Au petit-déjeuner, la cuisine étant décidément un lieu de rencontre malgré l'interdiction d'y cuisiner, je discute avec quelqu'un qui semble de prime abord venir d'Inde. David est en fait un jamaïcain d'une petite quarantaine d'années, sa famille est d'origine indienne, il a vécu au Canada (et en plusieurs endroits d'Europe il me semble), et enseigne aujourd'hui à Beijing. Son école a apparemment une problématique assez particulière, qui est de réintégrer des enfants d'immigrants revenant dans leur pays d'origine. Cela me fait justement penser au gamin de Chungju, qui a vécu 8 ans au Texas avant de revenir en Corée. Il est très intéressé également par les problèmes sociaux dans les différents pays qu'il a visités, et en particulier ceux liés à l'éducation des jeunes. Il nous explique que la montée de la drogue en Corée sera à son avis un problème majeur pour l'avenir du pays, car les jeunes de parents aisés ne sont plus prêts à faire les efforts qu'on consentis les générations précédentes pour faire sortir leur pays de la pauvreté et de la dictature. A l'autre bout du spectre la Jamaïque, comme de nombreux pays de la région (il cite le Vénézuela, la Colombie, la Bolivie), voit son économie largement dépendante de l'industrie de la drogue, dont les intérêts priment sur l'ordre public face à des institutions impuissantes.
Aujourd'hui mon programme, décidément très axé sur les dynasties Coréennes, m'emmène à Suwon pour en visiter la forteresse et le palais reconstitué. La ligne 1 du métro poursuit via les lignes de chemin de fer classique jusqu'à cette ville de banlieue, en environ 70 minutes d'interminable omnibus. Je révise mes conjugaisons et modaux coréens, même si je quitte le pays demain... ;-)
De toutes façons vu mon niveau de vocabulaire c'est à peine si j'ai placé une phrase malgré les structures de base acquises sans réelle difficulté pendant ces deux semaines. Les principes sont en effet similaires au japonais, même si les particules sont quasiment toutes différentes (on ne retrouve que le "é" pour la direction). La forme progressive et les modaux basés dessus sont même encore plus simples qu'en japonais, tandis que le présent est de difficulté (pardon, simplicité) comparable : le coréen a quelques irrégularités tandis que le japonais a des groupes de verbes pas tous évidents (tabe-ru/tabe-masu mais kae-ru/kae-ri-masu). En tous cas rien à voir avec nos tables de conjugaisons et nos listes interminables d'exceptions et autres irrégularités fort distrayantes.Une fois sur place, je suis les panneaux en allant grossièrement vers l'est. De toutes façons vu la taille du parc je ne peux pas vraiment le rater. Une fois de plus je me retrouve par hasard à utiliser la technique du "meilleur pour la fin", car j'arrive sur la forteresse par sa partie ouest, et l'escalade ensuite pour atteindre les bâtiments les plus intéressants de l'autre coté. En fait le parc ne contient que la moitié est du rempart, l'autre moitié enserrant une partie de la ville ! Après avoir vu quelques tourelles, garnisons, postes de commandement et portails "secrets", j'arrive sur la porte principale, "Paldalmun", qui trône au beau milieu d'un rond-point dans une anachronique cacophonie motorisée. Le tout est de construction relativement récente car cela date de la fin XVIIIe.
Parmi les autres points d'intérêt, une énorme cathédrale (?) très foncée, pas franchement jolie mais indéniablement imposante (à l'extérieur des remparts), ainsi que le poste fortifié servant à relayer des signaux entre les principales villes du pays (genre signaux de feu entre Minas Tirith et le Gondor mais en plus sophistiqué). Cinq fourneaux de brique émettent un signal de fumée de jour, lumineux la nuit. Un seul signal en temps normal, deux lorsque l'ennemi approche des côtes ou des frontières, trois lorsqu'il les a atteintes, quatre lorsqu'elles sont franchies et cinq lorsque des combats ont lieu sur le territoire. Une demi-douzaine de villes à tous les coins du pays étaient ainsi reliées à la capitale !
Près du poste de commandement principal, devant lequel une cour servait à l'entraînement martial, je m'essaie à l'archerie coréenne. Il s'agit de petits d'à peine un mètre, en forme de corne de buffle, mais la cible la plus lointaine est à 155m. Arc légèrement désaxé pour éviter que la corde ne claque sur l'avant-bras gauche (à ce sujet souvenir cuisant de certaine séance d'archerie dans les Pyrénées, fructueuse mais douloureuse), le poing bloque la flèche une fois encochée tout en se refermant sur le pouce qui tient la corde. La cible la plus lointaine étant à la limite de la performance de l'arc, tirer à 45° et compenser un peu le vent de travers. Moins facile que cela n'en a l'air : une dame d'un certain âge, malgré une technique qui semble éprouvée, ne la touche que difficilement.Je continue mon chemin vers le portail laissant entrer la rivière dans l'enceinte des remparts, tout en la maîtrisant en cas de crue, puis rejoins le palais. Il n'est finalement pas très différent de celui d'hier, et nettement moins impressionnant. Il faut dire qu'il a été construit principalement pour les 61 ans de la mère du souverain de l'époque, donc excusez du peu. Des pièces meublées et peuplées de mannequins reconstituent certaines scènes d'époque, une excellente initiative à mon sens. Il faut dire qu'ils ne manquent pas d'accessoires car, comme en témoignent des photos et la description de certaines scènes, un film ou un feuilleton a été tourné ici.
L'audio-guide complète en resituant le contexte historique et en décrivant les fonctions des différents bâtiments. Je recolle facilement les morceaux car justement cette fameuse cérémonie des 61 ans avait donné lieu au déplacement de quelque 1800 membres de la cour, dont une représentation exhaustive agrémente de nos jours la promenade du canal Cheonggye à Seoul, parcourue hier, puis à une chronique détaillée permettant la reconstitution.Retour interminable sur Seoul (je cherche à prendre un train plus rapide représenté sur le plan de la ligne, mais aucune indication sur les quais de gare...). Repos à l'hôtel : comme j'ai réparti mes repas n'importe comment aujourd'hui, je n'ai pas faim et je suis trop fatigué, donc dodo. C'est à ce moment qu'un allemand débarque dans "ma" chambre (j'étais seul depuis deux jours, malgré un voisin fantôme qui a dû louer un lit juste pour laisser ses affaires). Il revient de quatre mois en Nouvelle-Zélande, où il avait un visa "vacance-travail" pour visiter le pays sans vider sa tirelire. Il me dit avoir rencontré peu de Français là-bas, à cause de la langue soi-disant. Ce n'est pas le premier à me dire ça, alors que pour ma part j'ai l'impression d'en croiser pas mal. M'est avis qu'il y a un gros phénomène de subjectivité derrière tout ça.
15/05/2008
Jeudi 15 - Forteresse et palais de Suwon
par
Ghislain Cottat
à
00:00
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