c'est destiné à des élèves de collège : cela ne va pas être simple, mais ça se tente !

Mardi 29 - Green Day

Après une journée de repos dimanche, j'ai passé quelques heures hier à réserver mon ferry entre la Corée et la Chine. Après quelques coups de fils (ruineux), deux fax (le premier dans un am-pm n'ayant pas fonctionné) et un peu de marche à pied, j'ai enfin ce qui ressemble à un mail de réservation, que je vais m'empresser d'imprimer.
Ce n'est pas à strictement parler une confirmation ferme et définitive, car il faut que je leur vire le paiement et cela va prendre forcément quelques jours, mais je pense que cela suffira et je ne vois pas quoi faire de mieux. J'essaierai d'avoir aussi une preuve que j'ai initié le virement au cas où ils feraient des difficultés, mais cela sera en français donc moyennement convaincant...

Bref, je vais maintenant de ce pas voir au port si je peux réserver le ferry, ce coup-ci pour la Corée (!), en espérant qu'avec la Golden Week qui commence aujourd'hui il y restera quand même quelques places. J'espère pouvoir partir demain soir (arrivée le lendemain matin). Au pire je reste quelques jours de plus ici, ce qui me permet d'assister aux festivités, et de travailler un peu le coréen !

Mais qu'est-ce donc que la Golden Week me direz-vous ? Il s'agit d'une série de jours fériés qui s'enchainent, occasionnant ainsi des ponts à la manière de nos mois de mai, mais en mieux.
Jusqu'en 2007 voici comment la chose se présentait :


  • Aujourd'hui 29 avril, c'est le "Midori no Hi" (みどりの日), la Journée Verte,

  • Le 3 mai c'est le "Kenpô Kinenbi" (憲法記念日), le Jour de la Constitution,

  • Le 5 mai c'est le "Kodomo no Hi" (こどもの日), le Jour des Enfants où ont lieu de nombreuses cérémonies,

  • Le 4 mai c'est le "Kokumin no Saijitsu" (国民の休日), le "Jour de repos national", tout simplement parce que le précédent et le suivant sont fériés.

Mon Lonely étant manifestement obsolète, je complète avec wikipedia : en 2007 léger changement, ils ont quand même trouvé une meilleure excuse pour le 4 mai : le 29 avril était en fait initialement férié en tant qu'anniversaire de l'Empereur Shôwa. Il était resté férié mais renommé en "Midori no Hi" (みどりの日) après son décès en 1989. Du coup maintenant le 29 avril est redevenu le "Shôwa no Hi" (昭和の日) et le "Midori no Hi" est passé le 4 mai, ça fait plus sérieux (et tout de suite plus clair...) ;-)

26/04/2008

Samedi 26 - Vers Fukuoka

Adieu Kagoshima ! Et surtout tant pis pour Ebino-gôen, un parc national un peu au nord, avec de très belles randonnées, et tant pis aussi pour Yakushima, un joyau au milieu de l'océan à 4h de ferry de Kagoshima. Je préfère retourner tout de suite sur Fukuoka/Hakata pour y régler une bonne fois pour toutes mon passage en Corée. Si je veux y passer deux semaines puis enchainer sur un mois de cours de Chinois, il ne faut plus que je traine.

Les différentes options sont les suivantes, si mes tentatives par mail échouent :
    1/ Réserver un aller-retour entre ici et la Corée puis me faire rembourser le retour en débarquant à Pusan (en supposant qu'à l'immigration ils ne poussent pas le vice jusqu'à vérifier que je serais également admissible au moment du retour au Japon, ce qui ne serait pas le cas dans cette hypothèse vu que de la même façon je n'ai pas de billet pour quitter le Japon - oui, c'est vraiment une histoire à dormir debout).
    2/ Réserver en appelant directement en Corée, avec les problèmes de paiement et de confirmation écrite qui vont avec.
    3/ Réserver le ferry vers la Chine en passant par une agence de voyage japonaise, si c'est possible (à voir en fonction de leur commission).
    4/ Réserver un vol sur Opodo puis l'annuler (bien lire les conditions d'annulation !).
    5/ Aller directement en Chine (mais ce serait m'avouer vaincu)...

Pour resituer un peu le contexte chronologique, le planning de mon voyage est en butée coté Russie par le visa qui précise expressément une sortie au plus tard le 12 août. L'entrée, a priori depuis la Mongolie, est au plus tôt le 14 juillet. La fête nationale en Mongolie, le Naadam, se passe entre les 11 et 13 juillet. Je compte passer au moins trois semaines voire un mois en Mongolie pour de longues excursions dans ces contrées sauvages. Ceci nous amène (à rebours) aux environs du 20 juin. En soustrayant 4 semaines de cours, ça me fait commencer le 19 mai. En comptant quelques jours de marges pour arriver et prendre mes repères sur Beijing (au cas où je sois "obligé" de débarquer à QingDao), pour avoir deux semaines en Corée il faut que je parte en gros le premier mai.
A noter que celui-ci n'a pas l'air spécialement férié en Corée, alors qu'en Chine c'est une grosse fête nationale donc rush assuré, et au Japon la Golden Week, plus grosse période de congés après la semaine du Nouvel An, commence le 29 prochain (mardi !). D'autant qu'il y a un festival à Fukuoka le week-end prochain, qui coïncide avec le jour des enfants.

En tous cas j'ai réservé deux nuits au Khaosan Fukuoka, vu que c'est le moins cher et que j'avais été véritablement enchanté du Khaosan Beppu. Et que internet est gratuit et que je risque d'en avoir encore pas mal besoin les jours qui viennent :-)
C'était probablement ma dernière journée de visite au Japon hier, vu que nous avions déjà arpenté Fukuoka il y a quatre ans.

Au Khaosan je suis avec un suédois et sa copine, arrivée deux heures plus tard en bus (lui a un JR Pass, pas elle !). Je mange dans un restaurant d'allégeance non identifiée (chinoise ?), un excellent foie de boeuf avec des légumes verts dans une sauce de soja épicée. Mes co-piaules partent en soirée avec d'autres touristes, je les remercie pour l'invitation mais je préfère en rester à mon Crayon Shinchan. Tout ce monde met une bonne demi-heure à se préparer, comparant les toilettes, se prêtant les éléments manquants, etc. Je comprend pourquoi la suédoise avait un sac à dos ET une valise.
Tiens apparemment il y a aussi un japonais, qui arrive à l'instant. Je n'avais pas vu ses affaires, il a le lit au dessus du mien. Il me demande à quelle heure je veux dormir, je lui dis que peu m'importe, mais je doute que j'aie utilisé la formulation adéquate pour ne pas qu'il croie que ça me gêne de me coucher maintenant ni qu'inversement cela me gênerait de dormir maintenant. Il est 23h30, je n'ai pas grand chose à faire à partir potasser mes bouquins, donc ça m'est réellement égal, mais c'est difficile à exprimer. Les fêtards quant à eux ne reviendront que dans la nuit.

25/04/2008

Vendredi 25 - Sakura-jima

Le défi du jour : faire le tour du volcan en vélo. Trente-six kilomètres de montagnes russes, voilà qui de quoi mettre à profit mon entraînement récent (de août dernier jusqu'à fin février j'allais bosser en vélo, soit deux fois vingt minutes par jour). Pour une fois je m'arrange pour alléger mon sac et ne prendre que le strict nécessaire : pas de bouquins, pas de Lonely (ils sont censés fournir des plans, n'est-ce pas) et, non, pas même d'ordinateur. Pas de vêtement, il fait très beau, juste la pélerine ultra-légère en cas de catastrophe.
Alors du coup ça a l'air un peu facile comme ça, donc je m'arrange pour compliquer un peu la chose...

Tout d'abord, je ne prend pas le vélo à l'auberge, pour m'épargner quelques kilomètres jusqu'au port ce matin, et surtout pour ce soir. Grave erreur, car à l'auberge je constaterai en revenant qu'ils ont des VTT, alors que sur l'île je ne trouverai que des vélos de ville (un comble !) : un seul plateau, un seul pignon. Ca devient tout de suite plus drôle.
Et puis tant qu'à faire, une fois sur place et en selle, sur les coups de 9h30, je me dis que c'est quand même dommage de venir voir un volcan et de ne pas aller au point de vue indiqué sur la carte (ridiculement imprécise) fournie par le loueur. Résultat à peine parti je commence par un extra de 7km d'une montée infernale. Je suis obligé de descendre de nombreuses fois pour passer les passages les plus rudes à pied, car forcément même debout et en tirant à fond sur les bras, pas moyen de grimper une pente à 15% avec ce vélo...
Des fleurs poussent un peu partout sur les sédiments accumulés entre les roches volcaniques. Un tas de bouquets de différentes nuances de rose décore ainsi le flanc du volcan.

En dehors de ça le point de vue en lui-même n'est pas absolument transcendant, mais j'ai au moins la satisfaction d'être le seul à garer un vélo sur le parking... Il y a aussi un plan détaillé de l'île, que je prend en photo pour référence ultérieure. Je repère des routes absentes de ma carte papier, qui me permettront de mettre à profit cette grimpette pour court-circuiter une partie du tout de l'île. Alors que j'étais parti dans le sens anti-horaire vers le sud, je vais finalement couper pour arriver sur la côte nord et faire le tour dans le sens horaire. Facile, il me suffit de serrer à droite, quoi qu'il arrive. Surtout ne pas faiblir, car les routes de gauche seront toujours plus alléchantes car en pente descendante, tandis qu'à droite j'aurai à nouveau une belle côte à grimper (pas vraiment de lignes de niveaux, mais les lacets que j'y vois sont suffisamment explicites).
C'est donc reparti, d'abord une descente du tonnerre, le vent me tire des larmes, puis un peu de plat avant d'attaquer la montée prévue. Je suis sur de toutes petites routes traversant la partie agricole de l'île, pardon, la péninsule (depuis l'éruption et les coulées de lave du 10/01/1914). Celle-ci est en effet réputée pour ses oranges miniatures (en taille, pas en prix) mais parait-il succulentes, et surtout pour son radis record de 35kgs enregistré au livre Guinness. Je longe donc pas mal de serres, et aussi des arbres non identifiés dont le bout des branches est ensaché pour protéger quelque chose d'autre chose (oui je sais, ça mériterait des éclaircissements).

Finalement la route suit à peu près la ligne de niveau, puis redescend vers la côte. A la bonne heure, j'ai fait le premier quart de tour de la péninsule. Il m'aura fallu deux heures, mais la suite devrait être un peu moins laborieuse. Après le repas je file donc vers l'est. Ca n'arrête pas de monter puis de descendre, je monte et je démonte du vélo presque à chaque côte à cause de ce fichu rapport de couple. En tous cas le paysage vaut le coup : petits ports abrités dans des criques, archipels de "cages" de pisciculture dans les baies, puis coulées de lave solidifiées sur lesquelles passent la route, et dans lesquelles poussent principalement des sapins. Cela donne un chaos rocheux assez surprenant, comme un diorama un peu bâclé à base de corn flakes au chocolat et de restes de sapin de noël.

