J'appelle l'office du tourisme de Kanazawa pour savoir s'il y a bien le festival ce week-end, et s'il y a de quoi loger. Pas de problème me dit-on, "You're welcome to Kanazawa !". Donc samedi et dimanche à Kanazawa, lundi et mardi à Takayama.
J'hésite à laisser le sac en consigne car pour Takayama ce sera une toute autre histoire, 500000 personnes attirées par un festival dans une ville de 15000 habitants, toute touristique soit-elle, ça va être tendu. Je vais devoir tenter ma chance dans d'autres villes de la même ligne de train, mais aucune n'est plus grande à moins de 2h de trajet, ddonc si je dois courir d'un hotel à l'autre pour trouver une place, j'aimerais autant éviter de transporter 20kgs sur mes frêles épaules.
Finalement je le prend avec moi, je le laisserai en consigne à Toyama, la grande ville qui me servira de base de repli si je ne trouve pas à loger ailleurs lundi soir.
Au TIC de Kanazawa, j'attend derrière un jeune avec un nom à consonnance italienne sur son sac. Comme ce qu'il demande m'intéresse aussi je lui demande de me répeter une chose ou deux pendant que la dame tourne le dos. En fait Xavier est français, de Grenoble, et comme l'une des auberges de jeunesse n'existe plus, que l'autre est à perpète, et que je crains que les chambres simples ne soient à 5 ou 6000 yens la nuit, je lui propose de partager une chambre double. J'envisage en effet d'aller au même hotel que la dernière fois qui était bien, pas cher et pas loin. La dame se retourne vers nous, ne comprend plus rien vu que maintenant on est deux à se parler en français, croit qu'on est ensemble. On lui dit que non mais que finalement on veut réserver une chambre pour deux... Elle appelle mon hotel mais il est complet, donc elle nous en suggère un autre à deux pas, et réserve pour nous (8500 la double, avec petit-déj.).
Sur place je paie par carte bleue et Xavier me rembourse en liquide, ce qui résoud d'un coup mes problèmes de liquidités d'une manière inattendue puisque j'en ai même plus que ce matin. Heureusement car apparemment les banques sont fermées le samedi, moi qui comptais faire du change... Nous nous dirigeons vers le festival, près du quartier "Higashi-Chaya" (maisons de thé traditionnelles), au bord du fleuve Asanogawa. Il y a des stands et une grande scène a été montée. Deux ponts piétons flottants de l'armée (!), à sens unique, enjambent la rivière en complément d'une passerelle existante. Pourtant il n'y a pas grand chose de l'autre coté.
Justement entrent en scène un groupe d'enfants qui nous chante quelque chose d'assez moche, genre kermesse de fin d'année mal révisée.Heureusement tout de suite après entre un scène un groupe de Kodo (tambours), que des petits gars mais très bien synchronisés et avec une pêche d'enfer, qui nous font toute de suite oublier le numéro précédent. Nous avons ensuite droit à deux Maiko (apprenties Geishas) très jeunes mais habiles.
Je préfère préciser pour dissiper les malentendus que les geishas sont des courtisanes de luxe, spécialistes de la danse traditionnelle et du shamisen, qui ont un rôle de "personnel d'accompagnement" dans des établissements de luxe, servant à boire et divertissant des hommes d'affaires tout en feignant de ne pas être indisposées par la quantité malsaine de fumée de cigarette qui se dégage dans ce genre de soirées. Certes, au fil de la soirée, certains clients vont faire des allusions et essayer de tâter les demoiselles à la dérobée, mais si un certain type d'établissements encourage effectivement leurs employées à faire des "extras" (et dans ce cas je ne suis pas sûr qu'il s'agisse de geishas), ce ne sont pas de manière générale des prostituées.
Un nouveau groupe de Kodo apparait, ce coup-ci des jeunes femmes tout aussi énergiques qui nous en mettent plein les oreilles. La gestuelle est très marquée, ce qui contribue au spectacle. Elles ont manifestement l'air de beaucoup s'amuser, pour le plaisir de tous. Xavier est parti visiter un peu la ville et chercher de quoi se couvrir car, venant d'Hiroshima, la différence de température aura pu le surprendre quelque peu. Ayant déjà vu la ville, je me pose et profite à fond du spectacle. Viennent un homme avec un shamisen, qui accompagne une femme au chant. Puis les mêmes mais les rôles sont inversés. Une femme d'un certain âge est venue sur scène avec un gros pinceau pour tracer quelque chose au sol. Il s'agit en fait d'une calligraphie qui est peu après exposée par une jeune femme. L'artiste revient discrètement sur scène quelques minutes après pour s'incliner devant le public à coté de son oeuvre à la fin d'un des numéros du spectacle. Elle est elle aussi saluée par les applaudissements du public. Ensuite trois shamisen accompagnent quatre chanteuses. Les joueuses de shamisen n'hésitent pas à réaccorder discrètement leur instrument en plein morceau, à un moment où elle n'ont pas besoin de la main gauche !
