(Pour des raisons informatiques dont je vous épargnerai le détail, j'ai ajouté les accents après coup, donc malgré la vérification orthographique il doit en manquer une palanquée).
Ce matin la difficile tâche d'empaqueter tout mon bazar dans mes sacs ne s'avère pas possible sans transporter un tas de bouquins dans un sac plastique en plus de mes deux sacs habituels. Je checkoute vers midi, et effectue une dernière fois le trajet jusqu'au métro de Wudaokou. Ces dix minutes de marche m'ont déjà mis en sueur, sandwiché comme je suis entre mes deux sacs.
Changement comme d'habitude à Xizhimen pour prendre dans le sens anti-horaire la ligne 2 (circulaire) qui doit en toute logique m'amener sans détours à la gare principale. Ce n'est pas de là que je pars mais je compte y laisser mon gros sac le temps de faire quelques achats de souvenirs et surtout d'expédier toute cette surcharge pondérale dans un colis vers la France. Il y a bien sur aussi une consigne à la gare de l'ouest d'ou je pars ce soir, mais celle-ci est assez excentrée et pas franchement pratique d'accès.Le fil de mes pensées me fait apparemment rater la station, car de Chongwenmen je me retrouve directement à Jianguomen. Je traverse le quai et repars dans l'autre sens. Il n'y a qu'une station donc je reste debout devant la porte... et je vois passer devant moi la station "Beijing Zhan" (gare de Beijing), à peine éclairée. Tout s'explique, je ne suis pas si distrait que ca finalement. Encore que : je ne suis allé qu'une seule fois à Jianguomen par le sud (la seconde fois j'ai realisé qu'il y avait une station de moins par le nord), mais tout de même je pense que j'aurais remarqué si on avait sauté une station ?
Toujours est-il qu'il me faut maintenant un bus pour la gare, ce qui n'est évidemment pas difficile vu qu'elle attire pas mal de lignes à elle. Quand j'arrive la vue me fait tout de suite penser à la gare de Kunming empruntée cinq ans auparavant : une grande place pleine de gens debouts, assis, accroupis voire allongés, avec des bagages de toutes sortes, mélange chamarré, oisif et bruyant, version Woodstock sans la boue.
La gare est munie d'un système de consigne à bagages très moderne avec serrure électronique. Mais comme toujours se pose le probleme du paiement : comme il n'y a quasiment pas de pièces en circulation, les machines automatiques sont rares. Pour avaler des billets il faut en effet pouvoir les reconnaitre, et vu l'état general des billets de 1 yuan, faire l'appoint s'avèrerait problématique. C'est censé changer très vite car pour le coup le métro s'est équipé de machines automatiques n'acceptant que les pièces de 1 et les billets de 5 et 10.
Bref tout ça pour dire qu'une préposée est là pour réceptionner le paiement et déverser sa mauvaise humeur sur les clients. J'affronte la bête sereinement, en essayant de l'amadouer avec quelques mots de chinois. Elle me demande un ticket de train sinon pas le droit d'utiliser la consigne, non mais. Je lui sors mon ticket de la gare de l'ouest, heureusement ça lui convient. Elle prend quand même la peine de me faire remarquer que ce n'est pas la bonne gare, et je la rassure en lui disant que je suis au courant. Il faut que je reprenne mon sac avant 18h30... Je trouve ca un peu naze comme restriction pour la plus grande gare ferroviaire de la capitale. Il y a une consigne 24/24 mais uniquement "small luggage" (je ne suis pas allé voir la taille de "small"). Après vérification dans le lonely, il y aurait en fait aussi des casiers en libre accès à un autre endroit.
Soudainement allégé, vue l'heure je m'en vais directement perdre encore plus de poids et tester les compétences relationnelles d'autres préposées en me dirigeant vers la Poste Internationale de Jianguomen. Facile à trouver, compétente et aimable, je n'aurai à me plaindre de rien (*). J'ai quasiment deux employées rien que pour moi. J'étais prévenu donc je n'avais rien emballé, car tout est inspecté avant empaquetage par leurs soins dans un carton à elles. Apparemment le matériel électronique peut poser problème, car mon dictionnaire Casio soulève une discussion experte. Finalement après démonstration du machin (elles devaient craindre qu'il s'agisse d'une sorte de Pocket PC), il est autorisé à embarquer après que les piles m'aient été rendues.
Comme j'ai decidé de garder le PC malgré son fonctionnement diminué, je ne sais pas ce qu'elles en auraient dit : est-ce qu'enlever la batterie aurait suffi ou refusent-elles tout simplement d'embarquer du matériel fragile susceptible de donner lieu à d'ennuyeuses réclamations ? (**) Mystère. A noter que les bouquins n'ont pas vraiment été inspectés, je ne pense pas qu'ils cherchent à filtrer les envois.
Finalement il y en a pour plus de huit kilos, même en enlevant l'emballage, charge que je suis fichtrement content de laisser aux soins d'un transporteur... Surtout pour ce prix : j'en suis de 262 yuans, soit 26 euros pour un transport de surface (a priori maritime), assurance comprise (pour une valeur estimée au pif de 100 euros - j'aurais dû gonfler un peu plus je pense).