A peu près à l'endroit diamétralement opposé de mon point de départ se trouve un Torii (ces "portails" devant les temples, Cf. le grand Torii rouge de Miyajima), enterré sous deux mètres de lave. Seul le haut émerge et a été laissé en l'état (mais entouré d'assez peu photogéniques bornes de béton), pour témoigner de "la furie de la Nature".
J'entame la moitié sud du tour et arrive assez vite à la coulée de lave qui a transformé l'île en péninsule. Une grande route joint maintenant le port vers lequel je me dirige, et la préfecture de Miyazaki située à l'ouest. C'est beaucoup moins cyclable et, la passe étant encadrée de collines abruptes, un vent d'ouest s'engouffre là dedans histoire de me ralentir un peu. Heureusement cela se calme assez vite, et le point de vue sur les territoires au sud de la péninsule vaut le coup d'oeil. En contrepartie d'une circulation plus dense, la route est aussi plus amène, et je peux quasiment finir le tour sans démonter, avec les quelques derniers kilomètres sur une piste cyclable. Entre temps j'ai pu goûter au jus d'orange local, lors d'un arrêt pour un point de vue sur les coulées de lave et le cratère sud du volcan (le seul actuellement en activité). Le jus de "tankan" n'est effectivement pas mauvais, plutôt sucré, mais servi bien trop froid à mon goût.

Enfin retour au point de départ, il est 14h45. Une petite glace et en bateau. A Kagoshima, je rentre tranquillement à pied à l'auberge, checke mes mails (toujours rien), préviens le cuistot que je mange là ce soir, et prend ma serviette. Direction un savonnage bien nécessaire et bain bien mérité. Je voulais faire un "onsen" en plein air ("rotemburo") indiqué par le Lonely, mais il est un peu loin et il faut attendre le bus une demi-heure. Je me rabat finalement sur le plus proche de l'auberge, qui est très bien aussi. A l'entrée, une machine automatique distribue des tickets : entrée adulte ou enfant, et en option location de serviette, gel de "rinçage" - je ne sais toujours pas ce que c'est - shampoing, et d'autres choses qui m'échappent.

L'établissement est organisé de manière tout à fait typique de ce que j'ai pu voir dans les dessins animés (ou à Naruko-onsen il y a 4 ans), avec une entrée hommes et une pour les dames, au milieu une dame (âgée) qui prend les tickets et distribue éventuellement les suppléments. Il est fréquenté par les gens du quartier, donc je me lave et me baigne en discutant avec deux vieux des choses habituelles d'abord, puis des bains japonais, comment je trouve ça, etc. Même dans ce bain public assez simple (on doit être 5 ou 6 simultanément, avec une capacité max à peu près du double), il y a plusieurs bains. Le bain "normal" pour se tremper nécessite déjà quelques minutes d'acclimatation à la température, très haute. Je repère les coups de soleil qui m'auraient échappé rien qu'à la sensation de brûlure sur la peau au contact de l'eau. Normalement pas de coups de soleil aujourd'hui, avec la transpiration j'ai mis au moins deux fois de la crème.
A coté un bain bizarre : il me semble comprendre les idéogrammes mais j'ai un doute : "bain électrique" ?! Je passe ma main, suprise, entre deux "accoudoirs" carrelés, des électrodes font en effet passer un courant électrique ! Il est même assez fort car en y passant la jambe, mon mollet se met à bouger tout seul... Sensation assez inhabituelle qui me rappelle les quelques chataîgnes que j'ai pu prendre sur du 220V.
Je passe au bain d'eau froide avant d'aller au sauna. Le temps d'écouler le sablier, je ressort, à nouveau un coup d'eau froide puis j'essaie le bain "chaud" (le premier c'était donc de la rigolade ?). En fait je ne sens pas trop de différence, peut-être l'habitude maintenant. Enfin bain à jets pour masser le dos.

C'est complètement décapé de partout que je retourne à l'hotel m'écraser une heure sur mon lit avant le repas. J'y suis le seul étranger, les gens parlent à bâtons rompus, avec mon vocabulaire je n'ai rien d'intéressant à dire donc je me contente d'essayer de manger aussi vite qu'eux, ce qui m'occupe déjà à plein temps.

24/04/2008

Jeudi 24 - Kagoshima

Ce matin je discute avec une japonaise qui m'a offert une sorte de pâtisserie ronde qui n'aurait pas eu l'air déplacée dans une boulangerie française. En fait cela vient d'Okinawa, où la fille a passé trois mois. Elle est sur le chemin du retour pour Ôsaka. Je lui parle un peu de mon propre voyage.

Je pars en ville à pied sur les coups de 8h, et me balade un bon moment entre les différents monuments commémorant les personnages ayant marqué l'histoire de la ville. Un certain nombre de Daimyô (seigneurs féodaux) du clan Shimazu (*) vont parader au cours de la journée : et pour cause, la famille a tenu la région depuis qu'elle lui a été attribuée à la fin du XIème siècle, et ce jusqu'à la toute fin du XIXème ! Elle ne s'est d'ailleurs visiblement pas éteinte avec la fin du féodalisme, et se perpétue probablement de nos jours.
Les Shimazu ont par moment étendu leurs territoires jusqu'à contrôler la majorité de l'île de Kyûshû. Quand on sait que l'île, de par sa distance avec le pouvoir central (1700km environ séparent Kagoshima de Tôkyô, soit à à l'époque jusqu'à 60 jours de voyage), a toujours été à l'avant-garde des mouvements d'opposition au gouvernement, on ne s'étonnera pas qu'en 1850, 18 ans avant la fin du Shôgunat, des étudiants de la région, envoyés "illégalement" par le Daimyô étudier en Grande Bretagne, se soient présentés à Paris comme le "gouvernement japonais de Satsuma" (ancien nom de la région de Kagoshima). Que la famille, malgré son indépendance, soit parvenue à rester au pouvoir malgré les changements de gouvernement successifs et les guerres civiles tient véritablement de l'exploit.

Les seigneurs de Kagoshima ont toujours été ouverts aux échanges avec le monde extérieur, même pendant la longue période d'isolement que fut le Shôgunat Tokugawa ("Bakufu"). En effet, pendant le Bakufu, le commerce avec l'Occident était réduit à la seule ville de Nagasaki, mais aussi, en tant que dépendance, aux îles du royaume de Ryûkû (l'actuelle Okinawa), justement sous contrôle des Shimazu. Ce "contrôle" d'ailleurs très violent par moment a nourri un sentiment de méfiance vis à vis des îles principales du Japon qui se perçoit encore aujourd'hui. Beaucoup plus tard, dans les années 1840-1850, plusieurs Daimyô Shimazu successifs poursuivirent une vision très réaliste de l'avenir de leur pays, et se mirent à implanter des usines modernes dans la région pour produire du tissu, des canons (après cinq années d'échecs), des navires modernes, du verre. Ils furent également les précurseurs de l'utilisation de l'éclairage au gaz et des télégraphes dans le pays.

L'un des personnages phares de la ville, en dehors des Shimazu, est Saint François-Xavier. Envoyé promener par le Pape, il débarque en effet à Kagoshima en 1549 avec six autres jésuites, rescapés des famines, épidémies et autres loisirs proposés sur les navires d'antan. C'était alors l'époque des tout premiers contacts entre le Japon et l'Occident, car les premiers à débarquer au Japon (par erreur, comme souvent) furent des portugais, en 1543, convoyés sur un navire de Ryûkû, qui avait dérivé jusqu'à Tanegashima (une île au sud de Kyûshû qui héberge de nos jours les installations spatiales japonaises).
Naturellement le brave jésuite se fait un devoir d'introduire le christianisme dans la contrée. Le Daimyô n'y voit aucun inconvénient, mais le missionnaire rencontre par contre de "fortes résistances" de la part des bouddhistes, au point de devoir se délocaliser au bout d'une dizaine de mois à peine.

Sur le plan politique, outre son rôle sur Kyûshû, le clan participera à l'expédition "punitive" en Corée à a fin du XVIème, d'où elle ramènera des artisans coréens pour reproduire localement leur technique de production de porcelaine. Le clan Shimazu fut la seule famille de Daimyô à marier une de ses filles à l'un des shôguns de la dynastie Tokugawa (je ne sais pas d'où venaient alors les autres ? Noblesse impériale ? Seigneurs moindres du Kantô ?). La région jouera également un rôle majeur dans la restauration de Meiji, en menant à bien plusieurs batailles clés comme la bataille finale à Hakodate (Hokkaido).
En contrepoint de ce rôle progressiste, l'épisode de la "rébellion de Satsuma" a aussi une place importante dans l'histoire de la ville. En 1877, des samouraïs pourtant progressistes, réputés dans la région pour avoir implanté de nombreuses écoles militaires enseignant les techniques modernes, se rebellèrent contre le jeune gouvernement Meiji jugé trop dur envers l'ancienne caste noble des samouraïs. Ce sont d'ailleurs des élèves radicaux d'une de ces écoles qui déclenchèrent la guerre civile en mettant le feu à un entrepôt de munitions du gouvernement.

J'arrive vers 9h dans le parc Shiroyama, à l'entrée duquel un petit monument rappelle à nos mémoires le sacrifice des ouvriers qui construisirent les digues le long des fleuves de la région, sur ordre du gouvernement du Shôgun, transformant celle-ci en une riche plaine agricole enfin protégée des crues des trois fleuves qui y font leur jonction. Le responsable des travaux, devant l'ampleur du surcoût et des pertes humaines, en assuma la responsabilité en se suicidant rituellement. Le chat qui s'étire au soleil devant le monument ne semble pas spécialement impressionné.
D'ailleurs le reste du parc pullule aussi de félins paresseux...
Le parc est situé dans les collines où eurent lieu les derniers combats des rebelles, alors réduits à une troupe de 500 hommes, contre l'armée du gouvernement Meiji alors forte de quarante milliers de soldats. Ils s'étaient réfugiés là, au coeur de leur fief, après la perte du château de Kumamoto (Cf. article sur cette ville). Leur chef Saigô Takamori, voyant la situation désespérée, accepta sa défaite et exécuta le suicide rituel, assisté par ses lieutenants les plus dévoués.

La colline fournit également un beau point de vue sur la baie et le volcan qui encadre le paysage, même si à cette heure la brume n'est pas encore tout à fait levée. Le volcan était sur une île à plusieurs centaines de mètres de la côte la plus proche jusqu'en 1914, quand une éruption majeure a provoqué des coulées de lave qui l'ont transformée en péninsule (de l'autre coté de la ville, qui reste séparée par un bras de mer).

En descendant la route me ramenant en ville, je vois treize statues de Bouddhas. Elles font partie des 88 statues sculptées en référence au circuit des 88 temples de Shikoku, par les disciples du moine qui eut l'idée de ce pélerinage de 1400km le long duquel, disait-il, il serait toujours au coté des pélerins.