Enfin vient la dernière partie de cette première journée, avant un feu d'artifice à 19h30 : je décode le programme, il s'agit de Kyôgen ! Dommage, je risque de ne pas comprendre grand chose. Avant la pièce, trois personnes viennent pour chanter tour à tour. Un petit bonhomme de 4 ans en kimono regarde à la dérobée depuis le fond de la scène mais se fait ramener en arrière. Après la première chanteuse, un gros larsen, une fausse annonce, la chanteuse qui s'apprêtait à venir est déconcertée, c'est un peu la confusion. Finalement ça reprend, et après elles c'est justement le tour de l'enfant ! Il exécute sans timidité un petit numéro de danse puis, presque surpris d'avoir déjà fini, repars en courant sous les applaudissements (c'est là que la présentatrice annonce qu'il a 4 ans).
Puis vient le kyôgen lui-même : j'ai en fait beaucoup de chance car il s'agit d'une pièce très semblable au début à celle dont j'ai eu la traduction hier au Nô (Cf article d'hier) ! C'est l'histoire d'un homme qui convoite les fruits dans l'arbre d'un voisin. Il lui demande plusieurs fois de lui en donner, mais essuie à chaque fois un refus. Alors il vient pour les voler en pleine nuit. Il fait malheureusement un bruit, ameutant le propriétaire. Mais celui-ci reconnait ou devine qu'il s'agit de son voisin, alors pour l'humilier il se demande tout haut ce qu'il y a dans l'arbre, et en conclue que cela doit être un chien. Mais s'il s'agit d'un chien se dit-il, celui-ci devrait aboyer. Alors le voisin pris en défaut aboie pour se faire passer pour le chien. Le propriétaire taquin se dit alors que cela ne peut pas être un chien, mais plutôt un singe. Et le voisin d'imiter le singe. A la réflexion cela doit plutôt être un oiseau. Mais que font les oiseaux ? Ils volent ! Alors le voisin hésite un moment, mais se décide finalement à sauter au bas de l'arbre dans un cri de douleur. A partir de là, la pièce continue, mais ma traduction s'arrêtait là, donc je ne saisis pas tout. Visiblement le voisin reprend le dessus et accuse le propriétaire d'être un vilain vicieux en plus d'un fieffé radin. Il y a un ou deux retournements de situation, et ma foi j'ai oublié comment ça se termine...
Xavier n'est pas revenu, mais comme il y a une demi-heure de pause je la mets à contribution pour me remplir l'estomac et me réchauffer un peu : brochettes de fruits de mer (deux aux coquillages non identifiés, une aux coquilles Saint-Jacques), frites que j'espérais bien chaudes (déception).
Je retrouve Xavier avant la dernière partie du spectacle, plus moderne : trois artistes entrent en scène en portant à bout de bras des kimonos impeccablement tendus sur des sortes de présentoirs au bout d'une tige de bois. Ils se cachent d'abord derrière les kimonos qui dansent tels des fantômes animés de vie, puis se dévoilent et font des mouvements plus larges. Des danseuses véritables les remplaçent sans interruption du numéro, et continue dans un style moderne.
Enfin, le feu d'artifice est très décevant car il n'y a pas de fusée, il ne s'agit que de crépitements pyrotechniques déversant des flots d'étincelles dans le fleuve au son des "oh" et des "ah" des japonais, bon public. Je sais pourtant qu'il y a au Japon de très grands feux d'artifice, très réputés, pour lesquels la foule s'amasse typiquement sur les bords d'un fleuve, réservant leurs places avec de grandes bâches bleues comme nous en avons vu pour le Hanami. Mais en lisant le Lonely j'ai bien l'impression qu'ils sont tous en été. C'est une saison que je voulais éviter au Japon en raison de la moiteur, mais il faudra peut-être que je change d'avis. Après le printemps et l'automne, il me reste donc deux saisons à découvrir :-)
12/04/2008
Samedi 12 - Festival à Kanazawa
par
Ghislain Cottat
à
15:28
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