03/04/2008

Jeudi 3 - Ôsaka


Nous prenons directement un shinkansen Hikari sans réservation vu qu'il part peu après notre arrivée à la gare d'Hiroshima, et passons le trajet à nous demander comment les japonais peuvent préférer renifler aussi ostensiblement pendant des heures alors que se moucher en public est tabou. Arrivés à Ôsaka le TIC (Tourist Information Center) nous réserve une chambre pas chère, près de la gare dans le quartier nord. Dire que la dernière fois on avait passé je ne sais combien de coups de fil pour dégoter une auberge de jeunesse à perpette. On y gagne à recouper les informations des guides et du TIC. Pour anticiper un poil sur la suite, en retournant dans dix jours à Kanazawa je me rendrai compte que parfois ni l'un ni l'autre ne sont optimaux : alors que mon guide indiquait 5000 la chambre seule et le TIC au moins 4200, en passant dans une rue juste à coté de la gare, j'ai vu un hotel avec des "single" à 3300 (oui j'ai vraiment autant de retard dans la rédaction des articles...). Même si c'est des chambres minuscules et décaties on est quand même au Japon, ça mériterait d'être mentionné pour ceux qui veulent serrer le budget sans aller chercher l'auberge de jeunesse à l'autre bout de la ville. Dommage que je n'aie pas noté le nom.

Pour en revenir à Ôsaka, le guide des spectacles ne donne rien avant le 5/4, dommage pour Rémi !
Sortir de la gare d'Ôsaka (à ne pas confondre avec la gare de Shinkansen, "Shin-Osaka") est une sorte de bizuthage touristique qui peut dérouter les néophytes en survie urbaine. Suivre le réflexe héliotrope est dans un premier temps une mauvaise idée : si on sort directement de la gare on se retrouve coincé par des barrières et des boulevards infranchissables. Il faut alors emprunter des passerelles aériennes (parfois désertes, c'est un signe) ou des franchissements sous-terrains en comptant soigneusement le nombre de quarts de tours effectués dans les escaliers pour savoir dans quelle direction on sort. Sinon c'est comme avec les dunes dans le désert, on a vite fait de tourner en rond pour peu que le soleil soit derrière une couche de nuage uniforme.
De manière tout à fait surprenante, le chemin optimal est en fait de suivre les arcades commerçantes pour déboucher plus loin de la gare. On est alors dans un monde qui suit sa propre logique. Le chemin le plus court n'est pas la ligne droite (les tapis mécaniques accélèrent la progression mais les escaliers la ralentissent), les points cardinaux sont remplacés par les buildings, prononcé et abrégé en "biru" (prononcer "bileu", à ne pas confondre avec "bîleu", la bière, notez le "î" long). Une fois revenus dans une rue dotée de trottoirs, on s'y retrouve à peu près avec le plan et on rejoint l'hotel.

Sacs posés, le rituel s'ensuit : Lawson Station + parc (Ogimachi, tout proche de l'hotel) = déjeûner. Cerisiers en fleurs et enfants dans la cour en bonus. Petite pluie fine et passagère en dessert. Devant nous un énorme bâtiment au look moderne recherché abrite manifestement une chaîne de TV dont une partie du logo nous est visible (8KTV ?), mais aussi "Neverland", un espace ludique dédié aux enfants, il me semble.

Direction le parc du château où les citadins sont en plein Hanami sur les pelouses. Littéralement et en théorie il s'agit de "regarder des fleurs", en pratique cela consiste principalement à faire un pique nique entre amis, à boire de la bière ou du saké, à rire bien fort. Certains sont mieux équipés que d'autres : barbecue, sono, tentes, parfois même tables et chaises de camping. Un simple pique nique, mais multiplié par la population d'Ôsaka... Le spectacle est en tous cas celui d'une grande convivialité, mais en ce qui nous concerne beaucoup beaucoup de fleurs de cerisiers sous le soleil. Du coup nous passons un bon moment à nous balader, malgré la foule et l'inévitable petit train touristique.