Je longe ensuite la baie jusqu'au jardin Sengan-en, en passant devant un complexe sportif comprenant un terrain d'entraînement au golf jonché de balles, et un dédié au base-ball, tous deux à l'intérieur de grands filets pour éviter les "débordements".

Je visite la partie basse du jardin, jolie mais à laquelle nuit gravement la proximité d'une grande route très passante. Le volcan est effectivement en arrière-plan, mais je m'attendais à mieux. Le jardin actuel couvre à la fois l'ancien domaine industriel construit par les Daimyô au milieu du XIXème, et un domaine seigneurial de l'époque. Ca et là, des panneaux indiquent les restes des activités d'avant-garde (pour le pays) qui y étaient menées.
Je monte un peu le coteau jusqu'à la bambouseraie, où je me repose les jambes (j'ai déjà avalé 10 bons kilomètres en ville, mine de rien) en entamant cet article grâce à la demi-heure syndicale de batterie du PC. Il me faudrait un panneau solaire, ce serait suffisant ici. Les journées sont thématiques depuis que je suis sur Kyûshû ; soit il pleut toute la journée, soit ça cogne dur. Mes épaules en témoignent.

Je monte encore une demi-heure jusqu'à un point de vue à travers la forêt sur le volcan Sakurajima. Cela aurait fait de belles photos si je n'avais oublié d'annuler un réglage réalisé un peu plus tôt, qui rend les photos inexploitables sans que je m'en rende compte. Sakurajima est calme en ce moment, il fumotte un peu mais rien de bien impressionant. Décevant, alors que le Lonely prétend qu'on sort le parapluie contre les cendres aussi souvent que contre la pluie, à Kagoshima :-)

En sortant, visite d'un musée constitué uniquement de pièces issues de la famille Shimazu, et localisé dans l'ancienne usine. J'y apprend une partie de ce que j'ai reporté plus haut mais aussi, à titre d'anecdote, que les Shimazu étaient (sont ?) des amateurs d'un sport particulier. Il s'agit d'une chasse avec des chiens : non pas une chasse à courre, mais une chasse aux chiens, lors de laquelle le but est de décocher des flèches (heureusement mouchetées) sur les chiens pour cumuler des points.

Enfin je reviens tranquillement sur le centre ville pour me faire un restaurant. J'ai envie de sashimis, mine de rien cela fait un moment que je n'ai pas mangé de poisson cru. Tant pis pour le dîner convivial du Little Asia Guesthouse. Justement quand j'y reviens, les convives passent à table.

Un peu plus tard, alors que je m'improvise sur la terrasse-buanderie-frigo un dessert à base de pain de mie et de chocolat, la gérante-cuisinière de la guest house me dit que je peux me faire du café dans le salon si je veux. Je ne sais pas si j'ai manqué de conviction dans mon refus, en tous cas du coup elle me surprend en m'amènant gentiment un thé ! Il doit y avoir des nuances entre le "non merci", le "non pour le café mais par contre..." et les différentes versions du "oui" qui m'échappent encore... Ou alors elle a juste pris cette initiative pour éviter que je ne m'étouffe avec mon pain de mie à sec. :-)

Sur internet, pas de réponse à mes mails sur les questions "logistiques". De toutes façons je reste demain et après-demain sur Kagoshima avant de revenir sur Fukuoka, probablement en bus (de nuit ?). Ca laisse le temps de réfléchir à des plans B si besoin.



(*) Apparemment le nom est bien transcrit en "Shimazu" et non "Shimadzu". Pourtant d'après l'écriture syllabaire le "zu" de "Shimazu" est bien un づ et non un ず, mais il semblerait que ces deux sons aient fusionné et ne seraient plus vraiment distingués !

23/04/2008

Mercredi 23 - Vers Kagoshima

Finalement ça m'embêterai bien d'avoir été aussi près de Kagoshima ("La Naples Japonaise") sans y aller, et il me semble que ce n'est pas trop cher. Je vais donc à la gare de bus mais là déception, il y a des bus pour à peu près toutes les grandes villes de Kyûshyû plus des destinations lointaines comme Ôsaka ou Tôkyô mais pas Kagoshima... Ce qu'internet me confirmera par la suite, avec peut-être l'explication : il y a depuis 2004 une ligne de Shinkansen entre Kumamoto et Kagoshima, qui sera bientôt prolongée jusqu'à Fukuoka/Hakata, permettant ainsi d'aller du sud de Kyûshû au nord du Honshû tout du long en Shinkansen !

Je retourne donc au NTT Plaza comme prévu, pour faire un mail à la compagnie de ferry et obtenir une confirmation de réservation, théoriquement indispensable pour entrer en Corée du Sud avec un simple passeport européen. Je dis bien théoriquement car ce n'est vérifié qu'occasionnellement, mais comme à l'immigration ils manquent en général d'humour je ne vais pas tenter d'arriver les mains dans les poches. Pour le Japon c'est le même principe, et ils ne m'avaient pas vérifié ma réservation (celle que j'ai annulée il y a deux semaines et qui devait m'amener à Shanghai le 11 avril ;-)), mais Rémi avait dû montrer son billet d'avion retour.

Histoire de continuer la série, la compagnie que je visais pour une traversée Incheon - Tianjin (donc en gros Seoul - Pékin) n'a qu'un site en coréen qui de toutes façons ne fournit aucune adresse mail, donc je me rabat vers une autre compagnie qui fait la traversée Incheon - QingDao (anciennement retranscrit Tsing Tao, oui oui, la marque de bière), qui est une ville sympa à visiter. Je pourrai y chercher aussi une école de chinois vu que je sais qu'il y en a, à moins d'aller directement à Pékin où le choix sera plus vaste (avec peut-être cependant des tarifs plus élevés), et qui surtout est une meilleure base touristique pour les visites du week-end et d'où je pourrai faire mon visa pour la Mongolie en temps voulu et préparer mes excursions pour ce pays (certaines agences sont basées directement sur Pékin) sans parler de réserver le train.

Deux heures plus tard direction la gare, où je prend un rapide pour Kagoshima car la différence de prix avec le normal ne me semble pas excessive. En fait je crois qu'elle s'est trompée sur sa calculette car sur les tickets la différence indiquée est supérieure de 1000 yens : facile à vérifier, il y a un ticket pour la destination, et un pour le supplément "super-express".
Tant pis, j'embarque dans le train indiqué. Cela ne ressemble pas du tout à un shinkansen, donc ce ne doit être qu'un "rapide". Je me branche sur la seule prise du wagon non réservé et commence à tapoter en écoutant de la musique téléchargée sur mon compte eMusic hier. Pour une fois donc, je ne peux entendre les annonces faites au haut-parleur. En arrivant dans une gare quelconque, le flux de passagers en direction de la sortie m'alerte quelque peu : je suis seul dans le wagon et le personnel d'entretien commence à arriver. Par la fenêtre sur ma droite un shinkansen ! Je confirme auprès du personnel, il faut changer ici pour Kagoshima ! Ce n'est pas indiqué sur les billets et on ne m'avait pas prévenu à la réservation...
J'enfourne le PC encore allumé avec son câble dans le sac, attrape mon sac à dos et monte dans le shinkansen. Ce coup-ci c'est bon, je me rebranche mais le trajet est très court : changement compris guère plus d'une heure alors qu'à l'époque les trains normaux mettaient 2h30 d'après le Lonely. Comme pour s'excuser du mauvais temps, la campagne m'offre de jolis paysages vallonnés bien verdoyants.

Arrivé à Kagoshima je me méfie de mon plan Lonely Planet hors d'âge (d'ailleurs le bouquin commence à tomber en morceaux) : si j'ai bien compris la gare Nishi-Kagoshima apparaissant sur mon Lonely a été renommée en Kagoshima-Chûô en devenant la gare de Shinkansen, mais comme il y a de toutes façons deux lignes qui se croisent à cet endroit et que le ciel est très bas (et me tombe dessus à grosses gouttes), j'ai un peu de mal à retrouver mes points cardinaux. Finalement je vois un plan de quartier qui me réaligne dans le bon sens et c'est parti.
Je trouve la guest house super bon marché que j'avais vue sur WikiTravel à Kumamoto, effectivement le dortoir pour hommes est constitué de lits superposés en bois, capacité douze personnes, le sol est en lino et il y a du bordel un peu partout. Ceci dit pour même pas 10 euros la nuit c'est très bien d'autant que, et c'est surtout ça qui compte, internet et même la machine à laver sont gratuits ! Justement vu le temps qu'il fait ça valait bien la peine de prendre un train rapide, donc autant en profiter pour faire une lessive. J'ai même la chance de faire la rencontre pour la première fois au Japon du premier sèche-linge (2 euros les 50 minutes) fonctionnant parfaitement !

Pendant que tout ça tourne, direction internet, où je me jette sur le site de la météo : ouf ça a l'air ensoleillé pour les jours à venir !
En parcourant les forums je pense avoir trouvé une école de langue à Pékin/Beijing. Elle a de bonnes recommandations et m'y prendre moins d'un mois à l'avance ne devrait pas poser de problèmes. Leur site est uniquement en coréen ou chinois, mais une partie des infos est traduite dans les forums. Je leur écris quand même un mail (en anglais, après tout c'est la langue d'enseignement, ils doivent bien la comprendre...).
Les profs apparemment ne sont pas mauvais, mais de toutes façons que ce soit en université ou en école privée les techniques d'enseignement en Chine ne laissent pas vraiment la place à l'innovation, donc comme cette école n'est pas chère au pire j'en aurai pour mon argent. De plus comme on paie pour deux semaines, je pourrais toujours arrêter au bout de deux semaines et prendre plutôt des cours particuliers, où au moins on peut demander ce qu'on veut au prof. Je pourrais aussi prendre un prof particulier en plus du cursus de l'école, si besoin. A l'école c'est moins de deux euros de l'heure, même si à ce tarif là il doit y avoir toutes sortes d'extras (livres de cours, frais d'inscription, etc.). En cours particulier c'est de l'ordre de six euros de l'heure, ce qui reste très raisonnable.
A vrai dire il ne me reste plus qu'à trouver un logement sympa, de préférence chez l'habitant !

Avec tout ça j'aurai à peine le temps de visiter, à part Pékin et les environs (jusqu'à la Grande Muraille je pense) les week-end, ce qui est déjà très bien vue la densité de hauts lieux historiques dans la région de Pékin. J'essaierai de faire un saut à Xi'an après le cursus et ça devrait être tout. Ils n'avaient qu'à pas m'empêcher d'aller au Tibet :-)

Pour en revenir à la guest house, je soupçonne que certains japonais s'en servent de logement "provisoire" (il y a des tarifs au mois, 50000 yens je crois soit un peu plus de 300 euros) car mon voisin a des vêtements pas vraiment "routard" suspendus à des cintres, et il vient de partir en costard.

