Enfin une super journée ! L'inactivité de cette semaine commençait à me lasser, et risquait d'avoir des effets délétères sur mon audimat ^_^
Malgré un lever encore un peu difficile, je pars pour Haeinsa, l'un des plus importants temples de Corée et surtout le lieu de stockage d'une rarissime collection de textes bouddhistes gravés sur tablettes de bois. J'essaie d'apprendre quelques nouveaux mots de coréen dans le bus, sur l'autoroute, avant que nous ne nous enfilions dans les vallées menant au parc de Gayasan dans lequel se trouve le temple ainsi que de nombreux autres édifices et reliques bouddhistes.
Le bus s'engage (à toute allure, naturellement) sur une route qui serpente de plus en plus serré le long d'une rivière. Déjà j'ai quelques aperçus de points de vue auxquels je me serait bien arrêtés si j'étais maître de mon véhicule : deux grandes statues au bord de la rivière, des rochers blancs au milieu de celle-ci qui contrastent sur le décor de forêt.
Le bus me dépose devant le musée du temple, qui présente quelques œuvres d'inspiration bouddhistes avant de présenter la technique de fabrication des tablettes. Chacune des 81340 planches fait environ 70cm de long par 24 de large, et 2.6 à 4cm d'épaisseur. Une tablette contient (de mémoire) environ deux douzaines de colonnes de 14 idéogrammes chacune, ordonnées de droite à gauche. Certaines contiennent des illustrations, parfois en pleine page. Les tablettes sont en fait des matrices : il faut encrer la partie gravées et l'imprimer sur un support pour pouvoir la lire. Plusieurs exemples du résultat sont également exposés.
Je monte ensuite vers le temple lui-même : son arrangement me parait identique à ceux des autres temples vus en Corée. Il ne doit guère y avoir de place à l'improvisation dans la construction d'un temple. L'impression extérieure n'a donc rien de très originale, je retrouve même jusqu'aux lanternes de papier qui ornent tous les temples en ce moment. Il y a aussi dans une des cours une sorte de chemin initiatique délimité par des lanternes, qui s'enroule en spirale autour d'une pagode de pierre. Il faut entrer par un bout, faire tout le trajet tortueux à l'intérieur pour en ressortir ailleurs, et (il me semble avoir déjà vu ça quelque part) cela doit représenter les méandres du chemin qui mène à l'illumination bouddhiste.
L'un des bâtiments latéraux est vide de pèlerins, j'en profite pour me déchausser en y pénétrer. Je peux y admirer les peintures vives (murales, au plafond, sur les colonnes et jusqu'à la moindre poutre...) décorant l'intérieur de manière exhaustive, soit de motifs divers, mais aussi d'une quantité de scènes liées manifestement à la vie de Bouddha et/ou de ses disciples, comme on en voit aussi à l'extérieur des bâtiments. Je prend mon temps, pour une fois personne n'est en prosternation. Je me permet une discrète photo de l'autel avec son chapiteau somptueux, même si je sais que je n'ai probablement pas le droit à l'intérieur (ce n'est pas mentionné explicitement, mais de toutes façons une grosse colonne me cache des nonnes à l'entrée...).Je passe ensuite sur les terrasses supérieures, et la plus haute dévoile enfin les bâtiments stockant les tablettes. Ceux-ci sont d'époque, car une tentative de stockage dans un endroit plus "moderne" n'a pas été couronnée de succès, certaines tablettes de test ayant commencé à s'y détériorer ! Cela ressemble à une grande bibliothèque, avec des rayonnages surélevés par rapport au sol, les bâtiments étant très aérés car de grands panneaux à persiennes tiennent lieu de fenêtres (permettant par la même occasion aux touristes de bien y voir à l'intérieur).