Entre la marche et mon sac à dos trop lourd (pas pris le temps de rééquilibrer à l'hotel), j'ai bien mal aux épaules. Nous nous posons un moment à l'écart, de toutes façons le château risque d'être encombré. Nous y revenons 3/4h plus tard alors qu'un saltimbanque jongle avec des torches enflammées devant l'entrée. Le château n'en est un que de l'extérieur, pour faire joli dans le paysage (et de ce point de vue c'est effectivement réussi). Quand j'ai lu qu'il avait été "reconstruit" j'ai cru qu'ils avaient au moins fait semblant à l'intérieur, mais non : pas l'ombre d'une poutre ou d'un tatami, il s'agit en fait d'un musée moderne dans une coque en forme de château. L'ergonomie du musée n'est pas idéale, surtout pour les étrangers, mais nous arrivons tout de même à en apprendre un rayon sur la vie de Toyotomi Hideyoshi, celui qui avait presque unifié le Japon mais dont l'héritier désigné n'a pu résister aux luttes de pouvoir. C'est finalement Tokugawa Ieyasu qui a terminé le grand oeuvre, faisant entrer le Japon dans 266 ans de dynastie de Shoguns Tokugawa (et de fermeture quasi-complète au monde extérieur). Le retournement n'interviendra en effet qu'en 1868 quand le camp impérial renversera le shogunat décadent, portant au pouvoir effectif celui qu'on appelera Meiji car il ouvrira son pays au monde extérieur et le fera passer d'une société féodale traditionnelle à un pays industriel moderne en l'espace d'une trentaine d'années.


Je trouve le reste du musée trop pointu et/ou répétitif, donc déçu dans l'ensemble. Je retiendrai surtout l'analyse d'un jeu de paravents peints représentant une fameuse bataille de Hideyoshi avec toutes ses conséquences : soldats en déroute, noyades, corps décapités, bandits à l'affût dans les campagnes piégeant les citadins en fuite, etc. le tout avec une précision et une crudité étonnante. Chaque aspect de la bataille est détaillée, un mur d'écrans de 3m par 2 nous montrant les scènes zoomées jusqu'au moindre détail.

En sortant du château, le dojo d'arts martiaux tout proche retentit de dizaines de cris : c'est l'entraînement. Nous passons un oeil par la fenêtre : ça castagne dur !


Pour finir nous nous dirigeons vers le quartier sud d'Osaka (Minami), et parvenons après une bonne marche à ses premières ruelles pleines de néons où du personnel masculin l'air très sérieux en costume cravate attend le client fortuné devant des restaurants et clubs chics. Puis nous arrivons sur Dotômburi et son canal. Là c'est une surenchère permanente de publicités hautes comme des immeubles clignotant à qui mieux mieux pour se faire voir par dessus la jungle électrique qui foisonne dans l'arcade, à s'en faire vite mal aux yeux. Bien sûr la faune qui peuple l'endroit est aussi bigarrée que l'environnement, question de survie probablement.
Nous jetons assez vite notre dévolu sur un restaurant faisant entre autres des sushis, et faisant pas moins de trois étages. Je regrette quand même de ne pas avoir refait de restaurant de sushis sur tapis roulant comme on l'avait fait l'autre fois à Kyôto (Musashi Sushi) et Tôkyô (dans la gare centrale, sortie est il me semble).


Nous resortons dans la cacophonie extérieure et après une vaine recherche de dessert nous éloignons vers la gare JR de Namba. L'ayant abordée par le mauvais angle, une dame officier de police à vélo surgit à notre hauteur dans un quasi-dérapage pour nous demander si tout va bien ! Elle nous indique l'entrée la plus proche, portail magique nous propulsant dans l'underworld de la gare. Les aventuriers ont cherché au mauvais endroit, la Terre Creuse n'était pas dans l'Himalaya mais au Japon !
En l'occurrence Namba est totalement vide à cette heure pourtant raisonnable dans une ville comme Ôsaka.
Une moitié de "loop line" (ligne de train circulaire autour du centre d'Osaka) plus tard et nous voilà à l'hotel.

Aucun commentaire: