31/03/2008

Lundi 31 - Kanazawa (bis)


Dire que le temps est incertain est un bel euphémisme. Il fait gris en se levant, mais grand beau en sortant de l'hotel et jusqu'à l'arrivée au Kenrokuen, un des plus beaux jardins du Japon semble-t-il, car il rassemble les six éléments traditionnels de la réussite : beaucoup d'eau, un point de vue sur le paysage (bon à mon sens pas exceptionnel en l'occurrence), l'isolement, l'espace, le coté artificiel (les lanternes et petits ponts de pierre en sont des exemples je suppose ?), l'ancienneté (pas facile sans cela d'avoir des arbres multicentenaires...).


Les bosquets de pruniers ou pêchers en fleurs nous consolent du retard des cerisiers. On navigue pour éviter les groupes organisés, mais dans l'ensemble le jardin nous offre ses meilleurs points de vue avec un calme relatif.


La pluie fait son retour et arrose copieusement la fin de notre visite, histoire de tester notre ténacité.
Le temps de décider de l'étape suivant que nous voulons à couvert, le soleil revient et nous décidons finalement d'en profiter pour aller jusqu'à un petit quartier (3 rues tout au plus) anciennement dédié aux plaisirs : maisons de thé et geishas.Le quartier est encore très vivant le soir, mais à cette heure c'est désert, ce qui nous permet d'examiner à loisir les façades en bois et donne à l'ensemble un air d'un autre temps.

Repas à emporter dans un combini : boules de brioche blanche, l'une fourrée façon "pizza", l'autre au curry. Boulette de riz ("onigiri", en fait plutôt triangulaire) se dérivant en de multiples variations. La plupart sont entourées d'une feuille d'algue séchée servant principalement à manger proprement. La mienne est enroulée dans une sorte de pâte imprégnée de bouillon, et le riz est aromatisé d'un parfum floral avec des morceaux violets (de la violette, donc ?). Le tout arrosé de thé au lait à la pêche, vendu frais. Nous déjeunons en bordure du parc pour profiter de la fin de l'éclaircie.

Anticipant le retour de la pluie, nous revenons vers les musées identifiés le matin : musée de l'artisanat local, très développé comme je le disais plus haut : kimonos teints selon une technique locale (toujours utilisée actuellement, en vente 1.5 million de yens en boutique soit environ 10 000 euros), objets laqués recouvert parfois en totalité de feuille d'or, jouets, autels bouddhistes très rococo, instruments de musique, feux d'artifices, etc. A noter que consommer la feuille d'or est censé avoir une action bénéfique contre les rhumatismes...


Enfin nous terminons par la villa Seisonkaku, de style XIXème, dans laquelle sont exposés des jouets reproduisant en taille réduite un très grand nombre d'objets de la vie courante de l'époque, du jeu de go au four à bois en passant par l'inévitable "dinette", le tout d'une finesse si exquise que ça en devient presque blasant. A l'étage de cette vaste demeure, le goût du luxe du seigneur local, qui l'avait construite pour sa mère (je ne vois pas le rapport avec les jouets par contre), s'étale un peu plus encore : plancher rossignol comme au château de Kyoto (le Nijô-jô), qui piaille comme un oiseau quand on marche pour éviter que des intrus ne puissent se déplacer furtivement. Utilisation de divers bois rares pour les différentes boiseries. Importation d'un rouge sombre de Chine, et d'un beau bleu français, ersatz de lapis-lazuli développé à cette époque pour remplacer la trop chère pierre semi-précieuse venant de Turquie.

L'ondée étant presque passée, nous remettons non sans un soulagement certain nos chaussures en sortant de la villa, pour aller vite les réchauffer contre les trottoirs de la ville en nous dirigeant vers un autre minuscule quartier préservé. Il s'agit d'anciennes maisons de samuraï de la classe "moyenne", dans laquelle on ne croise plus les porteurs de katanas mais bel et bien des lycéennes en jupette ou autres écoliers costumés sur le chemin du retour. Tous invariablement penchés presque studieusement sur leurs téléphones mobiles. Nous visitons la maison de la famille Nomura et son jardin intérieur, classé (encore !) parmi les trois premiers du Japon, clame une affiche à l'entrée. On y retrouve effectivement sur quelques mètres carrés le torrent, les rochers, les pins en "dos de tortue", les sempiternelles et impassibles carpes Koi, la lanterne japonaise en pierre.

La journée a été tellement remplie qu'on annule la deuxième nuit réservée à l'hotel, qu'ils nous remboursement aimablement par virement (on avait payé par carte). Nous nous décidons pour Hiroshima, facilement accessible en Shinkansen, et qui géographiquement nous garantit (enfin) les fleurs de cerisiers tant attendues ! Las de nos kilomètres, après avoir réservé notre train nous changeons de régime (pâtes au lieu de riz...) en essayant un restaurant italien à la gare de Kanazawa, qui ma foi s'en tire honorablement.

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