17/05/2008

Samedi 17 - A bord du Tian Ren

Pas plus de vagues aujourd'hui qu'hier, donc la traversée suit son cours sans heurts. Je fais la grasse matinée, d'autant qu'il y a une heure de décalage (dans le "bon" sens) avec la Chine. Petit-déjeuner de gâteaux de riz, puis je remplis le coupon de débarquement et cherche une auberge près de l'école de Wudaokou. Il n'y a rien d'indiqué dans ce quartier, ça ne doit pas être touristique, donc je jette mon dévolu sur le "Peking Downtown Backpacker Accommodation" (on ne peut guère faire plus explicite comme nom), où le lit en dortoir est à 5 euros (par chambre de 8) ou 6 (par chambre de 4). Il y aura un bout de métro jusqu'à Wudaokou, donc j'essaierai de me rapprocher par la suite si l'école me convient.

Je m'installe à nouveau dans un fauteuil de la promenade pour tapoter en écoutant de la musique et en regardant passer les vagues. C'est long, et il n'y a pas grand chose d'autre à faire. Une Chinoise d'un certain âge engage la conversation avec moi, et me demande ce que je pense de la Chine. Je ne sais pas si c'est un piège, je contourne en répondant que j'apprécie beaucoup l'histoire et la culture chinoises. En fait elle a vécu aux États-Unis pendant quinze ans (ses fils y sont installés) mais est revenue en Chine maintenant qu'elle est retraitée. Elle habite Tianjin. Elle est très surprise par le voyage que j'ai entrepris, je lui explique pourquoi j'ai pu faire ça, que tout le monde ne peut pas se le permettre, elle trouve effectivement que j'ai "une vie facile". Nous comparons les différents types de cuisine asiatiques, et comme je parle un peu de ma famille elle me demande si moi ou ma sœur et mon neveu vivons avec mes parents. Non, nous avons tous notre propre logement. Je veux revenir sur la question de mon opinion sur la Chine, maintenant que je vois qu'elle est très ouverte d'esprit j'aimerais savoir ce qu'elle en pense. Mais elle me dit que je ne suis pas obligé de répondre à sa question, et nous n'en parlons plus. Elle est aussi étonnée que j'aie étudié le japonais pendant trois ans sans intention de passer plus d'un mois par ci par là dans le pays.
Ma foi, comment expliquer cette fascination pour les langues étrangères chez quelqu'un comme moi qui, en général, n'apprécie même pas spécialement de parler avec les gens dans les pays qu'il traverse... Ce n'est pas que je n'aime pas parler mais en général vu mon niveau de japonais ou le niveau d'anglais de mes interlocuteurs/-trices nous devons nous limiter à des banalités, impossible d'exprimer des idées. Il n'y a qu'avec Jiyeon, la Coréenne avec qui j'ai fait la traversée entre Fukuoka et Pusan, que j'aie pu vraiment échanger des points de vue et opinions construites.

J'ai eu beau enfiler un certain nombre de gâteaux de riz au petit-déjeuner, je ressens le besoin de me caler l'estomac avec une soupe de nouille puis je vais m'allonger sur ma couchette pour écouter de la musique. L'ennui et le repas aidant, je m'assoupis et fais disparaître ainsi quelques heures sans intérêt de cette journée. Au réveil je vais prendre l'air du large pour me fouetter un peu le sang. Nous naviguons dans la brume. Un peu plus tard, surprise, nous sommes arrêtés au milieu de nulle part. D'autres navires de grande taille ont l'air d'attendre eux aussi. Puis nous repartons, il reste en fait une heure de mer, d'après l'annonce qui est faite.
Je ne sais pas exactement quand nous arrivons à quai, mais il faut poireauter un bon moment avant de pouvoir enfin débarquer. J'ai recroisé le Japonais de Sapporo, il me demande si j'ai changé de l'argent et réservé un hôtel. Il a l'air passablement à l'ouest. Je lui montre le Lonely et lui propose de noter des adresses, mais il me dit que ça ira. Je ne le reverrai plus. En faisant la queue pour descendre je suis derrière deux canadiens : ils ont enseigné plusieurs années en Corée et sont sur le chemin du retour.
Les formalités d'entrée sur le territoire sont assez rapides, même si j'ai l'impression que ma barbe pose problème au personnel qui contrôle mon passeport : la dame m'inspecte longuement, plusieurs fois, au point qu'elle en est manifestement gênée... Comme en plus la photo date de 6 ans, cela fait une différence certaine avec mon aspect actuel, surtout pour des asiatiques. Je monte dans le bus qui doit faire la navette jusqu'à Beijing. Le problème d'une navette par rapport à un taxi, c'est qu'il faut attendre que tout le monde soit sorti du bateau. Alors j'attends.

Une bonne demi-heure passe, les lumières du terminal sont éteintes, même le personnel s'en va, mais qu'est-ce qu'on attend ? Un chauffeur de taxi pousse son véhicule manifestement en rade. Ça chahute un peu dans le bus. Le moteur est allumé depuis dix minutes sans que le bus fasse mine de démarrer. Quelques raclements de gorge tonitruants se font entendre. Aucun doute, nous sommes bien en Chine :-)

Enfin c'est parti : le trajet est d'autant plus interminable que je n'ai rien de réservé et me demande où il vaut mieux descendre. Les arrêts de la navette sont bizarrement placés par rapport au noyau de la capitale. Ils doivent être adaptés à des gens rentrant chez eux et non à des touristes en vadrouille. Il est près de minuit quand on s'arrête une première fois, d'ailleurs dans un quartier où pas mal de panneaux sont en coréen. Une espagnole voyageant avec un Coréen m'aborde pour savoir si j'ai une guesthouse en vue. Eux en ont réservé une mais, vue l'heure, ils ne sont pas sûrs que ce soit ouvert. Je regarde où elle est placée, cela convient à peu près, donc je les suis. Le Coréen parle espagnol car c'était sa spécialité à l'université. Je ne sais même pas où ils vont, sinon qu'ils ne restent que dimanche à Beijing et partent ensuite pour Moscou via la Mongolie. Il est fort possible qu'ils aillent donc en Espagne par la voie terrestre.
A la descente du bus, une Chinoise passe un coup de fil pour nous et nous confirme que la guesthouse nous attend avant de nous confier gentiment à un taxi. La "Templeside Guesthouse" est une charmante demeure à l'ancienne située dans une des fameuses ruelles qui font le charme de Beijing mais qui sont en voie d'extinction du fait de la ré-urbanisation de la ville, en particulier cette année. Nous débarquons vers 1h30, pas de problème, avec nous trois nous sommes quatre dans une chambre de huit.
L'endroit est très calme vu qu'on est séparé du boulevard par 100m d'étroites ruelles, donc le sommeil ne tarde pas à venir.

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