J'inaugure du coup une course d'un genre un peu particulier : depuis Beijing, d'après ce qu'on m'a dit, entre un colis au tarif lent en bateau via le canal de Suez et un pékin de base (moi) en train à travers la Sibérie, les paris sont ouverts sur lequel arrivera le premier Rue de Savoie.
Je n'ai plus trop envie de faire de courses maintenant, vu qu'il faudrait que je me les trimballe à Xi'An, donc je verrai directement là-bas. Je pars vers le nord avec dans l'idée une galerie d'art, mais je change (encore) d'avis en route et après un casse-croûte de brochettes je passe chez un coiffeur. J'y suis déjà allé il y a deux ou trois semaines mais je ne m'étais pas bien expliqué et d'ailleurs je n'avais pas trop la tête à ça ce jour-la. Ce coup-ci je lui explique que je veux qu'il coupe très court, je mime l'utilisation d'une tondeuse mais rien à faire, il attaque vaillamment aux ciseaux. C'est quand même mieux, il ne reste que la barbe qui a pris du poil de la bête vu que je ne l'ai pas sérieusement taillée depuis Fukuoka. J'ai quand même droit à la tondeuse et me voilà tout neuf et fin prêt à passer une frontière (mais toujours aussi peu conforme à la photo de mon passeport...).
Je reviens ensuite tranquillement en improvisant un chemin vers le "sud" à travers un tas de hutongs (ruelles pékinoises), certaines clairement touristiques et d'autres complètement à l'opposé du registre. Les vieux y jouent aux cartes ou discutent dans la rue comme s'ils n'étaient pas au beau milieu de la frénetique capitale accueillant les JOs dans 51 jours (peu ou prou).
En fait mon "sud" a du plomb dans l'aile, car je me retrouve à la Tour de la Cloche, plein ouest voire franchement au nord de mon point de départ. J'ai dû encore me tromper d'un cadran mais même sachant cela je n'arrive même pas à voir comment j'ai pu me retrouver là... Bref je remonte de deux blocs vers le nord, le vrai ce coup-ci, et prend le métro pour Jianguomen, d'où je rejoins à pied la gare et ma consigne.Quelques décilitres de sueur plus tard, je sors du métro à la station du "Musée Militaire" et, tant qu'à faire, je finis le kilomètre et des brouettes restant à pied. Contrairement à la gare principale, la gare de l'ouest n'est pas reliée par le métro. Pardon, elle ne "prétend" pas être reliée...
Au bout du boulevard difficile de manquer le bâtiment colossal surmonté d'une arche elle-même coiffée d'une sorte de pagode-tour-de-contrôle-spatiale. J'ai l'impression d'arriver sur un aéroport, avec rampes d'accès automobiles genre Orly-Sud, vérification des bagages aux rayons X à l'entrée, dedans panneau d'affichage (synchrone, contrairement à celui de Roissy le 20 mars dernier...) pour les trains au départ, salles d'attente avec accès contrôlé par le ticket et feu vert pour l'embarquement affiché au fur et à mesure, presque toujours une demi-heure avant le départ.
Avant d'aller en salle d'attente je me pose avec un certain soulagement au "Californian (?!) Beef and Noodles" du coin, chaîne de fast-food qui, comme son nom ne l'indique pas, sert des plats bien chinois.
Je prend mon temps, surtout que les bières sont servies par 600mL... Puis j'avance un peu mon Voyage vers l'Ouest littéraire en salle d'attente avant d'aller prendre place wagon 14, "compartiment" 8 (en couchettes dures il s'agit en fait d'un couloir cloisonné avec deux fois trois couchettes superposées entre deux cloisons). La couchette du haut est, euh, haute, et j'y hisse tant bien que mal mon gros sac. Il y a un peu de place au dessus de la porte pour les bagages, un matelas comme prévu légèrement plus confortable que celui de l'auberge de jeunesse de Wudaokou, une lampe de chevet incluse dans le prix, et une charmante voisine avec qui, comme à mon habitude, je n'échange pas un mot ;-)
La "provodnitsa" de service (il faut que je me mette au russe maintenant ;-)) vient nous échanger nos billets contre une carte plastifiée avec le numéro de la couchette. Je me demande un bon moment à quoi ça peut servir, tout en me demandant parallèlement comment se réveiller lorsqu'on descend du train en pleine nuit quand on dort avec des bouchons d'oreille comme moi et qu'accessoirement l'heure d'arrivée n'est écrite nulle part. Normalement à ce stade vous avez la solution, du moins mon hypothèse actuelle, sinon relisez le paragraphe :-)
A part ça il y a de l'eau bouillante au bout du wagon, et surtout la clim souffle bien trop frais sur les couchettes du dessus (mauvaise pioche). Après un peu de lecture, je m'enfouis sous la couette en cherchant un compromis entre crever de chaud et m'enrhumer. C'est la première fois que j'utilise une couette non pour me réchauffer mais pour améliorer la répartition de la transmission de la fraîcheur de l'air vers mon corps...
(*) En fait à la Poste de Xi'An pour mon deuxième envoi, je trouverai tout de même un motif de plainte : l'assurance que j'ai payée à Beijing ne fonctionnerait apparemment que pour les envois aux Etats-Unis et en Australie... Je leur laisse cependant le bénéfice du doute.
(**) Encore que vue la nullité de l'assurance souscrite...
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