La maison propose même le dîner fait maison pour 280 yens (1.75 euros), j'espère que c'est copieux car j'ai faim, mais je le prend quand même car ce sera plus convivial. Je peux toujours passer au "combini" après coup.

* * *

C'était raisonnablement copieux, nous étions treize à table mais tout le monde était trop occupé à manger, en dehors d'un vieux bien bronzé qui m'a dit qu'il parlait un peu espagnol, qu'il était bouddhiste depuis 25 ans mais n'aimait pas les religions (ne pas le contredire...), que je devrais me faire bouddhiste (là j'ai dû manquer une étape dans son raisonnement), et qu'il avait passé deux mois à Hawaï en décembre-janvier pour étudier le climat (décidément après le Sensei de Kanazawa c'est le deuxième climatologue que je rencontre).

Ah oui sinon, dans le salon il y a une prise de courant... au plafond. Pourquoi pas.

22/04/2008

Mardi 22 - Kumamoto

Malgré un début couvert, il fait très vite plein soleil sur Kumamoto, cette grosse ville de 660 000 âmes environ, située en gros à mi-hauteur sur la côte ouest de Kyûshû.

Le tram m'emmène jusqu'au château, protégé par plusieurs enceintes imposantes, dont la pente est d'abord modérée mais se termine quasiment à la verticale. La tour principale, même s'il s'agit d'une reconstruction en béton, se prête de l'extérieur à de très belles photos. Une douzaine de tours et bâtiments secondaires complètent l'ensemble, mais à l'époque de son constructeur il y avait une cinquantaine de bâtiments secondaires fortifiés abritant des garnisons.
J'entre d'abord dans un bâtiment qui n'a l'air de rien. Même s'il est de style tout à fait traditionnel (et pour cause), il parait tout neuf. En fait il l'est : il s'agit d'une reconstruction extrêmement fidèle du palais du seigneur local, réalisée avec les matériaux et techniques disponibles à l'époque ! Pas de béton bien sûr, assemblage des poutres par encastrement, accessoires décoratifs en métal travaillés à la main, le tout sur la base d'éléments retrouvés lors de fouilles, et de dessins et plans d'époque.

C'est donc une visite absolument unique, car j'ai l'impression d'être propulsé trois cent ans en arrière, et de visiter une demeure seigneuriale nouvellement construite. Les bois sont encore très clairs car ils n'ont pas la patine du temps, les tatamis tout neufs, etc.
Mais le plus impressionnant est que, si la majorité des salles sont malheureusement quasiment dénuées d'ornements, deux des salles les plus importantes ont été entièrement redécorées avec des peintures reproduites de toutes pièces ! Une vidéo montre les différentes étapes de la réalisation : application de la feuille d'or, peinture du décor, collage sur le panneau coulissant.
Un peu plus loin on peut effectivement admirer le résultat (même si malheureusement on ne peut pas entrer à l'intérieur de ces pièces), qui est somptueux. Toutes les cloisons sont peintes de décors champêtres, religieux ou guerriers, à la manière de l'époque (du moins de ce que je peux en juger). Le plafond est constitué de caissons abritant des représentations de fleurs toutes différentes.
Cela valait le coup de venir voir le château rien que pour ça !

J'enchaîne justement sur la tour principale, qui comme annoncé n'a rien d'un château vue de l'intérieur, mais contient un historique de la préfecture de Kumamoto (anciennement Higo) et de ses différents seigneurs. Le premier seigneur important était Katô Kiyomasa, au service d'Oda Nobunaga, l'un des généraux qui faillit unifier le Japon à la fin du XVIè, avant Toyotomi Hideyoshi, avant Tokugawa Ieyasu qui mit finalement fin au bain de sang que fut ce XVIè siècle au Japon non sans y avoir généreusement contribué.
Le seigneur Katô suivant n'étant pas à la hauteur, il fut dépossédé et remplacé par un membre du clan Hosokawa, qui gardera le pouvoir sur ces terres, et l'étendra même à d'autres adjacentes suite à récompense pour faits de guerre au service du Shôgun, pendant plus de deux siècles.
Le château brula en 1877 alors que Saigô Takamori, qui avait pourtant participé au renversement du shogunat, se rebella contre le nouvel ordre, probablement à cause des sacrifices importants alors demandés aux samouraïs (notamment l'interdiction du port du katana !).
L'exposition est variée et suit un ordre chronologique donc on s'y retrouve facilement.

En sortant j'entre dans un bâtiment secondaire, où se trouve une exposition étonnante de mannequins très réalistes, dont deux bonshommes musclés en prise l'un à l'autre dans un genre de lutte précurseur du combat de sumo (d'origine religieuse). Les visages crispés par l'effort, les veines gonflées de sang, ils sont figés en équilibre entre victoire et défaite. Plus loin, des têtes de mannequins datant du XXème siècle, utilisées pour des mises en scènes statiques à l'occasion des 325 ans de la mort du grand Katô Kiyomasa.

Après un pique-nique dans le parc Ninomaru au bord du château (il fait une de ces chaleurs !), je vais visiter un ancien palais tout proche, une belle et grande demeure dans le même style que le Takayama Jinya (poutres, tatamis et jardins intérieurs, je ne m'en lasse pas).
Mon objectif suivant se transforme en une marche au soleil pour rien vu que, contrairement à ce qu'indique le plan touristique pourtant récent, le musée Shimoda est fermé le mardi. Dommage, il avait un intérêt assez spécial pour moi car il expose des peintures et calligraphies de Miyamoto Musashi, le guerrier aux deux sabres (il fut le premier à mettre au point ce style de combat), soixante et quelques combats sans une défaite (de mémoire), celui qui incarne et définit le mieux l'esprit des samouraïs, et accessoirement l'auteur du Livre des Cinq Anneaux (Go Rin No Sho), condensé de l'art de la guerre équivalent au Japon de l'œuvre de Sun Zi 孫子 (nommée justement L'art de la guerre) en Chine.
Musashi s'est retiré dans les environs de Kumamoto vers la fin de sa vie (il était assez jeune lors de son dernier duel, puis a cessé de se battre et a vécu assez vieux). Bref pour en savoir plus, lisez La Pierre et le Sabre et La Parfaite Lumière de Eiji Yoshikawa (吉川 英治).

De frustration je reviens en bus jusqu'au NTT Plaza où je profite d'un poste internet pendant plus de deux heures (il y en a une douzaine dont pas plus de quatre occupés). En effet, après avoir uploadé, pardon, publié les articles jusqu'à hier (ouaouh !), j'ai pris acte de l'absence de réponse de Global Exchange et ai fait une liste des autres possibilités. En fait elles sont très nombreuses, car en plus des universités qui proposent leur propres cursus, mais pas forcément adaptés à des périodes aussi courtes, il y a une multitude d'écoles privées qui proposent des "mandarin crash course" et autres "chinese survival kit", du moment qu'on n'a pas besoin d'un diplôme reconnu par l'état à la fin, car celui-ci n'a pas encore pris en compte ces organismes qui ne peuvent donc rien délivrer d'officiel.
On trouve aussi des tarifs intéressants dans ces écoles. J'espère seulement qu'il sera possible d'organiser un logement chez l'habitant ? Un peu plus tard dans la soirée je me suis payé deux heures d'internet dans un café, avec ce coup-ci un fauteuil très confortable (au NTT on est debout, probablement pour décourager les morpions comme moi qui restent scotchés des heures), d'ailleurs presque plus large que le box... Je voulais aussi un peu d'intimité pour faire le point de mes finances et faire un virement à Rémi (en vain, leur machine pourrie n'arrivait pas à afficher la page correctement). Depuis mon fauteuil j'ai pu parcourir un peu les forums, il y a plein de bons conseils sur le choix d'une école privée. Déjà il vaut mieux éviter de passer par des organismes internationaux, qui prennent des marges énormes surtout en ces temps de taux de change exotiques (j'ai vu que l'euro flirtait avec 1.6 dollar !). Ensuite le mieux est d'en discuter avec des élèves actuels de l'école. Je me demande si je ne vais pas tout simplement voir ça sur place. On doit pouvoir trouver des sessions d'un mois commençant chaque lundi, et même s'il faut attendre une semaine de plus je pourrais toujours aller visiter les alentours en attendant.

Enfin, pour en revenir à ma journée, je suis allé au jardin Suizenji-kôen, arrangé de manière à représenter la Tôkaidô qui, avant de désigner la ligne de Shinkansen de Tokyô à Fukuoka, était la route qui reliait depuis des siècles reliait Tôkyô à Kyôto. Le jardin a quelques très beaux points de vue sur le lac. C'est période de festival mais, pas de chance, la démonstration de technique de tir à l'arc à cheval des guerriers d'antan a eu lieu dimanche dernier, quel dommage ! C'est ce qu'on me dit à l'accueil où je me suis renseigné après avoir vu des panneaux dans le parc, en ajoutant que demain il y a cérémonie du thé (mais j'ai oublié l'heure) et jeudi du Nô. J'ai aussi acheté dans le parc un "karashi-renkon" (racine de lotus fourrée à une sorte de moutarde au wasabi), et la vendeuse m'a dit que son fils avait étudié un an comme cuisinier en France ! Elle dit qu'elle va l'appeler, mais il vient juste me dire "bonsoir, merci" en s'inclinant et je n'ai pas le temps de lui demander où il a étudié qu'il retourne en cuisine sans un mot de plus...

Il est minuit vingt, je ne sais toujours pas si je descend sur Kagoshima demain ou si je remonte sur Fukuoka. La nuit portera-t-elle conseil ? Je tente le coup.

21/04/2008

Lundi 21 - Naka Dake !

Ce matin départ prévu de l'auberge de Aso. Après avoir bien dormi je constate que le bus de 10h17 n'est suivi que de très loin par le suivant, donc je me dépêche d'emballer mes affaires pour aller à l'arrêt de bus. Malgré plusieurs minutes d'avance, il semble pourtant que je l'aie raté ! Il s'agissait peut-être de l'horaire d'arrivée à la gare...

