04/05/2008

Dimanche 4 - Centre de Gyeongju

Aujourd'hui place aux vestiges du royaume de Shilla, et donc à l'histoire ancienne de Corée.

L'Histoire (écrite) commence avec l'époque des Trois Royaumes. D'abord Baekje, en -57, situé dans la région de Seoul (donc le centre et l'ouest). Au nord, Goguryo unifia un quart de la péninsule, jusqu'à l'actuelle Pyongyang. Au sud-est, Shilla. En 668, Shilla unifia les trois quarts de la péninsule sous son égide, quelques territoires de l'ancienne Goruryo restant invaincus au nord.
Shilla avait sa capitale à Gyeongju, où je me trouve actuellement, et il en reste de très nombreuses reliques. A l'époque, la Corée était déjà très influencée par la civilisation chinoise, car le bouddhisme s'était installé dans les trois royaumes entre la fin du IIIe siècle et le début du VIe.
En 930, Shilla est vaincue par un grand général du petit royaume qui s'était reformé au nord, qui unifia l'ensemble de la péninsule sous le nom de Goryeo, duquel dérive celui de "Corée". Goryeo se développa grandement, toujours sous l'influence de la culture chinoise, et devint une des civilisations les plus avancées de son temps, allant jusqu'à inventer un système de fontes métalliques pour la production de textes typographiés en 1234, plus de deux siècles avant leur utilisation dans l'imprimerie en Europe.

Goryeo fut balayé, comme une bonne partie du monde connu, par la vague Mongole du XIIIe siècle, et fut forcé de se soumettre à l'envahisseur et de lancer deux tentatives d'invasion contre le Japon. Le shogunat Kamakura les repoussa toutes deux avec l'aide, selon la légende, de typhons : les fameux "vents divins" (kamikaze).
Les dynasties Mongoles furent finalement renversées, par les Ming en Chine, puis par des généraux coréens. Ils fondèrent la dynastie de Joseon, qui dura jusqu'à la colonisation de la Corée par les Japonais en 1910. Le XXe siècle fut particulièrement mouvementé : colonie japonaise jusqu'en 1945 (le comportement extrême de la puissance impérialiste laissa un profond ressentiment), divisée par la guerre en 1950, dirigée par des tyrannies très dures jusqu'en 1992.
Depuis, la Corée a fait un retour éclair dans le clan des démocraties industrialisées, son économie et sa culture étant maintenant sur le premier plan au niveau mondial, son taux de connexion à internet en haut débit le plus élevé au monde. Mais pour cela, les Coréens ont eu pendant plusieurs décennies le temps de travail le plus long du monde industrialisé.

Pour en revenir à ce dimanche, je me dirige vers un parc, en plein centre ville, qui contient une vingtaine de tumulus, sépultures de rois de Shilla. Une queue d'une cinquantaine de mètres se déroule devant Cheonmachong (la "Tombe du Cheval Céleste"), la seule dont on peut visiter l'intérieur. J'en reporte la visite, et poursuit vers le sud en direction de l'"Observatoire", une petite tour sans prétention constituée de 366 pierres, dont 12 en forment l'assise, et orientée par rapport à certains schémas célestes.
Et là, alors que je fais la queue pour avoir mon ticket, voilà que les deux Coréennes d'hier en sortent justement ! Elles me disent qu'elles vont m'attendre et qu'on visitera ensuite ensemble. Ça marche, je les rejoins après avoir vu la tour de plus près, devant laquelle pose un cavalier monté, habillé en guerrier de Shilla (?). Nous partons donc tous les trois pour voir la suite, vu que nous avons à peu près le même programme. Elles sont en week-end jusqu'à demain lundi à Gyeongju. Haemi et Hanna sont "best friends" depuis le lycée, et habitent à Incheon. Haemi travaille dans l'"interior design", Hanna dans la mode, mais leur niveau d'anglais ne permet pas de creuser ces assertions un peu vagues : Haemi parle un anglais laborieux, Hanna, plus timide, se contente de quelques mots ou aide sa copine au niveau du vocabulaire.
Nous traversons le parc Wolseong, où d'une ancienne forteresse il ne reste que Seokbinggo, un ancien garde-manger à moitié sous-terrain dont le nom signifie en gros "maison glacée de pierre", puis visitons Anapji, un jardin construit en 674 pour commémorer l'unification de la Corée par Shilla. Bien sûr il ne reste d'époque que des vestiges. De nombreux objets d'époque ont été retrouvés en 1975, et sont exposés au Musée National de Gyeongju, notre prochaine destination.
Les filles sont sympas mais font un tas de photos, non pas des monuments, mais de nous en train de poser devant.
J'ai l'impression que c'est le gros point commun des touristes asiatiques, avec l'obligatoire "V" de la victoire... Elles me demandent ce que je fais demain, je temporise car je ne sais pas si j'aurai vraiment envie de passer une deuxième journée avec elles. Finalement, je constate au musée qu'elles sont quand même intéressées par ce qu'elles visitent et pas juste les photos. Nous passons donc un bon moment au musée, dont la pièce maîtresse est la couronne retrouvée dans la tombe du Cheval Céleste (nommée ainsi à cause d'une peinture représentant un cheval ailé).