En sortant, j'achète un CD de musique a priori d'inspiration bouddhiste (on verra ça après conversion en MP3, mon ordi de poche n'ayant pas de lecteur CD). J'aurais bien pris un tee-shirt car à Gyeongju j'ai dû en jeter un qui, après un lavage manuel pour cause de nécessité urgente, n'a pas survécu à l'essorage énergique que je lui ai infligé... C'était un des doyens de ma garde-robe, je me demande si je ne l'avais pas déjà au lycée ! Bref, les seuls motifs intéressants sont sur des shirts à manches longues, ceux à manches courtes sont brodés de sortes mandalas en relief, aux couleurs chatoyantes et avec fils d'or et d'argent. Pas trop mon genre.Je me dirige ensuite vers un ermitage tout proche. Je suis très emballé par ses bâtiments, aussi beaux de l'extérieur que ceux du temple Haeinsa, mais dont l'arrangement est moins convenu que ces derniers, et comme je suis quasiment le seul à m'y promener, l'ambiance y est beaucoup plus conforme à l'idée que je me fais d'un tel endroit. Je shoote copieusement, il faut dire que je m'amuse beaucoup avec mon nouvel appareil (*), et comme l'écran est plus grand et de meilleure qualité, les photos ont l'air meilleures, ce qui incite à en faire plus.
Les points de vue aperçus en montant me reviennent à l'esprit : je descend donc la route à pied le long de la rivière (la cheville semble aller très bien, et de toutes façons cela ne fait que descendre en pente douce). Je suis récompensé de mes efforts, au delà même de mes attentes. Sur quelques kilomètres, la rivière offre tous les paysages possibles, en miniature : gorges, cascades, rapides, etc. La forêt environnante complète agréablement le paysage par plusieurs tons de verts issus d'un mélange d'essences très différentes. De gros rochers blancs un peu partout portent la marque de 1500 ans d'occupation du site par des moines, ermites et autres mystiques de tous poils : d'innombrables idéogrammes y sont gravés.Je tombe aussi sur les statues géantes aperçues depuis le bus : de facture très récente, elles sont entourées de douzaines d'autres statues, en position assise chacune dans leur niche de roche. Plus loin, un moine improvise une prière en s'accompagnant d'un gong et d'un tambour, devant un petit pavillon de bois construit pour la première fois des siècles auparavant pour admirer un tournant de la rivière. Son auditoire est constitué de pas plus de quatre dames d'un certain âge. J'attrape finalement un bus "au vol" un peu plus bas, qui me ramène sur Daegu à fond de train, en doublant par la droite et en franchissant les lignes blanches. Le fait que le bus soit un moyen de transport au moins aussi rapide que le train (sauf le KTX, qui a une bonne tête de TGV) tient probablement là son explication.
Malgré les virages et déboitements soudains, je potasse mes leçons de coréen (imprimées depuis internet à Fukuoka) et apprends les déclinaisons des verbes ainsi que leur forme passée, quelques particules de base (sujet, objet, destination, lieu, "topic", manière/moyen), ainsi que quelques mots (pour lesquels je cherche absolument des moyens mnémotechniques, aussi capillotractés soient-il, sans lesquels point de salut).
A Daegu à nouveau douze stations de métro pour revenir dans le quartier où je loge. Je m'arrête à mi-chemin, dans le centre-ville, pour un restaurant conseillé par le Lonely : on y sert des nouilles fines dans un bouillon de légumes aigre-doux, le tout avec des glaçons (que je m'empresse d'enlever, c'est assez froid comme ça). Délicieux et rafraîchissant. Au motel je parcours le Lonely et décide d'aller comme prévu à Andong le lendemain, mais avec le sac et d'y loger. Ce n'est pas plus loin de Seoul qu'ici, donc inutile de revenir sur Daegu après la visite. J'essaierai de passer à Chungju lundi, car la balade sur le lac a l'air très recommandée pour ses paysages de falaises tombant à pic dans les eaux.
(*) Au fait, il s'agit d'un Canon Ixus 860, 8 mégapixels, grand angle avec un zoom de 3,8 pour compenser. Il fait des vidéos en 640x480x30Hz d'une qualité incomparable par rapport à l'ancien. Physiquement il est un poil plus long, de même hauteur, mais sensiblement moins épais. Il fonctionne sur batterie (de toutes façons vu le comportement de mon chargeur de piles depuis le début du voyage je l'avais abandonné à Gyeongju). L'écran couvre quasiment toute la face arrière. A raison de 3 à 5 mégas la photo il va falloir que je fasse gaffe, les gigas vont vite défiler. Sans parler des vidéos qui sont é-nor-mes...
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