Toujours est-il que je reviens vers l'auberge pour prendre un plan de Kumamoto, ville où je me rends justement aujourd'hui, plan que j'avais repéré dans l'entrée. La gérante est au téléphone et, interrompant sa conversation, elle m'annonce toute joyeuse : "ah, naka dake, volcano, open !". Cool, le cratère a été réouvert aux visites ! Je rapatrie mon gros sac dans l'entrée et vais finalement attendre le bus dans l'autre sens (non je ne remonte pas à pied...). Deux Bordelais qui logeaient aussi à l'auberge me rejoignent, et nous échangeons dans le bus. Pour une fois c'est moi qui fait petit joueur avec mes cinq mois de voyage : eux seront partis pour un total de sept mois, ils ont déjà passé un mois en Thaïlande et un autre je ne sais plus où, et ont aussi un mois à Bali puis trois mois en Amérique du sud à leur programme. Ils me racontent qu'ils ont rencontré vendredi un couple japonais dans un bar à Kumamoto dont le mari était absolument fan de vins et leur a cité bon nombre de crus du pays, très côtés, qu'eux-mêmes n'espèrent pas goûter un jour à part en rêve ! Du coup il leur propose de les emmener à Aso le lendemain, et les balade un peu dans la région et les invite même au restaurant ! Épatés, ils lui laissent bien sûr leur coordonnées pour le jour où il viendrait en France.
Ils s'arrêtent en haut pour manger car ils n'avaient pas de petit-déjeuner, donc comme je ne veux pas partir trop tard pour Kumamoto je veux commencer de suite la visite. Mais on me refoule à l'entrée de la route ! Serait-ce encore fermé ? Je retourne voir l'affichage, on ne peut vraiment pas dire que ce soit clair, mais au bout d'un moment je comprend que le cratère est bien ouvert aux visites "avec restrictions" : le sentier s'approchant trop près est condamné, mais on doit pouvoir aller sur l'autre point de vue.

Je tourne et vire un moment sur le parking à la recherche de cet autre chemin. La barrière est toujours abaissée sur la seule route que je voie. Je demande à plusieurs personnes guère mieux orientées que moi, finalement je me retrouve au guichet du téléphérique. Oui c'est ouvert, oui on peut monter... Certes, mais par où ! Mais voyons c'est évident, par la route là entre les deux bâtiments ! Elle doit me prendre pour un imbécile... Je redescend, ah mais oui ça y est la route est ouverte !
Je m'y engage avant qu'ils ne changent d'avis, et vingt petites minutes de marche plus tard, j'arrive sur un premier cratère à peu près inactif, avec de jolis dégradés rocheux. Un japonais me propose de me prendre en photo avec mon appareil devant le gouffre, pourquoi pas. Je ne fais pas le "V" de la victoire qu'ils arborent systématiquement sur leurs photos de groupe, je m'attendais presque à ce qu'il attende que je le fasse pour prendre la photo voire qu'il me la refuse, "ah mais mon bon monsieur c'est pas règlementaire une photo sans V" ! Non tout va bien, il me demande de vérifier que c'est correct, je confirme et le remercie, et il me conseille d'aller voir le gros cratère. Un peu mon neveu, c'est quand même pour ça que je suis venu !

Je retrouve justement mes deux Bordelais, et nous montons au bord du véritable cratère. Il contient un petit lac d'acide sulfurique vert presque fluorescent, c'est assez impressionnant, je ne crois pas en avoir déjà vu à vrai dire. Il s'en dégage une fumée agressive, nous comprenons pourquoi l'accès au cratère dépend uniquement de la direction du vent. Les quelques volutes qui nous parviennent nous irritent déjà les sinus et les bronches. Le temps de faire quelques photos, le vent tourne un peu et nous refluons en vitesse un peu plus bas. Nous voulons tenter la balade par l'est jusqu'au Taka Dake que j'ai vu hier dans l'après-midi, et eux descendraient ensuite à pied jusqu'à la gare de Miyaji que j'ai également empruntée hier. Pour ma part j'ai assez tricoté hier, j'envisage juste de les accompagner jusqu'au Taka Dake puis redescendre en bus.
En fait nous nous engageons sur un chemin d'abord très bien balisé mais qui se perd de suite dans le paysage lunaire qui entoure le cratère. De plus nous sommes sous le vent par rapport au cratère, et nous commençons à tousser. La voix de la raison nous remet immédiatement sur le chemin du retour, d'ailleurs ma hanche me taquine donc finalement l'ascension ne me tente que moyennement. J'ai vu ce que je voulais voir.

Nous nous séparons donc, eux vont faire à l'envers la balade que j'ai faite hier matin autour de Kijima puis descente à pied sur l'hôtel, ça vaut déjà largement le coup. Je prend le bus, à l'auberge de jeunesse le chauffeur attend pour repartir que moi et deux autres touristes attrapions nos gros sacs en passant, car le prochain bus doit être dans 1h30. Gare, train pour Kumamoto, qui à un moment donné descend une pente abrupte de manière pendulaire (un coup dans un sens, changement d'aiguillage, un coup dans l'autre), comme pour entrer ou sortir de la cuvette de Cuzco vers Aguas Calientes il y a trois ans.

A Kumamoto je tourne un moment en vain dans le pâté de maison supposé abriter le Youth Hostel. Comme le ferait n'importe quel japonais étant donné l'absence de noms de rues et de numéros de bâtiment, je m'adresse donc au koban (poste de police de quartier) le plus proche, qui me griffonne un plan. C'est bien dans le coin mais un peu plus loin que ce qui indiqué sur le Lonely. Ouf, affaires déposées je file en tram au NTT Plaza où il y a internet gratuit jusqu'à 18h30. Je n'arrive pas à me connecter sur mon compte Google, page refusée. Les cookies seraient-ils refusés ? Je commence à trifouiller les paramètres d'Internet Explorer, bizarrement il n'y a aucune restriction, les cookies sont acceptés mais finalement je constate qu'un petit rigolo a désactivé le protocole sécurisé. Ça y est ça marche. Dix minutes de perdues, d'autant que finalement ça ferme à 17h30 donc assez vite une charmante personne prend sur elle d'oser m'interrompre pour m'expliquer très gentiment que je suis évidemment le très-bienvenu, mais de préférence pendant les horaires d'ouverture, merci :-)
J'ai en tous cas eu le temps de constater l'absence de réponse de Global Exchange pour mes cours de chinois [idem aujourd'hui mardi]. Ça s'annonce mal, il va falloir que je retourne sur internet chercher un plan de secours. Je n'ai pas trop regardé ce qu'il y avait à Shanghai, parce que ce sera à l'époque de la mousson, mais ça vaut peut-être le coup.

Je publierai en vitesse mes articles demain, mais ça empiètera sur mes heures de visite donc je me paierai peut-être quand même deux heures d'internet dans un cybercafé, il y en a un ouvert 24/7 pas loin de l'auberge de jeunesse. Ça m'évitera de passer comme ce soir du temps à me remplir le ventre plus que de raison au restau puis de prendre une glace au glacier-chocolatier "suisse" du coin :-)

20/04/2008

Dimanche 20 - Aso-san

Petit-déjeûner de brioche et confiture de myrtilles, achetés la veille au Lawson en plus d'un yaourt à boire à la myrtille aussi (tiens donc). Je regarde les horaires des bus : le premier quitte la gare trois minutes avant l'ouverture du TIC, le second 55 minutes plus tard... C'est naze.
Je questionne deux personnes qui partent en rando : ils ont le plan détaillé. J'en prend deux photos et ils m'expliquent un peu les circuits. L'auberge a aussi un plan simplifié que je n'avais pas vu la veille. Ce n'est pas si compliqué, et de plus le volcan actif est fermé pour cause de gaz toxiques, ce qui limite pas mal. Je constate aussi qu'on peut monter par une chemin peu fréquenté, alors que sur le Lonely j'avais l'impression qu'on était obligé de suivre la route. Du coup ça devient intéressant à faire à pied.

Sans perdre plus de temps, je me mets en route avec pour tous vivres ma brioche et ma confiture (et des bonbons !). Il y a un grand musée en haut, il y aura forcément de quoi grignoter.

Le chemin commence en forêt avant de rejoindre la route, mais peu après il s'en sépare à nouveau pour traverser d'abord des pâturages bovins d'où j'ai une bonne vue sur les massifs montagneux. Ma carte simplifiée annonce 2h de marche, le premier panneau 13km et 200 mètres plus loin un autre surenchérit à 15km. Au moment d'entrer chez les vaches, deux kilomètres plus loin à tout casser, un panneau plus raisonnable donne 7km... Les distances sont très flexibles. Déjà avant d'arriver à l'auberge de jeunesse un panneau annonçait 500 mètres, alors qu'en comptant mes pas en revenant du restaurant je suis arrivé à environ 500. Vu la montée je ne faisais certainement pas des pas de un mètre !

Finalement j'arrive en haut au bout d'une heure et demi au total. Je me dirige vers le musée, qui est effectivement complété d'un vaste parking où stationnent déjà les bus de plusieurs groupes. Des magasins de souvenirs et des restaurants mais ceux-ci ne sont pas encore en service. Quasiment rien à emporter, donc je me contenterai de quelques mochi au haricot rouge et je prend une sorte de pâte de fruit à la myrtille (qui a dit fixation ?).

J'entame la montée en escalier d'un sommet proche, le Kijima Dake, duquel on a une bonne vue sur le petit Kome Zuka, qui a une forme parfaite de mini-volcan comme en dessinerait un enfant. En chemin je croise le même mec que j'avais vu à Kanazawa (et qui a bêtement raté un verre de saké parce qu'il regardait ailleurs ;-)). Plus haut je rejoins Stéphane, un français expatrié à Münich et son amie Nadia, allemande. Nous conversons un bon moment (elle parle aussi très bien français) au sujet de nos voyages, de notre travail (Stéphane travaille comme examinateur spécialisé dans l'optique, au bureau européen des brevets à Münich, Nadia dans le marketing chez Disney - si je ne m'abuse), de la langue japonaise qu'ils ont commencé à apprendre, et de ce fichu Naka Dake qui pourrait bien réouvrir si seulement le vent tournait.
Avec tout ça justement nous sommes descendus du Kijima Dake et sommes allés jusqu'au pied du téléphérique qui emmène habituellement les clients paresseux jusqu'au bord du cratère du volcan. Sans surprise, toujours fermé. Tant pis. Nous nous séparons, eux vont faire le tour d'un autre sommet et redescendre à pied, moi je suis déjà monté à pied et j'ai un peu mal à la hanche gauche, donc je vais redescendre en bus jusqu'à la gare, aller deux stations plus à l'est et essayer de m'approcher du Neko Dake dont les pics acérés m'avaient paru photogéniques.


Aussitôt dit aussitôt fait, je m'approvisionne au Daily Yamazaki de ma gare d'arrivée car les deux mochi ne feront pas long feu dans mon estomac. Je marche au hasard sur une route qui va dans le bon sens (le TIC était encore fermé, parce qu'on est dimanche je suppose, donc toujours pas de carte). De toutes façons difficile de me perdre avec tous ces points de repère volcaniques autour de moi.
Je rejoins justement par hasard le chemin qui monte vers le Neko Dake, sachant que sans bus pour m'en approcher je ne pourrai pas aller jusqu'en haut. Je marche dans la forêt 3/4h avant d'arriver à un endroit dégagé sur le Naka Dake mais surtout un superbe panorama sur le Taka Dake, le plus haut des sommets. De ce coté-ci de la vallée-cratère, il apparaît sous un manteau de verdure contrastant avec la végétation jaunie de la montée de ce matin. A son pied, des pâturages eux aussi bien vert et peuplés là aussi de vaches marron clair. Je m'arrête sur un banc qui arrive fort à propos et mange devant ce panorama de carte postale. Une sorte de bâtiment religieux (?) bien blanc à mi-pente du Taka Dake se distingue dans le paysage.

Je reprend la route, il y a quelques maisons récentes et coquettes avec des jardins bien entretenus, mais il n'y a pas grand monde. Plus loin je croise quelqu'un qui me demande si je vais camper. Je lui répond que non, mais que je ne vais pas jusqu'au Neko Dake car c'est trop loin, que je reviendrai plus tard. Il veut m'offrir un mochi mais je le remercie car j'ai bien mangé.

Je monte jusqu'à un point de vue aménagé où l'on voit toujours aussi bien le Taka Dake, ainsi que les falaises verdoyantes sur le bord est du cratère. Je me balade un peu dans la forêt en prenant quelques photos de végétaux avant de revenir vers la gare. De retour à Aso, il est 18h, l'heure du dîner dans ces contrées, donc je retourne chez mes sympathiques cuisiniers de râmen qui se lèvent en sursaut devant l'arrivée de leur premier client (visiblement). Miso râmen et oden, puis vingt dernières minutes de marche de cette fatigante journée (difficile de se fier aux panneaux, mais j'ai dû faire une quinzaine de kilomètres) avant un bain bien mérité.

J'essaie les bonbons d'hier en tapotant sur l'ordinateur : ils se finissent de manière surprenant sur un goût salé !

Demain si Naka Dake est ouvert j'y retournerai peut-être (fonction de mes jambes), mais dans tous les cas je vais dormir sur Kumamoto, à environ une heure de train de là, où j'espère trouver un cyber-café et avec pas mal de chance une réponse positive à mon mail pour les cours de chinois.

Je viens de constater de jolis coups de soleil dans le cou. Sur le visage bizarrement ça a l'air d'aller. C'est vrai que je n'ai pas fait attention au soleil avec le vent qu'il faisait, moi qui suis vigilant d'habitude. C'est Nadia qui m'a heureusement conseillé de mettre de la crème en descendant du Kijima Dake, j'étais peut-être déjà rouge à ce moment-là !

19/04/2008

Samedi 19 - Kurokawa-onsen

Départ à regret de ce très sympathique hotel de Beppu. J'avais réservé hier pour deux nuits à l'auberge de jeunesse de Aso, et une nuit à Kumamoto. Départ par le bus de 8h20. Sur le plateau à 30 minutes de Beppu, un parc d'attraction dénote au milieu des forêts et prairies avec grande roue et montagnes russes.

En route je tombe encore sur un truc inédit (ben oui faut bien se lester l'estomac dans les virages de montagne) : un beignet de racine de lotus copieusement fourré de moutardes. Ca monte au nez mais le moins qu'on puisse dire c'est que c'est relevé. Le chauffeur a l'air étonné que j'apprécie, serais-ce un bizuthage pour touristes ? ;-)

A Kurokawa il n'y a pas de consigne assez grosse pour mon sac, donc je le trimballe jusqu'à un établissement de bain qui a la côte dans le Lonely. Après les virages de ce matin j'ai bien envie de me tremper tranquillement. L'établissement est vraiment très pittoresque : je me relaxe tout d'abord dans un bain bien chaud situé dans des grottes ! L'établissement est en effet à flanc de falaise, et je vais ensuite dans le bain extérieur qui donne sur la rivière. Dans les grottes, les bains masculins et féminins communiquement seulement par une petite fenêtre en hauteur.Je discute avec un jeune japonais, nous parlons de mon trajet, je mentionne le musée Ghibli et nous voilà parti sur l'animation japonaise. Il me dit qu'il est content de voir que la culture Japonaise est appréciée aussi à l'extérieur grâce à l'animation. C'est vrai que, conçu à l'intention des japonais, ils représentent une fenêtre sur cette culture. Combien de fois Naruto va-t-il se baigner dans un établissement exactement similaire à celui-ci ? Ou celui de jeudi avec ses palissades en bois séparant les bains des hommes et des femmes ?

Je finis ensuite mes restes du Tokiwa, et me paie quelques grosses fraises tellement propres et luisantes qu'on pourrait les croire en plastique.

En attendant le bus, une fois la batterie épuisée, je squatte honteusement une prise électrique, assis par terre, à l'extérieur de l'office du tourisme, d'où je viens de taper cet article et les quelques derniers que j'avais en retard.

* * *

Je reprend enfin le bus pour Aso vers 16h50, et nous entrons assez vite dans l'énorme cratère vieux d'une centaine de milliers d'années et large de 128km, délimité par un ensemble de falaises abruptes. Il y a dans ce petit monde perdu des villes, des autoroutes et deux lignes de train. Mais au milieu trône toujours une caldera volcanique comprenant cinq cônes. L'un d'eux est actuellement en activité, et le plus haut culmine à un peu plus de 1500 mètres d'altitude.
En entamant la descente, la vue est vraiment saisissante : la route doit descendre la falaise, exploit obtenu après moultes contorsions, et comme le temps est très dégagé, on a un bel aperçu des volcans actuels et des villes et campagnes qui les entourent, qui semblent représentés sur une grande toile peinte loin en contrebas.

A l'arrêt du bus devant la gare d'Aso, un couple très bien habillé en descend devant moi. Madame se tourne vers moi et me demande de quel pays je viens, puis d'emblée me met un sachet de bonbons dans les mains avec un grand sourire ! Je proteste joyeusement, sachant que c'est peine perdue, et déjà ils s'éloignent en me souhaitant un bon voyage. Décidémment ces japonais m'épatent.

Vingt bonnes minutes me séparent de l'auberge de jeunesse, c'est à peu près tout ce que je peux supporter avec ce sac décidémment trop lourd, car la route monte un peu. J'espère que je pourrai travailler le chinois, au moins je n'aurais pas trimballé ces dictionnaires pour rien ^_^

A l'auberge de jeunesse une chambre de huit, déjà occupée par trois anglais (dont deux que j'ai justement croisés en montant), et bientôt rejointe par un japonais. Direction la gare à nouveau, car s'il semble y avoir des restaurants, il ne doit pas y en avoir beaucoup ouverts après 19h. Je croise à nouveau les deux anglais que je retrouverai plus tard dans notre chambre, et leur demande s'ils ont repéré des restaurants, car je n'ai rien vu pour l'instant, même si manifestement eux sortent du Lawson Station local. Il me disent qu'il y en a un à la gare, mais il est fermé alors je remonte vers un truc de cuisine pseudo-occidentale quand je tombe sur une salutaire petite gargotte de râmen tenue par un couple de petits vieux.
Je m'installe au bar et demande d'emblée un "châmen", histoire d'avoir l'air du connaisseur qui n'a pas besoin du menu sous-titré en anglais ;-) Pas de bol le nom des plats est de toutes façons traduit au dessus du bar : râmen standard, miso-râmen (à la pâte de graines de soja), shio-râmen (shio = le sel), et châmen. Ce dernier contient moins de bouillon que les autres mais un tas de légumes.C'est bon et copieux, pour la modique somme de 500 yens (3 euros), tandis que les autres sont à 400 yens (2.3 euros), je me demande comment ils vivent avec ça. Il y a aussi des "oden", éléments cuits au bouillon : des tranches de ces radis de plusieurs kilos qui une fois coupés ressemblent fort à du navet, des boulettes de viande, des trucs noirs, visqueux et pas très tendres que j'ai déjà essayé cette année, oeufs durs, bouts d'omelette (?).

Quelques heures de Crayon Shinchan s'ensuivent. Pas si simple que ça, une partie des dialogues utilisant des tournures assez argotiques que je n'arrive pas à rapprocher formellement d'une tournure connue, mais dans la grande majorité des cas le contexte permet de comprendre le sens. Juste que je ne risque pas de les retenir dans ces conditions.

18/04/2008

Vendredi 18 - Beppu : blog

Première taille de la barbe, avec peigne et ciseaux. Le résultat me semble honnête, même si avec l'éclairage de biais je ne suis pas sûr que le résultat soit homogène.

Je passe quasiment toute la journée à combler mon retard du blog, et à réfléchir à la suite. Je me pose dans le salon, pas trop loin de la bouilloire et du thé :-)
Des odeurs de soufre me parviennent régulièrement de la salle de bains. Ici par besoin de s'inquiéter si on a des gaz, dans cette ville tout le monde est habitué aux relents d'oeuf pourri... (ami poètes bonsoir)

J'aurais bien voulu rester quelques jours ici pour faire un peu de japonais, car après la reprise en main du début, j'ai l'impression de stagner. J'ai tous les bouquins qu'il faut mais je ne prend pas le temps. Mais finalement si je veux faire du chinois à Pékin et que je vais en Corée avant, il ne faut pas trop que je traîne ici, car j'ai quand même très envie d'aller faire un peu de montagne. Je ne descendrai probablement pas jusqu'à Kagoshima, mais je vais faire une journée dans le massif volcanique d'Aso, au centre de l'île.

Je me suis renseigné pour les cours de chinois à Pékin, j'attend la réponse : il y aurait une possibilité de cours intensif (30 fois 50 minutes par semaine), sur quatre semaines à partir du 12 mai, avec en prime hébergement chez l'habitant !
Mais je ne sais pas du tout s'il reste de la place en m'y prenant maintenant. De plus il faut que je puisse les payer par internet et surtout qu'ils n'aient pas à m'envoyer de papier par courrier postal vu que je n'ai pas d'adresse fixe. Pour les justificatifs me concernant j'ai les documents qu'il faut sous forme numérique donc cela devrait aller. De plus il y a maintenant une Ecole Centrale Pékin donc je n'aurai pas de mal à faire valoir mon diplôme comme justificatif (le concept de Grande Ecole étant franco-français, c'est en général très compliqué d'expliquer qu'on a fait des études supérieures sans aller à l'université...).

Je potasse aussi les ferry vers et surtout depuis la Corée : de même que pour le Japon, pour rentrer il faut pouvoir prouver qu'on va sortir, donc il faudra que je réserve un ferry vers la Chine avant d'arriver en Corée, et que je m'arrange pour imprimer ça quelque part.

A part ça rien de particulier sinon que je poursuis mon exploration gastronomique du sous-sol du Tokiwa-depâto : poisson grillé, salades diverses, aubergines, tofu en sauce sur riz, les vendeuses commencent à me connaître et me demandent si je suis étudiant dans le coin !

Ah oui, j'ai commencé Crayon Shinchan à la lumière de la frontale, mes co-piaules étant déjà couchés : je retrouve bien l'humour décalé de ce personnage que je connais, et les dialogues sans être trop simples restent à mon niveau.

