L'ouverture des rideaux d'autor vers 7h nuit gravement à notre envie de repos, mais nous trouvons le moyen de larvouiller encore jusqu'à 8h malgré la lumière à peine atténuée par les écrans soji (rappel : cloison en papier de riz...). Bizarre dans ce pays le concept des volets n'a pas vraiment percé. Ca me semble pourtant un accessoire indispensable de toute chambre qui se respecte ! Je veux bien admettre qu'on se lève et se couche avec les poules dans un village un peu reculé comme celui-ci, mais à Kanazawa dans le business hôtel c'était pareil.
Départ à pied pour la Poste de Mitake-dans-la-vallée, ça nous fait une descente sacrément pentue à travers la forêt, vénérable mais probablement exploitée (les arbres bordant la route sont numérotés de 1 à quelque chose comme 600 jusqu'en bas). Manque de pot l'ATM n'a pas l'air connecté au réseau international. C'est bien la première fois ! Mais c'est vrai qu'on n'était jamais allé dans des coins reculés jusque là. Après confirmation de l'absence d'autre solution auprès d'une guichetière, nous nous résignons à tenter notre chance à Ôme. Donc train, poste (ça marche), bentô, re-train jusqu'à Oku-tama, le bout de la ligne, dans l'idée de faire le retour à pied. Nous nous munissons d'une carte précise mais calculons que le temps de trajet semble un peu juste pour un retour à l'auberge pour 18h. D'autant que je n'ai pas ma frontale car nous n'avons pas recroisé David ce matin. Nous reprenons donc le train après avoir manger pour nous rapprocher un tantinet (heureusement qu'on a le passe) et partons finalement à l'assaut.
En fait nous partons si vite que nous faisons le premier tronçon d'1h50 en 40 minutes. C'est toujours le problème avec les cartes de rando, on ne sait pas pour qui sont calculés les temps de parcours. Nous sommes encore plus performants sur le deuxième tronçon car il se met à pleuvoir et Krys l'optimiste n'a pas son parapluie. Après 45 minutes, dont une partie en jogging puisqu'on suit quasiment l'isohypse, nous voilà revenus au village en la moitié du temps indiqué : il n'est que 14h... Krys prend son parapluie, moi un café à peu près chaud mais sans plus à la machine, et c'est reparti.
Un sanctuaire, le Mitake-jinja, se trouve un peu plus haut. Au milieu des nuages et des arbres centenaires, et en l'absence (quasi) de pèlerins, il s'en dégage une ambiance d'un siècle passé. Nous sommes bien loin des foules de pique-niqueurs d'Ôsaka ou de commuters à Shinjuku.
Nous partons sur un nouveau chemin, en direction de deux cascades et d'un intrigant "jardin rocheux". Un point de vue sur le relief couvert de forêt et moutonné de nuages me fait penser à la première scène de Princesse Mononoke.Dévalant un escalier plus qu'un chemin, nous voilà dans le vallon où la première cascade nous attend. Des escaliers en métal nous mènent à un rocher qu'il faut grimper à l'aide d'une chaîne. Au sommet deux lourdes statues de bronze (?). Petite séance de photos avec nos amis les dieux-gardiens de la forêt et du torrent.
En route pour la deuxième cascade, nous perdons la trace du jardin rocheux. Le chemin longe le torrent dans un superbe décor tant végétal, minéral qu'aquatique, et le croise régulièrement, de plus en plus souvent au fur et à mesure que le vallon se rétrécit, jusqu'à presque se confondre avec le lit du torrent. Le "jardin" est finalement à nouveau indiqué (et pour cause...). Nous suivons la nouvelle direction, marquée "1.9km" sur les pancartes, sachant que ce jardin n'apparait pas sur nos cartes papier. Il nous semble que cela devrait être à peu près à la même altitude. Que nenni : le chemin replonge soudainement dans le vallon, et il faut s'aider de chaînes pour la descente, et même d'une échelle. Sachant qu'il pleut à nouveau, ces acrobaties doivent de plus se faire avec une main tenant le parapluie. Nous qui pensions y faire un retour puis revenir sur le chemin d'en haut, c'est maintenant hors de question. De plus il faudra escalader à nouveau ce vallon, j'ai l'impression qu'il faudra passer par l'escalier que nous avions dégringolé en début d'après-midi. La fatigue commençant à se faire sentir, cette perspective n'est pas particulièrement réjouissante.
Nous arrivons finalement au jardin : en fait il s'agit tout simplement du lit du torrent (effectivement beau comme un jardin japonais avec ses troncs moussus), que nous avons remonté une heure plus tôt ! Ce mystère résolu, en route pour l'auberge car le ciel est si bas que la lumière va vite décroître à l'approche de 18h.Heureusement un autre chemin nous évite de descendre jusqu'à la première cascade pour en remonter, et à notre soulagement nous ramène assez vite en vue du Mitake-jinja. Il ne reste plus que quelques centaines de mètres à parcourir dans le village, ce qui est heureux car un copieux déluge se met à se déverser sur nous. Comme aime à le dire Tintin, il était moins une !
Nos hôtes sont à nos petits soins, et le temps de poser nos affaires en s'assurant de ne rien salir ni mouiller de tatamis, le bain est prêt et nous nous y délassons avec délice après cette journée de marche forcée. Les bas de pantalons étant crottés, c'est l'occasion de faire la lessive minimaliste envisagée, dans une bassine. Le séchage sera une autre histoire... David est reparti, ma lampe est dans la chambre. Mince, nous aurions bien voulu son mail, il aurait pu nous indiquer des banques de son en Creative Commons. Voire nous prêter les siennes vu qu'il n'a pas l'air de les monnayer par ailleurs.
Après le copieux repas, je révise un peu les kanjis puis nous attaquons avec Krys notre littérature japonaise (première nouvelle : Snow Country Miniature, de Yasunari Kawabata). Les trois premiers paragraphes nous occupent facilement trois heures, le troisième contenant une phrase interminables dans laquelle les sujets se perdent, en fait coupée en trois dans la traduction anglaise. C'est rude mais passionnant.
Vers minuit cela fait six heures que nous sommes rentrés, il pleut toujours des cordes.
07/04/2008
Lundi 7 - Mitake-san (2)
par
Ghislain Cottat
à
00:00
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