Hanna et Haemi n'ont pas d'hôtel pour ce soir, et comme elles trouvent que c'était cher où elles étaient hier, je les emmène jusqu'au mien pour voir s'il reste une chambre pour elles. Mais ma guesthouse n'accepte que les étrangers. Alors qu'elles vont poser leurs affaires dans un motel juste à coté, le gérant me demande où j'ai dégoté deux filles aussi mignonnes. Je lui explique que c'est purement fortuit, il rigole, me fait "good luck" en me tapant sur l'épaule... Que ne va-t-il pas imaginer là : Haemi a un copain, et puis bon elles sont sympas mais sans plus :-)
Nous allons dans un restaurant dont Haemi a flairé le fumet alléchant sur le chemin du retour, le long du parc des Tumuli. En effet, il est si populaire que nous devons patienter un peu à l'extérieur avec un numéro de réservation avant de pouvoir nous installer. Je constate d'ailleurs qu'il est indiqué dans le Lonely. Cqfd.

Je fais confiance aux filles pour le menu, elles nous prennent deux bimbimbap (légumes et viande qu'on mélange à du riz et des épices) et un pajeon (tarte/omelette aux oignons), le tout bien sûr accompagnés d'une douzaine d'à-cotés.
Finalement je me suis bien fait aux baguettes en métal : à l'origine les monarques se servaient de couverts et de vaisselle en argent, censée se ternir au contact du poison, et la coutume a descendu les échelons sociaux (l'acier inoxydable remplaçant l'argent) pour être généralisée à l'ensemble de la Corée.
Mes deux nouvelles copines insistent pour me payer le repas, ce que je leur concède quand elles me disent que je paierai demain. Je leur ai en effet dit que je viendrai avec elles dans les collines de Namsan, où l'on trouve des centaines de sculptures bouddhistes éparpillées le long de ses chemins et dans ses ermitages.

Nous marchons vers des tumulus éclairés dans la nuit, puis nous asseyons pas loin de nos hôtels respectifs pour discuter un moment de nos pays respectifs.

2 commentaires:

Unknown a dit…

Vas-y, attaque !!

J'ai bien ris à la lecture de ce billet :) (Pas encore lu la suite)


Plus sérieusement, où trouves-tu les commentaires historiques comme ceux du début ? (pas la première fois d'ailleurs, on apprend plein de choses à la lecture de ton blog !)
Tu potasses les guides pour écrire tes billets, où ça vient tout seul ? (Auquel cas, chapeau !)

Ghislain Cottat a dit…

Bah ça ne tombe pas du ciel, en général ça vient d'abord du Lonely vu que c'est ce que j'ai le plus souvent sous la main, complété avec ce que je lis sur place plus un peu d'internet.