17/04/2008

Jeudi 17 - Beppu : bains

Je change d'hôtel car je veux rester glander quelques jours et celui-ci est trop cher pour ça. On m'en indique un à l'office du tourisme. Une fois sur place, surprise : c'est un endroit très sympa, très bien équipé malgré le prix mini avec TV satellite dans le salon, cuisine et vaisselle à disposition, et quatre PC connectés à internet ! Il n'est pas dans le Lonely, et de toutes façons à 23h c'est fermé depuis longtemps donc je n'aurais pas pu y débarquer. Sans regret donc.
Le tarid est de 2300 yens en chambre partagée (soit à peine plus de 15 euros), avec un casier fermant à clef, mais il n'y a pas grand monde donc nous sommes trois la première nuit (un Berlinois et un Japonais), et je serai seul la seconde.

Je laisse mon sac à l'accueil vu qu'il est un peu tôt, et je me décide sans grande conviction à partir voir les "enfers", des sources trop chaudes pour s'y baigner, et essayer ces fameux "onsen". Pour ces dernières je prend conseil auprès du gérant, car il y a beaucoup d'établissements, et j'emprunte un yukata.

Je prend le bus pour le quartier un peu distant, et visite l'enfer "Chi-no-ike" ("étang sanglant"), pour la couleur rouge donnée à l'eau par des dépôts métalliques. C'est un peu petit et la couleur ne ressort pas beaucoup, cela dépend en fait de l'éclairage et le temps est aujourd'hui encore très couvert. Heureusement que pour le tarif de l'entrée ils donnent une carte postale avec une belle photo...

Ensuite je marche un peu car les bus ne sont pas très fréquents, puis j'en attrape quand même un et rejoint le quartier principal où se trouvent pas mal de bains réputés. On m'a conseillé le Mushiyu donc je m'y rend : il s'agit d'un bain dans lequel il y a un sauna très chaud. La vapeur sort d'un tapis d'herbe qui sent très fort. La gérante m'explique comment procéder : d'abord prendre un bain classique, puis 10 minutes dans le sauna. Elle me dit que c'est vraiment très chaud, et que je peux donc sortir quand je veux. Le sauna est une petite cahute basse de plafond, dans laquelle on s'allonge en yukata sur les herbes, en reposant la tête sur une pierre brûlante qu'on recouvre de sa serviette.
L'impression est très étrange, je ne dirais pas que c'est vraiment agréable, n'étant pas trop fan de sueur, mais cela vaut le coup rien que par curiosité. Il faut dire que c'est aussi la première fois que j'entre dans un sauna. L'air est tellement chaud et humide, qu'on se brûle si on fait un mouvement rapide avec la main. Il faut rester immobile, jusqu'à ce qu'elle vienne toquer à la porte pour qu'on ressorte. Elle me dit d'aller me reposer dans le bain, et c'est vrai que j'ai la tête un peu lourde, mais franchement je m'attendais à pire. Cela fait toujours ça de toutes façons après un bain un peu chaud.

Malgré la fatigue qui pèse toujours après un onsen, je remonte la rue pour voir le "Shira-ike" ("étang blanc"), moins coloré que le précédent mais avec un jardin un poil plus spacieux, et quelques aquariums et rouleaux peints exposés en prime. Certaines espèces de poissons ont une tête qui aurait pu inspirer les costumiers de Star Wars. Je me pose un moment devant l'étang pour grignoter, en espérant que cela me réveillera un peu.

Finalement après une certaine hésitation je pars pour un autre établissement. Je ne le regretterai pas car il s'agit d'un établissement très grand avec plusieurs bains différents. On se déshabille puis on se balade là dedans totalement nu (l'écriteau insiste bien). En fait il me semble quand même qu'on peut prendre une toute petite serviette en guise de cache-sexe, car la plupart des japonais a ça dans les bains publics, même si cela me semble assez symbolique vu l'usage qu'ils en font. Et ce n'est pas très pratique car une fois entré dans le bain, il ne faut pas y faire tremper la serviette, donc pour ne pas la mettre par terre on se la pose sur la tête. J'avais cru comprendre aussi que l'avoir sur la tête évitait qu'on soit pris de torpeur dans le bain. Ce n'est pas très clair, il faudra que je débrouille tout ça.
Coté hommes, un premier bain intérieur, très chaud, me fait pousser un cri. En y allant progressivement j'arrive quand même à entrer. Comme on est jeudi en période pas très touristique, il n'y a vraiment pas grand monde. Du coup je me permet de prendre quelques photos.
Ensuite, toujours à l'intérieur, il y a un bain de boue. En fait il y a 20cm de vase grise au fond, soi-disant très bonne pour tout un tas d'affections. Espérons juste qu'inversement cela ne rend pas malade les bien-portants.

Je sors ensuite à l'extérieur dans une sorte de jardin, où il y a à nouveau un bain normal puis un autre grand bain boueux, tous deux mixtes. C'est vraiment très curieux, mine de rien j'ai dû passer 3/4h au total là dedans. Je rentre à l'hotel après m'être rincé, pour prendre possession de ma chambre et faire connaissance avec mes co-piaules.

Enfin, je met en application la remarque que je m'étais faite à Ôsaka sur les rayons alimentaires dans les grands magasins : comme il y en a un ("depâto") pas loin, je vais y faire un tour. Je tombe effectivement sur un tas de choses nouvelles et appétissantes, et je me prends pour la soirée une salade de patates douces aux raisins secs, des petits légumes verts croquants au sésame, et je prend à l'extérieur de l'anguille sur bol de riz ("unadon") dans une gargotte que j'avais repérée près de la gare.
Festin dans la salle commune de l'hotel, tandis que trois californien(ne)s à coté de moi mangent des pizzas. Comme il y a un frigo, j'ai pris aussi des tomates et bananes car je trouve qu'on mange vraiment trop peu de fruits et légumes frais dans ce pays.

16/04/2008

Mercredi 16 - Beppu : repos

Il pleut à verse toute la journée. Cela ne me dérange pas outre mesure puisque j'avais décidé de glandouiller toute la journée. Il n'y a pas l'air d'y avoir grand monde, donc j'abuse cordialement de l'accès internet en y passant au moins trois fois une heure.

Je sors environ 20 minutes le temps de faire des courses, et je remonte faire ma popote dans la chambre : j'ai de l'eau bouillante à volonté, c'est tout ce qu'il me faut pour me faire un festin de soupes de nouilles.

Je réfléchis à la suite du voyage : dans l'immédiat je ne sais pas trop quoi faire. Je temporise, ça reviendra bien.

Mercredi 16 - Etat des lieux

Un petit message non antidaté, pour une fois, pour expliquer où j'en suis en attendant de mettre les articles correspondants, et pourquoi tous ces messages ont débarqué en masse aujourd'hui :-)
A ce propos prenez votre temps, ne lisez pas tout d'un coup, sinon indigestion garantie...

Après le départ de Krys j'ai passé une journée de plus à Osaka, et je me suis décidé à acheter un ordinateur rikiki. Quand j'ai pu trouver du courant, j'ai donc pu taper à l'avance le texte et sélectionner et préparer les photos pour les articles que j'ai publiés aujourd'hui. Cqfd.

Ensuite je suis reparti vers Kanazawa et Takayama. Mais pourquoi donc me direz-vous, alors que j'y étais déjà quelques jours avant !? Eh bien pour assister à deux festivals, donc l'un des trois plus réputés au Japon (à Takayama).

Puis j'ai profité du dernier jour de mon passe de train pour filer ventre à terre sur Beppu, sur l'île de Kyûshû (Cf. carte, 11 heures de train hier...). Du coup aujourd'hui repos et internet.

Voilà sinon j'ai essayé de mettre des vidéos sur certains messages. Je ne suis pas sûr que ça marche complètement : à la prévisualisation ça va, mais sur le message final je n'arrive pas à les visualiser. Cela vient peut-être du PC de l'hotel qui est mal configuré, donc vous me direz si vous les voyez (il y en a 2 pour l'aquarium d'Osaka le 4 et une pour le musée Miraikan le 10).

Bonne lecture !

15/04/2008

Mardi 15 - Une journée en train

C'est le dernier jour de mon pass de train, et finalement je ne retourne pas à Takayama. Le programme est en effet le même que la veille, la procession nocturne en moins. Je vais donc profiter de mon pass jusqu'au bout, même si je rate un train pour Toyama à quelques minutes près. Le suivant est 1h30 plus tard. Tant pis, je calcule mon trajet sur le bottin JR, ça a l'air de passer à l'aise pour Beppu, arrivée prévue vers 23h passées. C'est une ville de taille moyenne mais très touristique donc je trouverai forcément un point de chute sur place, au pire un quelconque Business Hotel.
Il n'y a pas de prise électrique dans les trains normaux, à part pour certains au niveau du lavabo, pour se raser, donc une fois la batterie épuisée je bouquine une peu. Le train de Toyama à Osaka se traîne, il a vingt-cinq minutes de retard à l'arrivée mais j'attrape quand même mon (dernier) Shinkansen après avoir acheté en vitesse un bentô, ainsi qu'un manga. Il s'agit de Crayon Shinchan, un personnage déjanté que je connais déjà, un gamin complètement effronté, un peu anti-japonais, qui enchaîne gaffes et idées foireuses.


Je met charger l'ordinateur pendant que je mange sur une place à l'avant du wagon, où il y a là des prises (uniquement dans les wagons réservés). Il n'y pas grand monde de toutes façons, donc je change de place pour tapoter pendant le reste du trajet. Changement à Kokura (Kita-Kyûshû) vers 21h30, dernier train de la journée pour Beppu. Changement de sept minutes, heureusement le Shinkansen, lui, était à l'heure.

Après un total de onze heures de train je débarque finalement à Beppu, bien décidé à prendre maintenant du repos avec ces derniers jours un peu fatigants. Beppu est décrite dans le Lonely comme une sorte de Las Vegas, car on y trouve certains établissements au design complètement kitsch. Mais en gros il s'agit d'une ville touristique tirant son succès des innombrables sources chaudes. J'essaie un hotel pas cher mais plein, donc je me rabat sur un plus cher mais qui d'après le Lonely met à disposition un accès à internet. En fait le tarif de la chambre a été relevé, et l'accès internet est constitué d'un seul poste où, pour éviter d'abuser, on n'est pas censé rester plus de 15 minutes à la fois. Tant pis, il est 23h30, je prend deux nuits pour ne pas avoir à checkouter à 10h le lendemain, et larver autant que je voudrai.

14/04/2008

Lundi 14 - Festival de Takayama

Lever à 6h00 avant même la trompetterie du réveil, je me glisse dans mes vêtements et empoigne mes sacs. Xavier ouvre un oeil pour me saluer, et me voilà parti. Je suis largement en avance. Trois quart d'heure plus tard, sac en consigne à Toyama. Allez, faut que ça rentre ! Nouveau train ce coup-ci pour Takayama (le changement à Toyama était de toutes façons nécessaire), 2h30 de trajet. En chemin je questionne les autres (rares) touristes du train pour savoir où ils ont trouvé un hébergement et depuis quand ils ont réservé, mais cela ne m'apprend rien d'utile. J'hésite à descendre d'abord à Hida-Furukawa pour démarcher d'autres hotels, mais comme ce n'est qu'à 20 minutes de train de Takayama, c'est risqué.
Finalement je vais jusqu'à Gero, comme prévu initialement. Là l'office du tourisme n'a aucun mal à me trouver une chambre à un tarif raisonnable à 10 minutes de la gare. L'hôtesse parle un japonais simple et avec une diction pafaite, c'est un vrai régal, l'espace d'un instant j'ai l'impression de communiquer en japonais sans difficulté...

Je n'ai pas besoin de passer ce midi à l'hotel, donc je mange en attendant de reprendre le train dans l'autre sens, encore une heure de trajet. J'ai d'ailleurs pu tester la batterie du PC : une grosse demi-heure, mais aux recharges suivantes j'aurai l'impression que l'autonomie augmente. On verra, j'avais espéré un peu mieux avec ce type de processeur, au vu des 5h30 annoncés sur le matériel neuf, mais de toutes façons c'est déjà honnête.
J'ai bien fait de manger avant de monter dans le train, il est comme par hasard bondé de touristes en partance pour le festival.

Il doit être 12h30 quand je descend finalement à Takayama. Le programme du festival me rassure, je n'ai rien raté depuis ce matin. En fait les chars sont exposés en différents endroits du centre historique (en changeant d'endroit régulièrement) jusqu'à 16h30. Malheureusement il n'y a pas de musique, finalement c'est une sorte de musée en plein air. Ca manque quand même cruellement d'ambiance, donc je me dirige vers le sanctuaire Hie-jinja duquel doit partir une grande procession. Elle vient de finir de sortir de la cérémonie quand j'arrive, et entame une marche de plusieurs heures en ville ! Je suis en queue de procession, ne sachant pas où elle va je la suis en la remontant pour voir un peu tout le monde. Il n'y a pas véritablement de musique, mais à divers endroits de la longue file des participants on trouve de la flûte, du tambour, des gongs, etc.On peut y voir toutes sortes de costumes différents. Un vénérable moine est transporté en char à bras, et invariablement salué bien bas par les japonais sur son passage. A force de remonter la file, et comme ils vont dans un quartier tranquille de la ville, je me retrouve soudainement seul avec eux !
Je repars vers le centre ville, luttant contre un terrible coup de barre, pour voir les autres chars (il y en a 12 au festival de printemps, 11 autres différents en automne). Il y a une quantité phénoménale de français dans les rues, principalement des groupes organisés. Ayant déjà visité le centre historique il y a deux semaines, j'ai vite fait le tour. Finalement grignoter un bout me requinque et j'ai l'idée d'aller revoir la vendeuse de "kuriman" (brioches fourrées aux marrons et, je vous le donne dans le mille... aux haricots rouges), à qui nous avions acheté plusieurs brioches déjà la dernière fois, et qui nous servait toujours en rigolant ("arigatou gozaimashitahahahah"). Ce coup-ci je ne sais pas si elle se souvient de moi car elle a l'air moins hilare, alors comme elle me demande je ne sais plus quoi, je lui dis que ses brioches sont très bonnes, que j'en ai déjà mangé il y a deux semaines. Elle me répond qu'elle se souvient de nous, "qu'on n'arrêtait pas d'acheter des kuriman" (on a dû venir trois fois en deux jours à tout casser). On discute un moment de mon trajet, où sont partis les autres, elle me dit qu'elle est déjà allée aux Etats-Unis et au Mexique (il me semble) quand elle était au lycée. Je lui dis que je reviendrai "probablement" demain, et repars vers les chars.

En flânant dans ces magnifiques ruelles toutes en maison de bois très sombre qui font le charme de la ville, je tombe sur une boutique de boules en pâte de riz (ça doit se dire "mochi" je pense) qui en fait des très jolis. J'en essaie un vert au thé, comme j'en ai déjà goûté, mais celui-là est vraiment du niveau supérieur. Il est vert très foncé et le goût habituellement tout juste perceptible est là vraiment prononcé, répondant bien au goût de la pâte de haricot rouge à l'intérieur. J'en goûte un autre très original puisqu'il contient une fraise fraîche, entière ! Succulent. Les deux ont une texture extérieure soyeuse, car de plus pour éviter que cela colle aux doigts, ils sont légèrement saupoudrés de farine fine.
Si je n'y prend garde, ce festival risque fort de tourner à l'expérimentation gastronomique. Je continue mon chemin vers les chars pour éviter d'être tenté d'en reprendre.

L'un d'eux fait justement une démonstration de "karakuri", ces marionnettes dont nous avions vu une démonstration au musée la dernière fois. La foule compacte est amassée près de la placette devant le palais de l'ancien gouverneur du Shôgun pour voir la magie de ces marionnettes actionnées depuis l'intérieur du char par un système de câbles.

Les chars s'en vont, probablement pour être équipés de lanternes pour le défilé du soir. Je profite des quelques derniers rayons de soleil, qui a finalement gagné la partie après la pluie fine du début d'après-midi (les chars n'en étaient pas moins sortis).

En attendant la nuit, je vais dans une gargotte faisant des soupes de nouilles. Comme j'ai pas mal grignoté, je me dis naïvement que je vais me contenter d'un "ramen" tout simple. C'était sans compter sur l'autre aspect du festival : les stands de forains. Je ne les avais pas vu jusque là car ils étaient un peu à l'écart, mais en sortant de ma gargotte je tombe sur une rue piétonne dont l'allée centrale est entièrement encombrée de stands de jeux mais aussi, bien entendu, de tentations gastronomiques. Pour ne pas avoir l'air malpoli, je me sens donc obligé de faire honneur en dégustant un okonomiyaki (de taille moyenne heureusement), une grosse tranche d'ananas enrobée de chocolat, et je finis par une double gaufre fourrée à la pâte de thé vert (malheureusement ils ont tendance à en faire plein d'avance, du coup c'est tout juste tiède).

Il y a aussi plusieurs stands qui font une sucrerie que j'ai tellement vue dans les dessins animés japonais que je ne peux m'empêcher d'en prendre une aussi. Il s'agit de fruits roulés dans un sirop chaud qui très vite cristallise. Ce sont en général des pommes, mais je prend plutôt une fraise, qui ressemble à un gros rubis sous son coulis rouge. C'est plus raisonnable, et puis je ne m'attend à rien d'exceptionnel, ce qui fait que je ne suis pas déçu par le résultat. Une fois que ça a fini de me coller aux dents, j'ai les papilles saturées de sucre et je sens à peine le fruit.

L'heure de la procession approche, des grappes humains se forment très rapidement sur les trottoirs le long du parcours d'environ 2 km qui sinue dans les rues et ruelles historiques. A certains carrefours, des bâches ont été tendues à terre dans les deux directions condamnées pour permettre à des spectateurs de s'asseoir. Tout le monde est en place, un silence relatif se fait pendant que l'attente commence.

L'anticipation va croissante, et l'éclairage public est soudain éteint dans un grand "Aaaah" de satisfaction du public. Il ne reste plus que les lanternes du festival, ainsi que les feux tricolores et piétons qui poursuivent vainement leur ronde programmée. Puis un tambour se faire entendre au loin, quelques coups puis un long silence, puis d'autres coups.Il se passe bien cinq minutes sans qu'on ne voie rien, mais à la fin de chaque silence les coups sont sensiblement plus forts que la fois précédente. Enfin le premier char apparaît au coin de la rue, précédé de la lumière de ses douzaines de lanternes, montées tout autour sur plusieurs niveaux. Il est effectivement surmonté d'un énorme tambour, et de chaque coté du char et du tambour un batteur tend le bras loin en arrière pour le rabattre puissamment sur la peau tendue. La synchronisation avec l'autre batteur n'est pas toujours parfaite car ils ne peuvent se voir.
Le char est précédé de jeunes, deux par deux sous un costume de toile bariolée, celui de devant portant un gros masque de lion. Ils dansent jusqu'à l'intersection où sont massés les deux groupes de spectateurs assis, et là font une représentation de plusieurs minutes avant de repartir sous les applaudissements.

Les autres chars suivent, et le tout fait déjà bel effet dans la rue sombre avec toutes ces lanternes, mais de plus chaque char étant salué par un crépitement de flash ininterrompus, on a l'impression que les dieux de la foudre sont de la partie et que des feux follets électriques dansent autour des chars ! Comme tout cela va toujours très lentement, je remonte la colonne pour mieux voir. Je m'arrête au niveau du pont rouge qui est un point de vue privilégié. Je m'y tiens un moment et discute avec une japonaise qui essayait en vain de prendre une photo, après lui avoir expliqué que le flash de son petit appareil, pour prendre un char à une dizaine de mètres, cela ne sert à rien.
Comme c'est le début du parcours, qui a débuté vers 18h, vers 19h30 ils sont tous passés à cet endroit. Je me balade dans les ruelles historiques qui sont hors parcours et donc quasiment désertes. De nuit avec un éclairage réduit, c'est très joli aussi. J'envisage de rentrer par l'avant dernier train, mais finalement le programme indiquant des chants à la fin de la procession, je me dirige vers la fin du parcours, où les chars attaquent le dernier virage.
La chose est d'ordinaire déjà intéressante, car les roues n'étant pas orientables, il faut sortir une cinquième roue qui se trouve sous l'avant du char, perpendiculaire aux quatre autres, s'en servir pour lever l'avant du char et le pivoter sur trois roues. Puis le reposer et repartir sur quatre roues. L'exercice est ici un peu compliqué par le fait que la dernière rue est une ruelle, donc il faut bien viser pour y faire entrer ces précieux chars sans les abîmer. De plus l'entrée de la ruelle est encombrée par deux pannonceaux surmontés d'un petit toit en bois, installés pour la fête. Chaque entrée réussie est saluée par la foule.
Les karakuri se donnent une dernière fois en spectacle : le plus célèbre d'entre eux tournoie sur lui-même plusieurs fois pour vider sur la rue un sac de confettis attaché au bout de son bras, sous les ovations du public. Il tournoie une dernière fois avant d'entrer dans la ruelle. Deux hommes en haut du char s'assurent que ça ne frotte pas, repoussant parfois sans ménagement les pannonceaux sur le coté. Les hommes tractant le char peuvent sans problème se fier à la foule : si elle applaudit c'est bon, si elle commence à pousser des cris effrayés c'est que ça s'approche dangereusement du bord...

Je prend une ruelle parallèle pour rejoindre le bout du parcours, et je tombe sur le tout premier char, qui s'est séparé du convoi pour retourner dans sa chambre de stockage. Celles-ci sont en effet dispersées à différents endroits dans le centre historique, et le convoi se disperse donc au bout du parcours pour que chacun rentre chez soi. Les tireurs chantent un peu mais ce n'est pas très convaincant, il faut dire qu'ils doivent être épuisés... Je regarde un peu le démontage des lanternes, puis rentre prendre le dernier train pour Gero.

Ma chambre est spacieuse et propre même si le bâtiment montre par endroit des traces d'usure. Vue sur le fleuve et... la voie ferrée.